«La bataille de notre vie n’est pas terminée», avertit Legault dans son discours inaugural

Le premier ministre François Legault met en garde la population québécoise contre « la tentation de l’immobilisme, de la résignation et de l’inaction » après la « longue bataille » contre la COVID-19.

Même s’il entrevoit la levée de l’état d’urgence sanitaire « si tout va bien » seulement « au début de 2022 », il a quelques idées en tête pour rendre le Québec « plus prospère », « plus vert » et « plus fier » une fois qu’il aura tourné le dos à la pandémie. « En additionnant la bonne volonté de 8 600 000 Québécois, on peut faire beaucoup », a fait valoir M. Legault mardi, lors de son discours d’ouverture de session à l’Assemblée nationale.

Le chef du gouvernement a proposé au Parlement un train de « changements » à opérer dans la prochaine année, d’abord dans le réseau de la santé, qui n’est « pas assez humain » et « pas assez performant » actuellement selon lui. « Avant la pandémie, il y avait beaucoup de sceptiques sur la capacité d’un gouvernement de changer en profondeur le réseau de la santé. Maintenant, on sait que c’est possible », a-t-il avancé.

Vers la « nouvelle économie »

Le Québec doit aussi « prendre résolument le chemin d’une économie verte », affirme avec conviction M. Legault. À moins d’un an des prochaines élections générales, il « renonc[e d’ailleurs] définitivement à extraire des hydrocarbures » sur le territoire québécois.

En revanche, le Québec accueillera un « pôle mondial » du transport électrique, des batteries et de l’hydrogène vert, a annoncé le chef du gouvernement. « Si le pétrole a permis à des États de s’enrichir considérablement, le XXIe siècle va être celui des économies vertes. Le XXIe siècle va être le siècle du Québec », a-t-il lancé dans le Salon bleu.

« Fabriquer au Québec, c’est gagnant pour le Québec », a aussi soutenu M. Legault, préconisant non seulement une plus grande « autonomie » alimentaire, mais également une plus grande autonomie manufacturière du Québec.

D’ailleurs, l’équipe gouvernementale « travaille pour ajouter 100 000 travailleurs qualifiés » au marché du travail québécois, principalement dans les secteurs de la construction, des technologies de l’information et du génie.

Photo: Le Devoir Ce nuage de mots représente les termes les plus utilisés par le premier ministre François Legault lors de son discours inaugural. Plus un terme a été utilisé, plus sa taille est importante.

Le ministre des Finances, Eric Girard, ne perdra pas pour autant de vue les Québécois éprouvant des difficultés à faire face à l’« augmentation énorme du coût de la vie », a mentionné le premier ministre.

François Legault s’est dit déterminé à resserrer encore plus l’écart de richesse entre le Québec et l’Ontario — qui est passé de 16 % à 13 % jusqu’à maintenant sous sa gouverne. « Je n’accepte pas que le Québec soit moins riche que ses voisins », répète-t-il encore près de 10 ans après avoir fondé la Coalition avenir Québec.

De son côté, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, lancera prochainement une « vaste offensive » pour « créer rapidement » pas moins de 37 000 places en service de garde éducatif à l’enfance, ce qui permettra à « tous les parents qui le souhaitent [de] pouvoir enfin avoir une place », a indiqué M. Legault, après trois ans aux commandes de l’État québécois.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, s’évertueront quant à eux à s’assurer que 90 % des jeunes sortent de l’école avec un diplôme ou une qualification, et non 82 % comme c’est le cas actuellement, a poursuivi le chef du gouvernement.

Assurer la « cohésion nationale »

La pandémie a aussi révélé l’« importance de la cohésion nationale ». Celle-ci trouve sa source dans une « histoire commune », une « culture », une « façon de vivre ensemble » et une « langue » propres. « Cette cohésion nationale est très précieuse et doit être cultivée dès l’enfance », a souligné François Legault mardi. Dans cet esprit, le cours d’éthique et culture religieuse passera à la trappe, pour être remplacé par un cours sur la culture et la citoyenneté québécoises, a-t-il indiqué.

La « manière de vivre ensemble » — un des socles de la cohésion nationale, selon M. Legault — est actuellement contestée devant les tribunaux, a pris soin de mentionner le premier ministre en Chambre, citant la bataille juridique au centre de laquelle la Loi sur la laïcité de l’État québécois se trouve. « Les Québécois peuvent compter sur leur gouvernement pour mener cette bataille sans fléchir », a promis M. Legault devant le Parlement.

Nouvelle session

C’est le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, qui a ouvert mardi peu après 14 h la nouvelle session parlementaire. Il a profité de l’occasion pour saluer le « jugement » et la « rigueur » démontrés par François Legault tout au long de la pandémie de COVID-19, qui a arraché la vie à près de 11 500 personnes au Québec depuis mars 2020.

Avant la pandémie, il y avait beaucoup de sceptiques sur la capacité d’un gouvernement de changer en profondeur le réseau de la santé. Maintenant, on sait que c’est possible.

Le « vice-roi » a aussi « félicité » les chefs des groupes parlementaires d’opposition, qui ont fait preuve, tout comme les élus du gouvernement, de « grandeur » et de « dévouement ». « L’histoire du Québec n’est pas un long fleuve tranquille », a fait valoir M. Doyon, louant la « résistance » et la « résilience » de la nation québécoise.

Celle-ci est parvenue « en bonne partie » à vaincre son principal « adversaire » historique, soit la « peur du changement, la peur d’échouer », à la faveur de sa bataille contre la COVID-19, estime François Legault. À ses yeux, la nation devra en faire autant avec « la tentation de l’immobilisme, de la résignation et de l’inaction ».

Cette prorogation de la session parlementaire était inutile, selon les partis d’opposition. « Ce que j’ai vu, c’est une opération de rattrapage ratée », s’est indignée la cheffe libérale, Dominique Anglade. Le premier ministre a livré « un discours de gestionnaire » plutôt qu’un « discours de visionnaire », selon le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Le Parti québécois estime qu’il s’agit « d’une autre opération de marketing politique ».

Avec Mylène Crête et François Carabin

 

Dans l’angle mort du discours

François Legault aura prononcé plus de 7000 mots lors de son discours inaugural. S’il a abordé pendant de longues minutes les dossiers de la santé, de l’éducation et de l’économie, il a aussi occulté certaines expressions. Le Devoir en soulève quatre.

« Réforme du mode du scrutin ». Promise par la CAQ en 2018, la réforme stagne. Le gouvernement Legault avait déposé un projet de loi afin de la concrétiser, mais le processus d’adoption n’a toujours pas franchi l’étape de l’étude détaillée.

Selon le premier ministre, « jamais un gouvernement n’a autant respecté ses promesses ». « On va finir le travail », a-t-il dit mardi, sans jamais parler de réforme.

Aux yeux de l’ex-ministre péquiste Jean-Pierre
Charbonneau, c’est une preuve que la modification du système électoral « n’est pas une priorité » pour la CAQ.

« Troisième lien ». Le projet phare du gouvernement n’a pas pointé le bout de son nez une seule fois durant l’heure et quart de prise de parole de M. Legault. Pourtant, M. Legault a souvent vanté la construction du tunnel, après l’avoir annoncée en grande pompe ce printemps.

« Crise du logement ». Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a vivement reproché à M. Legault d’avoir évité de parler de « crise », mardi. « Il y a des milliers de familles au Québec qui font face à la plus grave crise du logement et de l’accès à la propriété de notre histoire récente », s’est-il offusqué.

« Racisme systémique ». Le Québec connaît depuis longtemps l’avis du premier ministre sur ces termes controversés. Dans son discours inaugural, l’élu persiste et signe. « Le Québec est un des endroits au monde où il y a le moins de racisme », a-t-il dit.

François Carabin



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