L’objectif d’équilibre budgétaire reporté à 2027-2028

Le ministre des Finances, Eric Girard, a résisté à la tentation de l’austérité. La pandémie a plongé les finances du Québec dans le rouge et elles le resteront pendant sept ans, contrairement au délai de cinq ans inscrit dans la législation.

Il entend donc suspendre temporairement la Loi sur l’équilibre budgétaire au cours des deux prochaines années, chose qu’il avait catégoriquement exclue lors de la mise à jour économique en novembre. Le ministre a toutefois changé d’idée en décembre lorsqu’il a compris que le Québec mettrait du temps à retrouver le plein-emploi.

« On est toujours en pandémie présentement, on prévoit récupérer le plein-emploi en 2022, alors pour faire six milliards d’efforts en cinq ans, il aurait fallu faire deux milliards par année les trois dernières années, a-t-il révélé. C’est là qu’on a mesuré que c’était un peu trop. »

Cette manœuvre évite ainsi au gouvernement caquiste de procéder à des coupes dans les services publics avant l’élection de 2022.

« Le ministre Girard, à force de se le faire dire, a fini par comprendre qu’il ne pouvait pas faire ça en cinq ans parce qu’il aurait fait ce qu’on a dit qu’il ferait : des compressions, donc de l’austérité », a ironisé le porte-parole en matière de finance de Québec solidaire, Vincent Marissal.

Ce troisième budget Girard prévoit le versement d’environ 3 milliards de dollars annuellement au Fonds des générations pour le remboursement de la dette. Le déficit pour l’année 2020-2021 s’élève à 15 milliards de dollars avant l’utilisation de la réserve de stabilisation.

L’incidence de la pandémie est telle sur les finances publiques que le gouvernement n’arrivera pas à respecter les cibles fixées dans la Loi sur la réduction de la dette. En vertu de cette législation adoptée par le gouvernement Charest il y 15 ans, la dette brute ne doit pas dépasser 45 % du produit intérieur brut (PIB) du Québec et la dette des déficits cumulés ne doit pas excéder 17 % du PIB pour l’année financière 2025-2026.

3 milliards
C’est le montant annuel arrondi que Québec entend verser au Fonds des générations pour le remboursement de la dette.

Le ministre Girard s’était enorgueilli l’an dernier d’atteindre cet objectif six ans à l’avance avec un ratio dette brute au PIB de 43,2 %. Or, ce ratio bondira à 49,5 % cette année. Le gouvernement arrivera seulement à atteindre à nouveau la cible en 2028, soit l’année du retour à l’équilibre budgétaire. Il oublie celle pour les déficits cumulés. Il envisage donc une révision de la Loi sur la réduction de la dette pour modifier ces deux cibles.

Cap sur la relance

L’économie devrait retrouver son plein potentiel en 2022-2023 avec une croissance d’environ 4 %, mais le ministère des Finances prévoit que les effets de la crise se feront sentir durant les quatre années suivantes puisque les dépenses excéderaient toujours les revenus.

Pour résorber ce déficit structurel, il compte sur la relance de l’économie et sur l’aide d’Ottawa. Sans la bonification annuelle réclamée de 6 milliards de dollars pour le Transfert canadien en matière de santé, le prochain gouvernement élu en 2022 devrait envisager de couper dans les services publics de l’aveu d’un fonctionnaire du ministère des Finances qui répondait aux questions des journalistes lors du huis clos sur le budget.

Le chef du Parti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, a accusé le ministre Girard de s’appuyer sur l’aide fictive du gouvernement fédéral. « Non seulement on reporte les décisions difficiles à plus tard, mais on table sur des hypothèses dont on sait qu’elles ne fonctionnent pas », a-t-il dénoncé.

 

Eric Girard alloue 4 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour accélérer la croissance afin qu’elle atteigne 2 %. Elle serait alimentée, entre autres, par un rebond de la productivité de 1,3 % annuellement d’ici 2023.

« Comment est-ce qu’on va arriver à atteindre ce fameux potentiel de croissance à 2 % surtout quand on a une grave pénurie de main-d’œuvre ? » a demandé l’ex-ministre des Finances et porte-parole libéral en matière d’économie, Carlos Leitão. « Je suis pas mal pessimiste en ce qui concerne l’avenir du Québec à moyen terme », a-t-il ajouté.

  

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