Legault appelle les Québécois à se rallier autour du projet de loi sur le français

Le premier ministre François Legault a appelé les Québécois jeudi à se rallier autour du projet de loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français. Il est le fruit de « beaucoup de compromis », dont un « beau compromis » sur l’affichage commercial, un « bon compromis » sur le statut des villes bilingues et un « compromis raisonnable » sur l’accès aux cégeps anglophones.

Un « compromis raisonnable ». Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, propose dans le projet de loi 96 de plafonner la proportion des étudiants inscrits dans le réseau collégial anglophone à 17,5 %, en plus d’y limiter la création de nouvelles places à 8,7 %, au maximum, des nouvelles places de l’ensemble du réseau collégial.

« Si ça permet à tout le monde d’augmenter en même temps, il y a quelque chose qui peut être intéressant », a fait valoir l’élue libérale Hélène David après avoir parcouru le projet de loi de 100 pages. Ni elle ni sa cheffe Dominique Anglade n’ont rappelé la position du Parti libéral du Québec, qui consistait tout simplement à « maintenir le nombre actuel d’étudiants équivalent temps plein dans les cégeps anglophones ».

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a pour sa part durement égratigné la « demi-mesure » préconisée par le gouvernement caquiste pour couper l’élan des cégeps anglophones. Il faut bloquer l’accès des francophones et des allophones au réseau collégial anglophone, a-t-il répété jeudi.

L’assujettissement de l’enseignement collégial à la loi 101, « c’est extrémiste », a dit M. Legault, se rangeant derrière la règle établie par M. Jolin-Barrette. « On réussit à faire un compromis raisonnable, à atteindre notre objectif, mais à aller chercher le soutien de la population », a-t-il mentionné en conférence de presse.

Le gouvernement caquiste entend également imposer une épreuve uniforme de français aux étudiants du réseau collégial anglophone, sauf à ceux étant déclarés admissibles à l’enseignement en anglais à l’école primaire et secondaire.

Un « bon compromis ». Le ministre responsable de la Langue française s’est dit partant jeudi pour retirer le statut bilingue de toute municipalité où les anglophones comptent désormais pour moins de 50 % de la population, à moins que son conseil municipal n’adopte une résolution dans les 120 jours pour le conserver. L’auteur du projet de loi 96 y voit un « bon compromis » entre « l’exemplarité de l’État dans la protection et la valorisation de la langue française » et l’« autonomie municipale ».

Un « beau compromis ». Le gouvernement caquiste propose aussi d’appliquer la règle de la nette prédominance du français dans l’« affichage public visible depuis l’extérieur » d’une marque de commerce comportant « une expression tirée d’une autre langue que le français ». « Par exemple, vous avez Canadian Tire. Les mots “centre de rénovation” devront être un peu plus gros que Canadian Tire. […] La majorité de ce qui est écrit doit être en français », a expliqué M. Legault. Disant vouloir « être raisonnable », le premier ministre nationaliste s’est refusé à donner un second souffle à l’« unilinguisme français dans l’affichage commercial » auquel les ex-premiers ministres René Lévesque et Robert Bourassa avaient tous deux souscrit.

Le ministre Jolin-Barrette s’est aussi dit décidé à renforcer le droit fondamental d’être servi et informé en français dans un commerce. « La personne qui se verrait refuser d’être servie en français pourrait faire une plainte à l’[Office québécois de la langue française] ou pourrait se tourner vers un recours civil pour une entreprise qui a plus de cinq employés », a indiqué M. Jolin-Barrette, tout en précisant que si « vous êtes accueilli avec un “Bonjour-Hi !”, ce n’est pas couvert par la loi ».

« Coup de massue »

Le projet de loi de compromis du gouvernement Legault n’a pas passé le test des valeurs du Quebec Community Groups Network (QCGN). Il met à mal « la vitalité de la communauté d’expression anglaise », tout en foulant aux pieds « les droits fondamentaux de ses membres », a souligné la présidente du QCGN, Marlene Jennings. Elle appréhende « des conflits et des divisions inutiles » au sein de la société québécoise si l’Assemblée nationale donne sa bénédiction aux changements proposés à la Charte de la langue française.

Marlene Jennings s’est également dite sonnée par le « coup de massue constitutionnel » asséné par M. Jolin-Barrette au moyen du projet de loi 96. Elle n’arrivait pas à croire jeudi que le ministre de la Justice compte modifier la Loi constitutionnelle de 1867 afin d’y inscrire deux dispositions : « Les Québécoises et les Québécois forment une nation » et « Le français est la seule langue officielle du Québec [et] la langue commune de la nation québécoise ». Selon la présidente de QCGN, cette manœuvre reflète une « vision fermée et étroite d’un Québec qui s’éloigne de plus en plus du reste du Canada ».

François Legault a dit juger « urgent » de renforcer le « rempart » protégeant le français « dans une mer d’anglophones », c’est-à-dire la loi 101.

À Ottawa, la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, a rappelé aux Communes sa volonté de « reconnaître le droit de travailler en français, d’être servi en français et de ne pas être discriminé sur la base d’être francophone dans les entreprises fédérales au Québec et dans les régions à forte présence francophone ».

Le professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke Guillaume Rousseau salue l’« approche globale » adoptée par Simon Jolin-Barrette. « Il n’existe pas “une” mesure magique. Mais toutes les mesures prises ensemble, là on jase ! La seule façon d’agir, c’est sur tous les fronts », insiste le coauteur de Restaurer le français langue officielle. Le spécialiste du droit linguistique au Québec serait toutefois « allé plus loin » sur quelques fronts, dont celui des municipalités. Il les aurait contraintes à se doter d’une politique linguistique assortie de mesures adaptées à leurs réalités visant à promouvoir la langue française.

Avec Marie Vastel

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11 commentaires
  • Denis Bussiere - Inscrit 14 mai 2021 03 h 59

    Un seul bémol

    En principe, le cégep c’est pour les 18 ans et plus et on doit payer de sa poche pour y aller. L’État, selon moi, n’a pas à dire à ces adultes dans quelle langue recevoir l’éducation post-secondaire. Pour le reste de la loi, je suis d’accord.

    • Thierry Alexandre Zambo - Abonné 14 mai 2021 08 h 31

      Au CEGEP, dans les établissement privés, c'est vrai. Mais au public, outre les "frais afférants", c'est gratuit...

      http://www.education.gouv.qc.ca/colleges/etudiants

      " ... De façon générale, un cégep ne peut réclamer de droits de scolarité à l’étudiant inscrit à temps plein dans un programme conduisant à l’obtention d’un diplôme d’études collégiales (DEC) ... "

      https://educaloi.qc.ca/capsules/les-couts-et-les-frais-de-scolarite/

      " ... Après le secondaire, vous pouvez aussi décider de poursuivre des études collégiales pour obtenir un diplôme d’études collégiales (D.E.C). Si vous étudiez à temps plein, la formation collégiale au public est gratuite... "

  • Robert Monaco - Abonné 14 mai 2021 07 h 38

    Compromis!

    Le seul mot dans la bouche de Legault un compromis. Cela fait 40 ans que les Québécois font des compromis avec le français.

    En plus quand des élus du PLQ sont d'accord avec une loi sur le français cela veut tout dire.

    • Lola Thiffault - Abonnée 14 mai 2021 14 h 58

      Ce ne sont pas des compromis mais de la compromission

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 14 mai 2021 15 h 40

      Et la définition de compromission:
      Action de transiger avec sa conscience ou ses principes..,pour son intérèt personnel, ses ambitions.!
      Définiton de transiger:
      Céder ou faire des concessions... par faiblesse.

  • Raynald Goudreau - Abonné 14 mai 2021 08 h 15

    Compromis , compromis , compromis ...

    On a installé une clôture , avec un bon siège pour s y assoir , et regarder passer le train de l assimilation .

  • Bernard LEIFFET - Abonné 14 mai 2021 08 h 28

    Se rallier à une telle combine : jamais!

    Hier, nous avons eu droit à une autre promesse de la CAQ car il lui apparaît enfin que le Français est en déclin au Québec! Pire même, les caquistes veulent faire entrer Québec au sein de la Fédération canadienne! Rien d'étonnant puisque François Legault est pressé de se soumettre au ROC, aux britanniques, avec la bénédiction des hommes d’affaires du Québec! a Fédération! Comme quoi c’était costaud de nous faire reconnaître comme nation au sein du Dominion! Nous voilà désormais avec deux partis fédéralistes québécois! La fierté québécoise envoyée aux oubliettes et les ancêtres évoqués par le PM ne sont plus là pour le crier haut et fort, certains sont morts pour un Québec français!
    Comme péquiste, le piège tendu n’est qu’une autre promesse de haute voltige, sans plus! Sans loi 101 au cégep, avec un bilinguisme douteux de plusieurs villes, sans échéancier et mesure de résultats, la vitalité de la langue française ira toujours en décroissance! Bref, même si le Parti Québécois votera oui pour rendre la langue française plus officielle au Québec, l’entourloupette de la CAQ avec le Dominion ne lui permettra pas de changer l’échiquier politique! Les membres du PQ peuvent être parfois divisés, mais devant ce pétard mouillé, ils peuvent encore espérer prendre une autre voie, celle de l’indépendance, en reléguant aux oubliettes cette mentalité de subordonnés qui n’a pas sa place au 21e siècle! Un autre rendez-vous manqué, cette fois celui des caquistes!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 14 mai 2021 10 h 27

    «le cégep c’est pour les 18 ans et plus et on doit payer de sa poche pour y aller. L’État n’a pas à dire à ces adultes dans quelle langue recevoir l’éducation post-secondaire» (Denis Bussiere)


    Alors, si j'avais voulu suivre en langue chinoise mes cours au cégep public de Rimouski, je n'aurais donc eu qu'à attendre ma majorité pour signifier mes intentions au secrétariat général afin que l'établissement se conforme à mes exigences

    Pour le reste, hormis le matériel didactique que l'étudiant doit acheter, le cégep public est gratuit et l'on y est admis vers l'âge de quinze ou seize ans pour peu que l'on ait débuté l'élémentaire vers l'âge de cinq ou six ans sans redoubler ou sans sauter d'année.