Le PQ et la survie du projet de pays

Le chef péquiste, surnommé «PSPP», compte passer beaucoup de temps dans la métropole québécoise ; il y tentera personnellement d’arracher la circonscription de Bourget à la CAQ.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Le chef péquiste, surnommé «PSPP», compte passer beaucoup de temps dans la métropole québécoise ; il y tentera personnellement d’arracher la circonscription de Bourget à la CAQ.

Une décennie après avoir été porté au pouvoir pour la dernière fois, le Parti québécois (PQ) joue sa survie. Il mise sur sa proposition de tenir un référendum « dans un premier mandat » pour convaincre les indépendantistes qui se sont aventurés chez la Coalition avenir Québec (CAQ) de revenir au bercail.

« Il y a plusieurs circonscriptions où il y a beaucoup d’indépendantistes où, en 2018, les gens ont voté pour sortir les libéraux. Ça devenait vraiment un vote stratégique », fait remarquer le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, dans un entretien avec Le Devoir. Il n’est pas sans savoir que le PQ recueille l’appui de 10 % des électeurs, selon Léger (août 2022), tandis que l’indépendance du Québec obtient l’appui de 33 % de la population, selon Recherche Mainstreet (juin 2022).

Paul St-Pierre Plamondon promet de mener une campagne offensive qui débordera de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, où se trouvent les trois seuls députés péquistes sollicitant un nouveau mandat, c’est-à-dire Joël Arseneau (Îles-de-la-Madeleine), Pascal Bérubé (Matane-Matapédia) et Méganne Perry Mélançon (Gaspé).

Le chef péquiste, surnommé « PSPP », compte passer beaucoup de temps dans la métropole québécoise ; il y tentera personnellement d’arracher la circonscription de Bourget à la CAQ. « La symbolique, elle est forte : le chef du Parti québécois choisit Montréal parce qu’elle fait partie du Québec », souligne-t-il.

« On cherche vraiment à progresser dans le nombre de députés », ajoute le chef péquiste, tout en misant sur le projet de pays.

Le mot en i

« Il y a une forme de consternation chez tous ceux qui ont déjà voté Oui ou qui ont une sympathie pour l’indépendance. Voir le premier ministre et des candidats [caquistes] qui ont clairement été indépendantistes dans leur vie ne même pas être capables de nommer le mot… le mot en i », déplore M. St-Pierre Plamondon, dont la campagne a pour slogan « Le Québec qui s’assume. Pour vrai. ».

Quatre ans après que le chef péquiste Jean-François Lisée eut promis un « ostie de bon gouvernement », son successeur Paul St-Pierre Plamondon va, lui, « traiter de tous les sujets, mais ne ratera aucune occasion de parler d’avenir ».

« L’indépendance se rattachera à beaucoup d’enjeux très concrets. Le déclin du français à Montréal, c’est largement dû à notre appartenance au Canada », illustre-t-il dans une entrevue, donnée en marge du 100e anniversaire de naissance du fondateur du PQ, René Lévesque, avant d’ajouter : « C’est un projet qui est non seulement nécessaire, mais urgent. »

La promotion du projet de pays est, pour les péquistes, « la seule façon de se distinguer des autres », selon Mireille Lalancette, professeure en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Même des solidaires ? « Pour le PQ, c’est dans sa constitution, c’est son premier article : c’est pour ça qu’il existe. Québec solidaire est souverainiste, mais ce n’est pas son cheval de bataille principal », répond-elle.

Le hic : l’indépendance ne fera vraisemblablement pas courir les foules aux bureaux de vote le 3 octobre prochain. « La saillance de la question de l’indépendance dans l’électorat, c’est-à-dire ce qui fait voter la personne, c’est juste 3 %, ce qui est très très peu », fait remarquer Éric Montigny, professeur au Département de science politique de l’Université Laval.

Des élections charnières

 

Aux yeux de certains, le PQ est menacé de disparition. Selon le professeur Montigny, le PQ affronte d’ailleurs depuis quelques années un « défi de désinstitutionnalisation ». « Une désinstitutionnalisation, c’est une perte de statut à l’Assemblée, des difficultés dans le recrutement de candidats ou des difficultés de suivre les statuts du parti. […] C’est une phase difficile pour un parti politique, parce qu’il vit des défis organisationnels », explique le politologue, tout en soulignant qu’« en même temps, le Parti québécois bénéficie d’une base militante plus importante, qui se traduit par des contributions plus importantes que celles reçues par le Parti libéral du Québec [PLQ] ».

« C’est une élection charnière pour le PQ. Va-t-il poursuivre sa désinstitutionnalisation, ou va-t-il renverser cette tendance-là ? » résume M. Montigny.

Comme en 2018, le PQ doit s’« accroche[r] » : le clivage entre indépendantistes et fédéralistes, qui a longtemps rythmé la vie politique québécoise, est « en train de s’effacer » encore plus, ce qui avantage la CAQ.

« Même le Parti libéral a un problème d’identité actuellement. Les vieux partis — le PQ, le PLQ — sont en train de faire un examen de conscience. Qui sont-ils ? Comment veulent-ils être à travers tout ça ? » souligne Mireille Lalancette.



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