Des élections municipales pour toutes et tous

Rose Carine Henriquez
Collaboration spéciale
La moyenne d’âge chez les élus québécois se situe autour de 53,9 ans, ce qui souligne l’importance de penser à la relève.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La moyenne d’âge chez les élus québécois se situe autour de 53,9 ans, ce qui souligne l’importance de penser à la relève.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

Alors que l’échéance municipale de novembre 2021 approche, le besoin d’avoir une meilleure représentativité de la population au sein des conseils municipaux est au cœur des priorités de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Il reste encore du chemin à faire pour atteindre la parité entre les hommes et les femmes. Aux élections de 2017, la proportion de femmes élues à un poste de mairesse était de 18,8 % et de 34,5 % aux postes de conseillères. Les candidatures s’élevaient quant à elles à 31,3 %. « Ce que j’ai envie de dire aux femmes, c’est que la décision la plus dure, c’est celle de se lancer, partage la mairesse de Sainte-Martine et présidente de la Commission Femmes et gouvernance de l’UMQ, Maude Laberge. Par la suite, c’est juste stimulant, motivant et passionnant. »

Pour novembre 2021, on désire en faire plus, comme le montrent des mobilisations telles que l’initiative gouvernementale « Je me présente » voulant inciter entre autres les femmes, les jeunes et les personnes issues de la diversité à prendre part à la vie démocratique municipale.

Pour sa part, la Commission chapeaute la campagne « D’elles à élues ».« On a ce réflexe depuis 2004 d’aller à la rencontre des femmes et de leur expliquer en quoi consiste le travail d’élues, explique Maude Laberge. On met de l’avant des modèles positifs, des témoignages de mairesses ou de conseillères qui sont déjà dans cet univers et qui l’aiment. »

Outre les portraits d’une dizaine d’ambassadrices provenant de municipalités différentes, la campagne compte une tournée québécoise — virtuelle dans le contexte actuel —, qui possède de bons côtés. « Étant donné que les femmes n’ont pas à se déplacer, chacune des activités virtuelles que nous avons faites a amené beaucoup de monde ; on n’a pas le contact humain et chaleureux, mais on a peut-être réussi l’accessibilité autrement », déclare la mairesse.

Pour encourager les femmes à se lancer, il faut venir à bout des idées préconçues tenaces, selon Maude Laberge. « Il y a cette idée d’arène politique qui est encore véhiculée, la plupart du temps à tort, alors que dans la vraie vie, dans les conseils municipaux, le climat est bon et ça fonctionne bien, souligne-t-elle. La culture est plutôt de collaboration, de construction et de consensus. » Elle rappelle aussi les améliorations concrètes et rapides que l’on peut apporter au quotidien des citoyens.

Relève municipale

La moyenne d’âge chez les élus québécois se situe autour de 53,9 ans, ce qui souligne l’importance de penser à la relève. Toutefois, lors de l’élection de 2017, seulement 8,3 % des candidats âgés de 18 à 34 ans ont été élus dans un conseil municipal.

Pour le conseiller de l’arrondissement de Lachine à Montréal, Younes Boukala, également président de la Commission des jeunes élues et élus de l’UMQ, rejoindre cette tranche d’âge représente un travail continu d’éducation. « Avant de me présenter comme candidat dans l’arrondissement dans lequel j’habite et où j’ai grandi, je ne savais pas que j’en avais le droit, affirme-t-il. C’est juste méconnu, malheureusement. »

On n’a peut-être pas le décorum de l’Assemblée nationale, mais la politique municipale, c’est beaucoup plus que des questions de collecte de déchets, explique celui qui en 2017 est devenu le plus jeune élu de l’histoire de Montréal. « On peut décider de l’avenir de l’espace public, on améliore la vie de quartier, les transports, dit-il. Il y a beaucoup à faire. Les jeunes ont le pouvoir de donner une vision à leur ville. »

Ce qui se passe en politique municipale peut influencer les autres ordres de gouvernement, rappelle Younes Boukala. « Les jeunes qui ont par exemple l’environnement ou des valeurs de justice sociale à cœur doivent comprendre que c’est en agissant d’abord localement qu’on peut avoir un impact plus grand. »

Vaincre le syndrome de l’imposteur

Même son de cloche sur les raisons du peu de candidatures issues des communautés culturelles aux élections municipales : l’inconnu et un sentiment de manque de légitimité. « Ce que j’entends beaucoup, c’est que les personnes issues de la diversité pensent qu’elles n’ont pas nécessairement leur place, avance Younes Boukala. C’est un élément qui m’a encouragé à me lancer en politique : permettre aux gens qui ont peur de ne pas être assez québécois de voir qu’ils peuvent se lancer. Il faut briser ces tabous. »

Lorsqu’on a autour de la table des personnes aux profils et aux horizons différents, de meilleures décisions sont prises, selon Maude Laberge. « Notre approche devant une problématique sera différente et la discussion plus approfondie sur différents aspects, précise-t-elle. C’est ça qu’il faut mettre à l’avant-scène. »

Plus d’un Québécois sur trois veut changer de maire

La firme Léger a sondé 2009 Québécois du 24 mars au 4 avril derniers pour en savoir plus sur les attentes des citoyens en temps de pandémie. Les résultats détaillés seront dévoilés lors des assises 2021 de l’UMQ du 12 au 14 mai prochains.

Bien que la vaste majorité des Québécois soient satisfaits des services de leur municipalité, ainsi que de la gestion de la pandémie par celle-ci, quelques inquiétudes se font ressentir, entre autres au sujet de la relance économique à venir. Cette relance économique doit être durable selon 56 % des citoyens et s’appuyer notamment sur de l’approvisionnement local.

Il s’agit d’un sujet qui sera au cœur des élections municipales qui se tiendront à l’automne 2021. D’ailleurs, 37 % des répondants souhaitent voir un changement à la mairie de leur municipalité, soit une hausse de sept points depuis le sondage de 2020. L’environnement occupe aussi une place importante dans les préoccupations citoyennes et 59 % des répondants estiment que leur Ville ne fait pas suffisamment d’efforts pour lutter contre les changements climatiques. Dans les changements et priorités souhaités par les Québécois, on retrouve l’amélioration des transports en commun (61 %), la construction et la rénovation plus vertes (29 %) et la protection et la mise en valeur des milieux naturels et humides (31 %).

 

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