Les omnipraticiens refusent de se faire imposer un nouveau mode de rémunération

«S’ils veulent imposer quelque chose, ils vivront avec l’imposition. C’est sûr que nous, on n’acceptera pas de coercition. La méthode forte, ça ne fonctionne pas», a lancé le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «S’ils veulent imposer quelque chose, ils vivront avec l’imposition. C’est sûr que nous, on n’acceptera pas de coercition. La méthode forte, ça ne fonctionne pas», a lancé le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

La colère gronde chez les médecins de famille. Pas question pour eux de se soumettre à la manière forte. Les médecins omnipraticiens refusent d’emblée de se faire imposer par le gouvernement Legault de nouvelles règles de rémunération.

Tout changement apporté à leur mode de rémunération devra donc être négocié, sinon le gouvernement trouvera les médecins sur son chemin, promet le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.

Le ton monte entre le gouvernement et les médecins de famille depuis que le premier ministre François Legault a déclaré vendredi qu’il voulait « travailler très fort à changer les choses » cet automne, en adoptant un nouveau mode de rémunération mixte pour les médecins, sous peine de pénalités financières imposées à ceux qui résisteront aux nouvelles normes.

En novembre 2019, le premier ministre Legault avait déjà évoqué en entrevue la possibilité d’adopter une loi spéciale pour imposer un nouveau mode de rémunération aux médecins.

Ces derniers n’ont pas du tout apprécié sa sortie de vendredi et ce ton menaçant, a observé en entrevue téléphonique lundi le Dr Godin, encore étonné des commentaires du premier ministre, et convaincu que cette attitude de confrontation ne menait à rien de bon, ne venait aucunement en aide aux patients, et lui rappelait les mauvais souvenirs de l’époque où le ministère de la Santé était dirigé avec une main de fer par le Dr Gaétan Barrette.

« S’ils veulent imposer quelque chose, ils vivront avec l’imposition. C’est sûr que nous, on n’acceptera pas de coercition. La méthode forte, ça ne fonctionne pas », tranche le Dr Godin, qualifiant ce scénario de « complètement farfelu », menant à un « climat exécrable ».

C’est un euphémisme de dire que la sortie du premier ministre « a été mal reçue par les médecins sur le terrain », relate le Dr Godin. « Les médecins sont vraiment fâchés de ça. Ils ne comprennent vraiment pas », selon lui, pourquoi M. Legault menace tout à coup d’appliquer la loi 20 de l’ex-ministre Barrette, qui prévoyait en 2015 d’importantes pénalités financières aux médecins qui ne se conforment pas aux normes sur le nombre de patients à prendre en charge.

Menaces d’une plus grave pénurie

Mais si jamais Québec choisissait quand même de brandir le bâton, au lieu de la carotte, les médecins vont riposter en quittant massivement la profession, prédit le Dr Godin, un scénario qui ne ferait qu’empirer la pénurie actuelle de médecins et diminuerait encore davantage l’accès.

« On a des médecins qui vont quitter. On a des médecins qui vont cesser de travailler, qui vont prendre leur retraite », selon lui.

La pénurie d’omnipraticiens est déjà observée depuis plus d’une décennie : les étudiants qui rêvent d’exercer la profession médicale boudent la médecine familiale. Déjà, on estime qu’il manque entre 800 et 1000 médecins de famille au Québec, les étudiants préférant en général se spécialiser dans un domaine particulier. Plusieurs dizaines de postes d’omnipraticiens ne sont pas pourvus.

Depuis le début de la pandémie, en mars 2020, les négociations entre le gouvernement et la FMOQ sur le mode de rémunération avaient été interrompues.

Après 15 mois de pandémie, au lieu de menaces, le Dr Godin aurait apprécié de la part du premier ministre quelques bons mots pour le surcroît de travail accompli par les médecins dans des circonstances difficiles. Et il rappelle que la pandémie n’est pas terminée.

Sur le fond, la FMOQ est d’accord avec le principe de privilégier un mode de rémunération mixte pour favoriser une plus grande prise en charge et elle croit réaliste de pouvoir conclure avec le gouvernement Legault une entente négociée à ce sujet d’ici un an, soit avant la fin du mandat. Mais il y aura un long délai à prévoir entre le moment où on signera l’entente et celui où chaque patient pourra prendre rendez-vous avec son médecin de famille.

La FMOQ rappelle qu’un changement de cette envergure constitue une opération complexe qui exige du temps et ne peut se conclure en quelques mois. « Mission impossible », résume le Dr Godin.

Promesse non tenue pour l’instant

En 2018, le parti de M. Legault, la Coalition avenir Québec (CAQ), s’était engagé à modifier le mode de rémunération des médecins de manière à les forcer à prendre davantage de patients. Elle voulait ainsi assurer à tous les Québécois l’accès à un médecin de famille, et ce, « avant la fin du mandat ». Elle promettait aussi un accès à son médecin de famille en moins de 36 heures.

Trois ans plus tard, on est bien loin du compte et le temps commence à manquer.

L’engagement de la CAQ de procurer un médecin de famille à tous les Québécois en 2022 n’est donc pas réaliste, selon le Dr Godin. Actuellement, près de 81 % des Québécois ont un médecin de famille, ce qui laisse orphelins environ 700 000 patients, toujours en attente. Il serait illusoire de leur faire croire qu’ils auront tous un médecin de famille d’ici un an.

Sur le modèle de l’Ontario, le programme de la CAQ visait une rémunération mixte, soit 50 % par « capitation », c’est-à-dire un revenu calculé en fonction du nombre de patients pris en charge, et 50 % selon le mode actuel de rémunération à l’acte.

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