Benoit Charette croit qu'«il ne faut pas voir de racisme là où il n’y en a pas»

Le ministre s’engage à rendre des comptes à la population régulièrement de l’évolution des travaux en cours.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre s’engage à rendre des comptes à la population régulièrement de l’évolution des travaux en cours.

Il faut cesser de voir du racisme partout, fait valoir le tout premier ministre québécois chargé explicitement de s’attaquer à ce fléau social, Benoit Charette.

Comme toujours avec lui, le ton est posé, le propos mesuré. Benoit Charette ne donne pas dans l’excès ni dans l’esbroufe. Qu’on se le dise : ce sera son style pour guider son action.

Mais lors d’une entrevue cette semaine à La Presse canadienne, sa première grande entrevue accordée depuis sa nomination le 24 février, il ne se défile pas et se montre bien déterminé à faire ses devoirs, à changer les choses et à bouger rapidement, avant la fin du mandat, dans 18 mois.

Dès sa nomination, il dit s’être tracé une ligne de conduite fondée sur deux principes : « être implacable contre le racisme et, deux, ne pas voir du racisme là où il n’y en a pas ».

« Je ne me pardonnerais pas de voir dans un an, un an et demi, qu’on soit au même stade qu’on est maintenant. Il y a trop d’évidence dans ce rapport-là pour ne pas agir », dit M. Charette, à propos du rapport du groupe de travail contre le racisme, remis en décembre.

Le mot « racisme » est lourd de sens, rappelle le ministre, qui est aussi responsable du dossier de l’Environnement et de la lutte aux changements climatiques. Il faut l’utiliser « avec justesse », insiste-t-il, pesant ses mots et disant vouloir se montrer très prudent avec un enjeu potentiellement aussi explosif.

Exemples : il soutient que la défense du français au Québec et la loi sur la laïcité de l’État ne peuvent pas être assimilées à quelque forme de racisme que ce soit. Point. Penser autrement, c’est faire « dévier le débat » et diviser les gens, selon lui.

Il est d’avis que le mot devenu tabou qui commence par « n » devrait rester tabou, mais pas complètement. Il s’agit là d’un mot à utiliser « avec la plus grande précaution », uniquement s’il y a derrière une intention pédagogique, selon lui.

« Hors d’un contexte pédagogique, c’est un mot qui n’a pas sa place en français », tranche le ministre responsable de la lutte au racisme.

Un ministre sans ministère

Benoit Charette est un ministre sans ministère, sans budget et sans fonctionnaires pour le seconder. Pour l’instant, du moins.

Fait particulier, dans la mesure où ses fonctions n’ont jamais existé dans le passé, son poste est une coquille vide, sur le plan administratif. Il doit littéralement le créer, sur mesure.

Pour le seconder, le gouvernement est donc à mettre en place une structure administrative qui relèvera du Conseil exécutif et aura pour mandat de coordonner toute l’action gouvernementale destinée à lutter contre le racisme. Ce sera une structure légère avec une poignée de fonctionnaires. Les nominations sont à venir.

Au sein du gouvernement, M. Charette devra en quelque sorte se transformer en ambassadeur de la cause et plaider auprès de ses collègues ministres les changements réclamés et les budgets requis, secteur par secteur.

À première vue, son mandat peut paraître simple : donner suite aux 25 recommandations contenues dans le rapport du groupe de travail que dirigeaient ses deux collègues, Nadine Girault et Lionel Carmant. Mais le contrat est énorme.

Et il entend n’en négliger aucune, en provoquant des « avancées réelles » dans les prochains mois, tout en reconnaissant que certaines seront plus difficiles que d’autres à faire cheminer.

Le ministre s’engage aussi à rendre des comptes à la population régulièrement de l’évolution des travaux en cours.

Il convient aisément que plusieurs recommandations du rapport abordent des enjeux connus et documentés depuis longtemps, donc des problèmes qui auraient pu être réglés depuis longtemps.

Alors pourquoi les gouvernements successifs n’ont-ils pas agi plus tôt ? « On n’avait pas cette volonté politique de changer les comportements », conclut celui qui dit avoir cette volonté.

Preuve qu’il prend très au sérieux sa tâche, il veut remplacer les brèves campagnes publicitaires annuelles de lutte au racisme par une véritable campagne d’information sociétale permanente, qui informera les gens de leurs droits et de leurs recours.

Profilage racial

Parmi les dossiers qui retiendront son attention en priorité, il y aura celui des relations entre les personnes racisées et la police. La question du profilage racial et celle des arrestations aléatoires sont celles « qui heurtent le plus » les gens visés, dit-il. L’idée de privilégier des patrouilles mixtes, par exemple, progresse bien et pourrait être implantée rapidement, « mais pas nécessairement partout en même temps ».

« On veut clairement bouger là-dessus », dit-il, rappelant l’importance de rétablir le lien de confiance de la population envers les forces de l’ordre.

Il a aussi des conversations avec son collègue de l’Éducation, Jean-François Roberge, visant à modifier les cours d’histoire en intégrant un volet de lutte à la discrimination et au racisme. Évidemment, ce n’est pas pour demain matin.

Il veut aussi faire avancer en priorité le dossier de la reconnaissance des diplômes acquis à l’étranger.

En parallèle, il devra trouver le temps de porter son autre chapeau, celui de ministre de l’Environnement, ce qui n’est pas rien.