Un jour 1 qui tourne au vinaigre pour François Legault

François Legault s’était donné pour objectif de ne nommer ni Dominique Anglade, ni Gabriel Nadeau-Dubois, ni Paul St-Pierre Plamondon, ni Éric Duhaime durant ses sorties médiatiques de la campagne électorale. Puis, devant la chute Montmorency, l’expression «cette madame» est passée entre ses dents.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault s’était donné pour objectif de ne nommer ni Dominique Anglade, ni Gabriel Nadeau-Dubois, ni Paul St-Pierre Plamondon, ni Éric Duhaime durant ses sorties médiatiques de la campagne électorale. Puis, devant la chute Montmorency, l’expression «cette madame» est passée entre ses dents.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est arrêté dans une église désacralisée du Lac-Saint-Jean qui abrite désormais le bar laitier Saint-Crème dimanche après-midi. Il a promis de ne plus réduire la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, à l’expression « cette madame », comme il l’avait fait dans son premier discours de campagne quelques heures après la dissolution du Parlement.

« J’aurais dû dire la cheffe du Parti libéral », a-t-il fait valoir dans une mêlée de presse. « Je sais que la cheffe du Parti libéral s’appelle Dominique Anglade, mais à l’avenir, je vais parler de la cheffe du Parti libéral », a-t-il ajouté avant de déguster quelques créations glacées sous les regards de ses ouailles.

En matinée, François Legault s’est défendu de minimiser l’impact de la pénurie de main-d’oeuvre au Québec, comme le lui reproche Dominique Anglade. « On a posé des gestes. On a mis des incitatifs », a-t-il fait valoir au pied de la chute Montmorency, à Québec. Puis, il a laissé tomber : « Comment cette madame peut-elle dire que l’économie du Québec ne va pas bien ? On n’a jamais vu ça avec les libéraux, dépasser l’Ontario [en matière de croissance économique]. »

Ses détracteurs ont tout de suite dénoncé des propos paternalistes, voire machistes. Le mot-clic « madamegate » a fait son apparition sur les réseaux sociaux. La première journée de campagne électorale de la CAQ a tourné au vinaigre.

François Legault s’était donné pour objectif de ne nommer ni Dominique Anglade (PLQ), ni Gabriel Nadeau-Dubois (Québec solidaire), ni Paul St-Pierre Plamondon (Parti québécois), ni Éric Duhaime (Parti conservateur du Québec) durant ses sorties médiatiques de la campagne électorale. Puis, l’expression « cette madame » est passée entre ses dents.

« Ça, c’est Monsieur Legault ! » a dit par la suite une ministre en souriant dans un échange informel auquel Le Devoir participait. Sa langue a fourché, a pour sa part reconnu un proche conseiller.

Dominique Anglade a jugé que M. Legault lui avait manqué de respect en l’appelant autrement que par son nom. « Quand tu veux élever le débat, tu veux respecter tes vis-à-vis. Respecter tes vis-à-vis, c’est les appeler par leur nom », a-t-elle affirmé dans un point de presse à Montréal, où l’autobus de campagne libéral a filé après la dissolution de l’Assemblée nationale. « J’ai un nom, je m’appelle Dominique, il n’a pas besoin de dire “la madame” », a poursuivi l’aspirante première ministre.

Son directeur des communications, Jérémy Ghio, a prié le chef de la CAQ de couper court à toute forme de « mansplaining ». « Un peu de respect, s’il vous plaît », a-t-il gazouillé.

Les co-porte-parole de QS, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, ont tous deux dit trouver « inacceptable » qu’un chef de parti politique se réfère à son adversaire libérale au moyen d’un « cette madame ». Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas manqué de rappeler que le premier ministre avait affublé la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, du surnom de « mère Teresa » dans la salle de l’Assemblée nationale. « Ce n’est pas la première fois », a-t-il fait remarquer.

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a pour sa part invité tous les candidats à « faire preuve de respect les uns pour les autres ».

Un politicien imparfait

 

Avant que sa langue fourche, François Legault avait admis ne pas être un politicien parfait. « Ça m’arrive de faire des erreurs. […] Quand ça m’arrive, on n’essaie pas de persister par orgueil, mais il faut faire preuve d’humilité », avait-il fait valoir entouré de candidats caquistes des quatre coins du Québec.

François Legault a dit être « très chanceux d’avoir eu le privilège d’être premier ministre au cours des quatre dernières années » même s’il a dû tenir les commandes de l’État québécois durant la pandémie de COVID-19. « On est passés au travers ensemble. […] J’ai le goût de continuer à vous servir comme premier ministre », a-t-il déclaré, tout en promettant de « faire le mieux possible ».

« Bouclier contre l’inflation »

Au premier jour de la campagne électorale, le chef caquiste a dit comprendre la difficulté des Québécois à boucler leurs fins de mois en raison notamment de la hausse du coût des aliments et des carburants.

La CAQ a un plan assorti de quatre mesures, dont une baisse d’impôt et une nouvelle aide financière ponctuelle… mais François Legault le dévoilera plus tard. « Je ne me “scooperai” pas ce soir ! » a-t-il dit en fin de journée lors d’un rassemblement dans la circonscription de Jonquière — que la CAQ ambitionne de ravir au PQ le 3 octobre prochain. « [Pourtant], on est de la famille ! » a lancé une sympathisante.

« On a un problème avec l’inflation. On a un problème avec l’augmentation des prix. L’épicerie, l’essence ; tout augmente ! Et ça fait mal à tout le monde. Quand je dis tout le monde, j’inclus la classe moyenne. Oui, il faut aider les démunis. Oui, il faut aider les retraités. Mais, il faut aussi aider la classe moyenne », a-t-il déclaré devant une salle bondée. « On va aider tout le monde, [y compris] la classe moyenne », a-t-il ajouté, entouré de ses cinq candidats régionaux ainsi que des ministres des Finances, Eric Girard, et de la Santé, Christian Dubé.

Éducation, santé, économie, environnement et identité

 

François Legault demande à l’électorat de lui confier un second mandat afin d’avancer sur quatre fronts en plus de celui de l’économie, soit l’éducation, la santé, l’environnement et l’« identité ». « On a défendu notre identité. Je pense qu’après quatre ans, les Québécois sont devenus plus fiers », a-t-il soutenu, évoquant la loi 21 (laïcité) et la loi 96 (langue française) que « des oppositions veulent [selon lui] charcuter ». « Les Québécois ne laisseront pas faire ça ! » a-t-il prédit, après avoir donné le coup d’envoi de campagne de 36 jours.

En soirée, il a décrit la CAQ comme « un parti nationaliste qui va défendre notre langue, qui va défendre nos valeurs, mais qui va le faire à l’intérieur du Canada ». « C’est important de défendre ce qu’on est ! » a-t-il souligné avant de remonter à bord de son autobus de campagne frappé du slogan « Continuons ».

Avec Alexandre Robillard, François Carabin et Isabelle Porter



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