De chaudes luttes à prévoir en Gaspésie

Matane vue du ciel à la brunante, fin juillet dernier. Le site d’agrégation de sondages Qc125 place le Parti québécois bien en avance dans la circonscription du député Pascal Bérubé, Matane-Matapédia. Mais dans bien des circonscriptions gaspésiennes, les choses sont toutes autres.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Matane vue du ciel à la brunante, fin juillet dernier. Le site d’agrégation de sondages Qc125 place le Parti québécois bien en avance dans la circonscription du député Pascal Bérubé, Matane-Matapédia. Mais dans bien des circonscriptions gaspésiennes, les choses sont toutes autres.

À un mois et demi du scrutin, selon des projections, la Coalition avenir Québec (CAQ) pourrait mettre la main sur des circonscriptions détenues par le Parti québécois, notamment en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, le 3 octobre prochain. Mais pour l’actuelle députée péquiste de Gaspé, Méganne Perry Mélançon, la popularité du parti de François Legault ne peut « que redescendre ».

Pour les trois circonscriptions de cette région, soit Bonaventure, Gaspé et les Îles-de-la-Madeleine, toutes gagnées par le PQ aux élections de 2018, les dernières projections, en date du 12 août, du site Qc125, placent la CAQ et la formation péquiste au coude à coude.

En parlant de ses adversaires caquistes, Méganne Perry Mélançon soutient que leur popularité ne peut que redescendre. « Quand tu atteins ce niveau sans avoir fait de grandes réformes et sans avoir proposé de réels changements structurants pour les Gaspésiens et pour les gens d’autres régions, tu ne peux que décevoir », affirme la députée péquiste, rencontrée à la marina, au bord de la Baie de Gaspé.

Il ne faut toutefois rien tenir pour acquis et « travailler dur », ajoute Mme Perry Mélançon, assise à une table où se trouve un sac d’épinglettes « Mon choix c’est Méganne ». Elle avait remporté la victoire de justesse en 2018 devant son adversaire libéral — avec 41 voix d’avance après recomptage. Cette fois-ci, elle devra se battre contre la CAQ.

La candidate est persuadée que le Parti québécois est « une force dans l’Est-du-Québec ». Elle compte mettre de l’avant son bilan des quatre dernières années et le travail qu’il reste à faire concernant le logement et les places en garderie en Gaspésie. « Ça prend quelqu’un qui a déjà les deux mains dedans et qui connaît son monde », dit Méganne Perry Mélançon, sous un ciel gris de juillet.

Une lutte qui s’annonce serrée

À quelques pas de là, des touristes se promènent sur la rue de la Reine, située au coeur de Gaspé, pendant que des gens du coin magasinent. Parmi eux, Alain Cloutier souligne le « beau boulot » fait par Méganne Perry Mélançon en ce qui concerne les familles et les garderies. « C’était son premier mandat et elle n’est pas restée assise sur son derrière », dit le retraité. « Pardonnez-moi l’expression », s’empresse-t-il de s’excuser.

De Gaspé à Sainte-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, dans le nord de la circonscription, la route 132 qui serpente entre mer et montagnes donne le tournis. Claudel Lévesque, qui travaille au bureau d’accueil touristique près du phare du Cap-de-la-Madeleine, est convaincu que la lutte sera serrée entre les caquistes et les péquistes. « Mais François Legault a le vent dans les voiles », lance l’homme de 64 ans, en élevant la voix pour couvrir le bruit des rafales.

Passionné de politique, M. Lévesque estime que la formation péquiste en est à ses derniers jours. « Mais ils ont fait de bonnes choses », note-t-il, en ajoutant qu’il est temps pour la Gaspésie d’« essayer la CAQ ».

Même si la CAQ est considérée comme le parti à élire, selon Claudel Lévesque, on ne sait pas encore qui sera candidat pour la formation au moment où ces lignes étaient écrites. Le Parti libéral du Québec et Québec solidaire n’ont pas non plus dévoilé de candidatures pour la circonscription. Le Parti conservateur du Québec sera défendu par Pier-Luc Bouchard, un ambulancier paramédical aussi propriétaire d’une compagnie de construction.

La CAQ convoite Bonaventure

 

Dans Bonaventure, circonscription dans le sud de la péninsule gaspésienne, la candidate caquiste Catherine Blouin affirme qu’elle n’aura pas de difficulté à « être entendue » si elle est élue. Rencontrée dans la ville de Carleton-sur-Mer, où plusieurs s’adonnent à la pêche sur le quai, la femme de 36 ans se décrit comme « une fille d’action qui est capable de partager ses idées ».

Bonaventure, une circonscription remportée par le PQ en 2018, mais longtemps représentée par la libérale Nathalie Normandeau, est mûr « pour expérimenter le pouvoir », croit la conseillère en communications au CISSS de la Gaspésie. La CAQ a une « bonne écoute » en ce qui a trait aux enjeux gaspésiens, ajoute Catherine Blouin, qui a été attachée de presse régionale pour le parti aux dernières élections.

Mme Blouin, conjointe du maire de Carleton-sur-Mer et préfet de la MRC d’Avignon, Mathieu Lapointe, souligne qu’elle a toutefois du « pain sur la planche » pour gagner la confiance des électeurs. Elle a l’intention de rencontrer ceux-ci d’un bout à l’autre de la circonscription, précise-t-elle, sous un fort soleil de juillet. La candidate caquiste devra se mesurer au péquiste Alexis Deschênes.

À une heure de Carleton-sur-Mer, dans la ville de Bonaventure, Alexis Deschênes raconte avoir décidé de se présenter comme candidat péquiste « dans son patelin » en raison des « remous » survenus au Parti québécois.

Sylvain Roy, l’actuel député qui représente la circonscription depuis 2012 sans interruption, a annoncé en juillet dernier qu’il ne se représentait pas. Élu comme péquiste aux dernières élections, il avait claqué la porte du Parti québécois en juin 2021 pour siéger en tant qu’indépendant, en raison de la rupture du lien de confiance entre lui et le chef Paul St-Pierre Plamondon.

Alexis Deschênes raconte s’être alors dit : « Ce n’est pas vrai que je vais laisser la situation se dégrader sans faire tout ce que je peux. » Depuis plusieurs mois, l’avocat à l’aide juridique sillonne donc la circonscription pour parler de questions de logement, d’environnement et d’accès au territoire, relate l’homme de 44 ans, attablé au Café acadien, lieu de son enfance.

En annonçant son départ, Sylvain Roy a invité les électeurs de Bonaventure à « choisir quelqu’un avec qui vous seriez prêt à aller à la guerre », rapporte Alexis Deschênes. « Et je pense que je suis cette personne-là », ajoute l’ancien journaliste.

Une « occasion à saisir », selon Québec solidaire

Rencontré au Edgar Café Buvette au bord de l’eau, dans la ville de New Richmond, le résident Éric Young soutient que Sylvain Roy « se battait et nous mettait sur la map ». « Ma famille et moi, on n’a jamais été péquiste, mais lui, il faisait vraiment un bon travail », affirme l’homme de 45 ans.

Le départ de M. Roy est « une occasion à saisir », selon la candidate de Québec solidaire dans Bonaventure, Catherine Cyr Wright, assise à la terrasse du même café pour une entrevue avec Le Devoir.

Même si elle a terminé quatrième en 2018, la jeune femme de 32 ans souligne que la présence de dix députés solidaires au parlement pendant le mandat qui s’achève pourrait changer la donne aux prochaines élections. « On voit le travail qu’Émilise Lessard-Therrien fait à Rouyn-Noranda–Témiscamingue pour représenter sa région et que ça porte fruit », explique Mme Cyr Wright.

Originaire de la région, Catherine Cyr Wright se dit bien placée pour représenter Bonaventure, ayant elle-même été confrontée à certains problèmes vécus par ses électeurs. Elle donne l’exemple du manque de places en garderie pour son premier enfant, âgé maintenant de 2 ans et demi. La candidate solidaire fera d’ailleurs campagne « avec une bedaine », dit-elle, en se flattant le ventre. Elle attend son deuxième enfant pour Noël.

Le manque de logements touche aussi plusieurs citoyens de la circonscription de Bonaventure, poursuit Mme Cyr Wright. « J’ai habité neuf mois dans le sous-sol chez mes parents avec mon chum en revenant [en Gaspésie] parce qu’on n’avait pas de logement. » Selon elle, Québec solidaire parle de la crise du logement depuis des années et elle pense « que les gens ont entendu ».

Les Îles-de-la-Madeleine dans la mire des libéraux

Aux Îles-de-la-Madeleine, l’actuel député, le péquiste, Joël Arseneau, se mesurera au candidat caquiste Jonathan Lapierre, élu maire aux dernières élections pour un troisième mandat. Au sujet de la stratégie libérale dans l’Est-du-Québec, la cheffe Dominique Anglade a présenté d’emblée la candidature du directeur de l’Association des chasseurs de phoques intra-Québec, Gil Thériault, dans la circonscription. Lors de l’annonce du candidat, Mme Anglade a présenté des « propositions qui collent aux besoins des gens de la région », rappelle-t-elle. La nomination d’un ministre responsable uniquement des pêches en est un exemple, dit-elle. Du côté de Québec solidaire, c’est l’ex-conseiller municipal Jean-Philippe Déraspe qui portera les couleurs du parti.

Florence Morin-Martel


À voir en vidéo