Québec en pourparlers avec Kanesatake sur la mise en place d’un corps policier autochtone

Le corps policier autochtone de Kanesatake a été démantelé en 2005 à la suite de conflits internes qui avaient dégénéré en violence.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le corps policier autochtone de Kanesatake a été démantelé en 2005 à la suite de conflits internes qui avaient dégénéré en violence.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, confirme que des discussions sont en cours « depuis un certain temps » avec les autorités de Kanesatake pour rétablir un corps policier autochtone sur ce territoire mohawk en banlieue de Montréal.

En conférence de presse, lundi à Longueuil, Mme Guilbault n’a pas caché son irritation face au rassemblement de plusieurs centaines de personnes réunies pour faire la fête à l’appel d’un distributeur local de cannabis, samedi soir à Kanesatake. Les fêtards se sont massés le long de la route 344 et ont perturbé le voisinage durant plusieurs heures. Des barrages avaient été installés en fin de soirée par la Sûreté du Québec, mais malgré le non-respect des mesures sanitaires, aucune contravention à cet effet n’a été donnée. Les policiers se limitaient à contrôler les automobilistes pour les facultés affaiblies.

« Évidemment, on décourage ce genre de rassemblement, que ce soit à Kanesatake ou ailleurs. On a vu aussi des plages, des parcs ces derniers temps. On comprend l’enthousiasme débordant des citoyens après des mois de confinement, et on souhaite que les gens aillent à l’extérieur, se remontent le moral, puissent se voir et tout ça, mais il y a encore des règles en cours et c’est important de les respecter », a-t-elle rappelé.

Devant le débordement du week-end, le Grand Chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, a de nouveau réclamé la création d’une unité de police autochtone sur le territoire.

« On est au courant de la demande », a fait savoir la ministre, précisant que les discussions à cet effet impliquent son collègue responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière. La veille, le premier ministre François Legault avait aussi ouvert la porte à une telle éventualité en manifestant son grand déplaisir à la suite de cet incident.

Mme Guilbault a toutefois rappelé qu’une telle démarche n’est pas sans embûches : « Nos corps de police autochtones au Québec sont financés à 52 % par le gouvernement fédéral, 48 % par le provincial. Il y a toujours des ententes tripartites, alors il y a une complexité là-dedans. »

Le corps policier autochtone de Kanesatake a été démantelé en 2005 à la suite de conflits internes qui avaient dégénéré en violence. La résidence de James Gabriel avait été incendiée et le poste de police, placé en état de siège par des manifestants opposés au remplacement du chef de police de l’époque par James Gabriel. Depuis 2005, ce sont les policiers de la Sûreté du Québec qui sont chargés de patrouiller dans le territoire autochtone, mais leur présence est mal accueillie par les Mohawks depuis la crise d’Oka en 1990, et ils ne s’aventurent que très rarement à l’intérieur des limites du territoire.

À voir en vidéo