Conflit à Québec solidaire: le Collectif antiraciste décolonial blâmé

« Il faut que la ligne se trace pour dire qu’est-ce qu’on trouve acceptable et qu’est-ce qu’on ne trouve pas acceptable, alors ça n’a rien à voir avec le leadership », a affirmé Manon Massé.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne « Il faut que la ligne se trace pour dire qu’est-ce qu’on trouve acceptable et qu’est-ce qu’on ne trouve pas acceptable, alors ça n’a rien à voir avec le leadership », a affirmé Manon Massé.

Le Collectif antiraciste décolonial de Québec solidaire a perdu sa bataille. Les quelque 200 délégués réunis en conseil national virtuel samedi lui demandent de rentrer dans le rang sans quoi il pourrait être dissous. La motion de blâme a été adoptée à huis clos samedi par les délégués.

« Le vote était très clair, a affirmé la co-porte-parole de la formation, Manon Massé. La très grande majorité des membres en présence ont dit “nous, à Québec solidaire, on ne veut pas que le militantisme ait comme impact le manque de respect, ait comme impact les mises en demeure.” »

« Le message clair que ça envoie c’est que les personnes racisées, les personnes issues de l’immigration, les militantes et militants antiracistes ne sont pas, en fait, les bienvenus au sein de ce parti peut-être à moins qu’elles se conforment à la place qu’on leur impose », a réagi l’une des co-porte-parole du collectif, Eve Torres en faisant remarquer que QS compte moins de 10 % de personnes racisées. Pour elle, la formation de gauche a adopté des réflexes de « vieux parti ».

Le collectif accuse Québec solidaire de faire preuve lui-même de racisme systémique à l’intérieur de ses propres instances, et ce, même si le parti en a fait l’un de ses chevaux de bataille à l’Assemblée nationale. Ses militants ont multiplié les déclarations controversées au cours des derniers mois, notamment en relayant sur sa page Facebook un article sur le professeur de l’Université d’Ottawa Amir Attaran, qui avait accusé le Québec d’être raciste en le qualifiant d’« Alabama du Nord ». Puis, il y a eu l’association du journaliste Patrice Bergeron à des « amis de la droite extrême », expression remplacée peu de temps après par « la fachosphère ». Ces deux événements ont été la goutte qui a fait déborder le vase.

Le comité exécutif du parti, quant à lui, reproche au collectif d’avoir « dépassé trop de fois les limites de la dissidence pour tomber dans le dénigrement », « que ses comportements ont nui publiquement à Québec solidaire » et de « contribuer à instaurer un climat de militantisme malsain au sein du parti ». Le discours controversé du Collectif antiraciste décolonial a suscité des critiques de la part des adversaires du parti et a occulté ses prises de position politiques.

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois ont reconnu que leur parti n’était « pas parfait » sur la question antiraciste. « Il nous reste beaucoup de pain sur la planche pour être un parti qui représente le Québec de 2021, oui dans son caucus et dans sa direction, mais surtout au sein de nos membres », a admis M. Nadeau-Dubois. Il a également fait valoir que la Commission nationale autochtone avait dénoncé les méthodes du collectif.

Il revient aux membres du collectif, qui seraient environ 80, de décider s’ils veulent se conformer et continuer de militer au sein du parti sans quoi il pourrait être dissous lors du prochain congrès en novembre. Eves Torres, qui avait été candidate lors de l’élection générale de 2018, « n’envisage plus de porter les couleurs solidaires ».

La journée de samedi a également été l’occasion pour les délégués d’adopter les vingt axes autour desquels s’articulera le programme électoral de Québec solidaire en 2022. « Il y a déjà une certitude qui émerge, c’est que la colonne vertébrale de la prochaine campagne de Québec solidaire ce sera l’environnement », a déclaré M. Nadeau-Dubois. Ils se sont également dotés d’une politique d’investiture uniforme qui s’appliquera à toutes les associations de circonscription.

Par ailleurs, les délégués ont félicité l’aile parlementaire pour son approche plus critique envers la gestion de la pandémie. Les députés solidaires avaient essuyé les critiques des militants l’automne dernier pour avoir manqué de fermeté à l’égard du gouvernement Legault. Le conseil national de Québec solidaire se poursuit dimanche.

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