Le projet de coffre-fort virtuel est critiqué

Le projet de coffre-fort virtuel développé par la Ville de Québec avec l’entreprise française Almérys ne fait pas l’unanimité. Des experts en informatique doutent de sa pertinence et de son utilité.

Il y a un an et demi, l’administration Labeaume a confié à Almérys (une filiale du groupe français Orange) un projet pilote de « coffre-fort virtuel ». Le projet repose sur une nouvelle technologie numérique de stockage et d’authentification de documents reliant les citoyens à la Ville, comme des permis de construction, par exemple. La ville a investi 1,2 million dans l’aventure qui a mené à l’établissement à Québec d’un nouveau siège social étranger, soit Assentri, la nouvelle branche d’Almérys.
 

Hier, le directeur des programmes d’Almérys, Jean-Marie Tirbois présentait le projet dans un colloque à l’Université Laval. Or son exposé n’a pas convaincu Clément Gagnon, un consultant en sécurité informatique. « On crée un intermédiaire entre la Ville et le citoyen qui n’a aucune valeur ajoutée », fait-il valoir. Selon lui, la valeur d’un permis de construire « ne justifie pas » une infrastructure aussi « complexe » et « lourde » que celle proposée par l’entreprise. « Si c’était des données médicales, ce serait une autre histoire. »

 

M. Gagnon est d’autant plus perplexe qu’Asentri prévoit recourir à un système de cartes à puces et de port USB qui convient mal aux tablettes et téléphones intelligents.

 

Il n’est pas le seul à s’interroger. Nicolas Roberge, un autre consultant en informatique de Québec, a eu la même réaction quand il a appris l’existence du projet. « Ça exige un appareillage particulier qui est de plus en plus désuet et qu’on va voir de moins en moins sur le marché. »

 

Le système de sécurité d’Asentri « est un peu excessif », ajoute-t-il. « Il y a déjà plein de systèmes qui existent pour accéder à des services en ligne, comme les comptes bancaires par exemple. Ils sont convenables et il n’y a pas vraiment eu d’intrusion là-dessus. »

 

La Ville a déjà changé ses plans dans ce dossier. Au départ, 30 000 citoyens devaient participer au projet à partir du mois de mars, mais on a finalement décidé de d’abord tout tester en interne et l’entrée en scène des citoyens a été repoussée.

 

Vitrine technologique

 

Appelé à réagir aux critiques, M. Tirbois a voulu se montrer rassurant hier. « Il y a des puces qui sont en logiciel pour rentrer dans les téléphones portables. Vous allez pouvoir rentrer sur votre plateforme avec votre téléphone portable », a-t-il expliqué avant d’ajouter que l’équivalent pour les iPad était en développement.

 

L’entreprise, a-t-il poursuivi, compte créer des « cercles d’utilisateurs » pour aider les gens à se familiariser avec l’outil. « On est complètement ouverts. Je rappelle que c’est une expérimentation, une vitrine technologique. On a un rôle d’accompagnement, d’éducation. »

 

La Ville, de son côté, dit chercher depuis « des années » à « faciliter » ce genre de services à distance, explique le porte-parole François Moisan. « Nous, ça nous permet de développer notre service. Pour eux, c’est une vitrine technologique et en même temps, ça permet l’implantation d’une entreprise à Québec. »