​Immigration: la balle est dans le camp de Québec, dit le ministre Mendicino

Le gouvernement fédéral a beau être celui qui a le pouvoir d’octroyer la résidence permanente, Québec a sa part de responsabilité dans les dizaines de milliers de dossiers de travailleurs qualifiés en attente, croit le ministre de l’Immigration, Marco Mendicino. En entrevue au Devoir, il s’est dit « encouragé » par le fait que Québec a légèrement augmenté ses seuils pour 2021, mais estime que la balle est toujours dans son camp.

« Il faut comprendre très clairement que Québec établit ses propres seuils d’immigration annuels, et nous recevons plus de demandes pour le PTQQ [Programme des travailleurs qualifiés du Québec] que les [places] permis [es] par Québec. C’est la raison pour laquelle il y a plus d’applications dans l’inventaire », a dit le ministre dans une entrevue accordée en français au Devoir.

Il rappelle que 50 000 travailleurs qualifiés sont en attente d’une résidence permanente, mais que les cibles du Québec ne permettent pas d’absorber toutes les demandes traitées. « Les seuils d’immigration de Québec en 2021, cette année, sont de maximum 26 000 personnes. Ça, c’est la réalité », a déclaré le ministre Mendicino, qui a succédé à Ahmed Hussen à ce poste à la fin 2019.

Il ne cache pas que cette « réalité », soit les seuils trop bas du Québec pour écouler les dossiers en attente, est à l’origine d’une demande de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault, enjoignant au fédéral de traiter en priorité les dossiers de travailleurs qualifiés déjà ici. Or, cela n’est pas sans conséquence sur les autres catégories d’immigration, souligne M. Mendicino. « Quand nous faisons l’exercice de priorisation du PTQQ, la réalité est que les autres applications ne sont pas priorisées. […] Ça va rester comme ça tant et aussi longtemps que la demande sera plus grande que les niveaux d’immigration établis par le Québec. »

Regarder vers l’avenir

Il y a deux semaines, Le Devoir avait révélé qu’Ottawa avait reconnu avoir ralenti le traitement des dossiers de travailleurs qualifiés et que c’était attribuable « aux restrictions imposées par le gouvernement du Québec quant aux admissions en raison d’un nombre limité de places dans les niveaux annuels », pouvait-on lire dans des documents gouvernementaux. Ces déclarations avaient agacé Québec, qui a continué de rejeter la responsabilité des délais de traitement sur le gouvernement fédéral, le seul à pouvoir délivrer des résidences permanentes.

Mais le ministre canadien dit qu’il ne souhaite pas « débattre du passé », mais plutôt assainir le climat entre lui et le Québec. « Je vais me concentrer sur aujourd’hui et l’avenir, et je vais livrer tous les travailleurs dont le Québec a besoin pour appuyer sa relance économique. C’est la chose la plus importante pour moi et mon gouvernement », a-t-il dit, en ajoutant qu’Ottawa est un « partenaire de bonne foi » dans cette affaire.

Marco Mendicino rappelle que son ministère a déjà octroyé une résidence permanente à plus de 7000 travailleurs qualifiés du Québec, soit une augmentation de 54 % par rapport à l’an dernier. Il aurait également contribué à fournir au Québec plus de 7000 travailleurs temporaires.

Plus d’anges gardiens

Quant au programme des « anges gardiens », qui vise à régulariser le statut des demandeurs d’asile ayant travaillé en soins directs aux patients pendant la première vague, le ministre fédéral de l’Immigration a dit continuer de talonner son homologue québécoise pour qu’elle élargisse le programme. « J’ai répété que la porte restait ouverte de notre côté pour revisiter les paramètres de programme », a-t-il indiqué, en évoquant une rencontre avec Nadine Girault il y a exactement deux semaines. « Je pense que le Québec veut attendre un peu plus pour regarder le progrès. Mais s’[il] veut élargir le programme, nous sommes prêts. »

En date du 10 avril, seulement 3200 dossiers (représentant 7500 personnes au total) avaient été reçus dans le cadre de ce programme, dont 1400 au Québec. Soucieux d’atteindre sa cible historique de 401 000 immigrants en 2021, le gouvernement fédéral a également lancé le mois dernier un programme permettant à plus de 90 000 étudiants et travailleurs temporaires d’obtenir la résidence permanente.

 

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