Legault en sortie de crise

Vendredi, le premier ministre, François Legault, a réitéré sa satisfaction vis-à-vis de son équipe et a avancé qu’aucun changement d’effectif n’était prévu au gouvernement.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Vendredi, le premier ministre, François Legault, a réitéré sa satisfaction vis-à-vis de son équipe et a avancé qu’aucun changement d’effectif n’était prévu au gouvernement.

Tous les regards sont tournés vers le premier ministre François Legault depuis la déclaration d’état de pandémie de COVID-19 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 11 mars 2020. Quinze mois plus tard, les partis d’opposition sont décidés à retrouver le temps d’antenne qu’ils ont perdu.

« On veut retourner à une démocratie qui fonctionne pleinement », a demandé la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lors de sa conférence de presse bilan avant la relâche estivale des travaux parlementaires. Elle s’est présentée comme « la seule alternative crédible » au chef caquiste à moins d’un an et demi des prochaines élections générales.

Mme Anglade est lasse de voir l’équipe de François Legault gouverner par décrets et arrêtés à l’abri des regards du Parlement. Pendant l’état d’urgence sanitaire, les partis d’opposition se sont « butés au mur de l’arrogance » de la Coalition avenir Québec lorsqu’ils se sont interrogés à haute voix sur la gestion de la pandémie ou encore lorsqu’ils ont montré du doigt les « manquements éthiques » de membres du gouvernement caquiste. Les chefs de Québec solidaire (QS) et du Parti québécois acquiescent.

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La cheffe libérale, Dominique Anglade, s’est de son côté présentée comme «la seule alternative crédible» au chef caquiste.

D’ailleurs, QS n’était pas peu fier vendredi d’avoir eu la tête du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, il y a moins de 10 jours. Le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale savourait encore vendredi la mise à l’écart du Conseil des ministres de « Fitz », dont les actifs dans deux sociétés privées étaient jugés incompatibles avec des fonctions ministérielles par la commissaire à l’éthique et à la déontologie. « Si Québec solidaire n’avait pas été là, si Vincent Marissal n’avait pas été là, eh bien, M. Fitzgibbon serait encore ministre de l’Économie », a souligné à gros traits la co-porte-parole de QS, Manon Massé. La CAQ, « en matière d’éthique, commence de plus en plus à ressembler au Parti libéral [et] a même le potentiel de dépasser le Parti libéral dans le nombre de manquements sur le plan éthique et dans leur gravité », a dit le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon.

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a déclaré que le gouvernement Legault paiera le «prix» de son «arrogance [...] lorsqu’on retournera à un environnement parlementaire normal à l’automne».

Malgré leurs critiques répétées, les trois partis d’opposition n’ont toutefois pas réussi à faire tomber le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, emmêlé dans ses contradictions sur l’utilité des systèmes de ventilation dans les écoles au temps de la COVID-19.

« Je veux vous dire au cas où ça soit une question : il n’y a aucun changement de prévu dans notre gouvernement. Je suis très satisfait de l’équipe qu’on a actuellement », a dit M. Legault avant même que le « cas Roberge » soit évoqué en conférence de presse.

Le chef du gouvernement laisse néanmoins la porte ouverte à un retour de Pierre Fitzgibbon au Conseil des ministres si ce dernier parvient à se départir de ses actifs dans White Star Capital et Immervision. « Il s’offre au plus offrant pour redevenir ministre. Si ça, ce n’est pas un conflit d’intérêts », s’est désolé l’élu libéral Marc Tanguay en Chambre. « Quand il était dans l’opposition, le premier ministre, c’était tolérance zéro. On le voyait même, certains le disaient, que c’était M. Net. Mais, depuis, on a vu que ses beaux habits blancs accumulent des taches », a-t-il lancé.

 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a fait valoir qu’en raison de coupes effectuées par des gouvernements antérieurs, «il y a des bris de services partout à travers le Québec».

Après l’arrogance, la zénitude ?

L’équipe de François Legault paiera le « prix » de son « arrogance […] lorsqu’on retournera à un environnement parlementaire normal à l’automne », prédit M. St-Pierre Plamondon.

François Legault a convenu qu’il devait être « plus zen » et de ne pas perdre de vue ses cinq priorités après le déconfinement complet de l’opposition parlementaire. « On est un peu comme un canard qui avance en dessous de l’eau », a-t-il illustré. « Ça ne paraît pas, mais on avance en éducation, en économie, en environnement, du côté de la culture, de la santé, de notre fierté, donc on a continué à avancer ; puis là on va pouvoir avancer encore plus vite dans les prochains mois. »

Le chef caquiste prépare notamment une charge contre la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Il n’exclut pas de recourir durant l’automne à la loi 20 de l’ex-ministre libéral Gaétan Barrette, — « qui n’est pas nécessairement mauvaise », selon le premier ministre —, pour imposer des pénalités aux médecins qui ne prennent pas en charge « un minimum de patients ». Pour « avoir une première ligne forte », c’est-à-dire des médecins qui prennent en charge suffisamment de patients et des soins à domicile « de qualité » pour désengorger les urgences des hôpitaux. « Ce n’est pas facile de négocier avec, entre autres, la FMOQ, je vous le dis, là, ce n’est pas facile », a admis M. Legault.

En tête des sondages

Malgré ses prises de bec avec l’opposition, le chef caquiste jouit d’un appui populaire inégalé comparativement à ses homologues dans le reste du Canada. Le taux de satisfaction des Québécois à son égard s’élève à 66 %, selon la firme de sondages Angus Reid. Son ami Doug Ford en Ontario récolte l’un des pires résultats au pays avec un taux d’approbation de 35 %.

Je veux vous dire au cas où ça soit une question : il n’y a aucun changement de prévu dans notre gouvernement. Je suis très satisfait de l’équipe qu’on a actuellement.

D’autre part, les mesures déployées par le gouvernement québécois pour freiner la progression de la COVID-19 jouissent toujours de l’appui de 73 % des Québécois, selon la firme Léger. M. Legault s’est félicité pour la gestion de la troisième vague de COVID-19 et de la campagne de vaccination. « On s’en est mieux sorti qu’ailleurs », a-t-il fait remarquer, tout en remerciant chaleureusement les Québécois « d’avoir été solidaires ».

N’en reste pas moins que la vie de 11 167 Québécois a été emportée par la COVID-19 depuis le début de la pandémie — principalement par la première vague. Malgré cela, le premier ministre refuse de tenir une commission d’enquête indépendante, se désole l’opposition parlementaire. La « gestion de la pandémie ne devrait pas être dans la joute politique », estime M. St-Pierre Plamondon. Il constate lui aussi que les Québécois ne comptent pas pour le moment en faire payer le prix politique à la CAQ. « Si on politise la gestion de la crise, on ne tombe pas dans un dialogue très, très constructif. Je pense que, également, les gens vont ressentir à juste titre le besoin de tourner la page », a-t-il dit, réitérant son appui à une commission d’enquête indépendante.

La COVID-19 fera irruption au cours des prochains mois dans l’Hôtel du Parlement sous les traits d’une série de rapports, dont celui de la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay.

Pour QS, la pandémie a démontré de triste façon la nécessité d’un réinvestissement dans les services publics. « Quand on regarde les services publics, les services de santé dans la dernière année, c’était tellement pétant comment les gouvernements antérieurs ont tellement appauvri nos services publics qu’on a failli. On a failli plusieurs fois. Il y a des bris de services partout à travers le Québec, ça ne va pas bien au niveau de la santé », a souligné Manon Massé, à quelques heures de céder sa place de cheffe parlementaire à Gabriel Nadeau-Dubois.

Legault ne tient rien pour acquis

Même si, selon lui, le Québec a surmonté la 3e vague de COVID-19 avec succès, François Legault convient qu’« il n’y a rien de gagné » pour la Coalition avenir Québec à l’approche du scrutin. Il fait allusion au premier ministre britannique, Winston Churchill, qui s’est fait chasser du 10, rue Downing, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Même si M. Churchill bénéficiait d’une forte popularité personnelle, son parti politique avait mordu la poussière en 1945. Le programme de son adversaire travailliste avait ravi les électeurs.

« François Legault a une certaine popularité, mais il est plus populaire que son projet de société. Son projet de société, lui, je pense que les Québécois n’embarquent pas », a fait valoir le député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, avant de pointer le projet de tunnel Québec-Lévis, dont le coût pourrait osciller autour de 10 milliards de dollars. Un projet « rétrograde » et « antiscientifique » qui éloigne le Québec de la lutte contre les changements climatiques, selon lui.

La cheffe libérale a décrit le projet autoroutier sous-fluvial comme le « Taj Mahal électoral » de la CAQ, ce qui n’est pas sans rappeler l’appareil Airbus aménagé par le premier ministre fédéral Brian Mulroney. Son adversaire libéral, Jean Chrétien, l’avait surnommé le « Taj Mahal volant ».

« [Les caquistes] prennent les décisions en fonction de leurs intérêts électoraux dans la région de Québec », a renchéri le chef péquiste.

Par ailleurs, le PQ ne lâchera pas d’une semelle le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, à partir du lancement des consultations particulières sur le projet de loi 96 en septembre, qu’il juge insuffisant. « On est à une époque, dans l’histoire du Québec, où le Québec joue, d’une certaine manière, son destin linguistique », a fait valoir M. St-Pierre Plamondon, disant « fai[re] de la politique par conviction ».

Le leader indépendantiste annonce « un choc des titans », « un choc de visions » pour l’automne. « La pandémie sera terminée et on pourra aller au fond des choses relativement à plusieurs décisions du gouvernement, qui sont vraiment difficiles à accepter et à comprendre », a-t-il affirmé. La cote de popularité du chef du gouvernement s’effritera à coup sûr, est-il persuadé.

« Au fur et à mesure que les nuages s’éclaircissent par rapport à la pandémie, les gens commencent à voir le vrai visage du gouvernement et aussi, le vrai visage d’autres formations politiques », a ajouté la cheffe libérale, Dominique Anglade.

M. Legault a profité de la dernière journée de travaux parlementaires avant la relâche estivale pour souhaiter un bon « été des rapprochements » à la population québécoise. « Ce que je souhaite, en fait, c’est qu’après avoir mis Québec sur pause, bien, qu’on mette les Québécois sur pause au cours des prochaines semaines. Je pense que c’est bien mérité. Mais il faut se rappeler qu’il nous reste une grande mission pour l’été : d’aller chercher sa deuxième dose de vaccin pour être pleinement protégé », a-t-il déclaré. Il y va de la levée de l’état d’urgence sanitaire. En effet, il renoncera aux pouvoirs exceptionnels prévus à la Loi sur la santé publique lorsque 75 % des Québécois « dans chaque groupe d’âge » auront reçu leur deuxième dose vaccinale. « On pense être capables d’atteindre ça d’ici la fin août », a-t-il réitéré. « Mais je ne veux [tenir] rien pour acquis par contre. »

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