Infirmières congédiées à Joliette: Québec se défend de toute intervention politique

Le CLSC de Joliette
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le CLSC de Joliette

Il n’y a eu « aucune intervention politique » entourant le congédiement de deux infirmières du CLSC de Joliette qui se seraient moquées d’une femme atikamekw, martèle le ministre de la Santé Christian Dubé.

En marge d’une annonce à Montréal vendredi, M. Dubé a ainsi réfuté les allégations soulevées par le syndicat interprofessionnel de Lanaudière à travers différents médias en affirmant qu’il se rangeait à « 100 % » derrière la décision prise par la présidente-directrice générale par intérim du CISSS de Lanaudière, Caroline Barbir. « C’était une situation totalement inacceptable et je vous dirais qu’il n’y a eu aucune intervention politique dans cette décision », a-t-il insisté.

Le Devoir a informé le CISSS lundi de la dénonciation de Jocelyne Ottawa, une femme de 62 ans de Manawan. Celle-ci a raconté que deux infirmières du CLSC de Joliette avaient ri d’elle en lui demandant de chanter en atikamekw et en proposant de l’appeler Joyce, en référence à cette femme décédée en septembre sous les insultes racistes.

Les deux infirmières ont été suspendues sans solde le jour même et remerciées dès le lendemain, mardi. Pour le président du syndicat, Stéphane Cormier, ce congédiement est survenu sans qu’il n’y ait eu de véritable enquête. « Ça fait trente ans que je fais du syndicalisme dans Lanaudière. L’employeur n’a jamais agi de cette façon. C’est ce qui me fait croire à un congédiement politique », regrette-t-il.

M. Cormier indique que les infirmières ont confirmé les propos rapportés par Mme Ottawa. « Y a-t-il eu maladresse ? Bien oui, il y a eu maladresse. Est-ce que je peux comprendre que Mme Ottawa se soit sentie comme ça ? Bien oui, je peux le comprendre. Oui, il reste plein de choses à faire, mais ce n’est certainement pas de congédier deux infirmières sur la place publique et faire un show politique avec ça », déplore-t-il.

Retour de « 10 ans » en arrière

Selon le président, « tout le monde est abasourdi » dans le milieu, d’autant plus ces deux infirmières étaient vues comme des modèles. « La chef d’unité avait accepté, avant que cet événement arrive, que ce soient elles qui soient les figures de proue au CLSC de Joliette pour la communauté atikamekw. Ces filles-là sont dédiées, elles aiment travailler avec cette communauté et ceci arrive. »

« Ce qu’on a fait, on a reculé Lanaudière de dix ans, ajoute-t-il. On voulait créer un pont et on a creusé un fossé de huit kilomètres. Toutes les infirmières sont figées dans Lanaudière, parce que plus personne ne sait quoi faire. »

Les deux infirmières doivent donner leur version des événements en conférence de presse la semaine prochaine et le président du syndicat promet de contester ce congédiement devant un arbitre.

Confusion à Québec

À Québec, où les parlementaires avaient adopté à l’unanimité une motion présentant des excuses à Mme Ottawa et à la communauté atikamekw de Manawan, un certain malaise régnait chez les députés d’opposition interrogés.

La députée libérale Marwah Rizqy a d’abord rappelé que selon « ce que nous avons entendu, les faits allégués étaient vraiment graves. Alors une action s’imposait ». Ne voulant s’avancer plus loin, elle a remis le débat entre les mains des instances chargées d’arbitrer des relations de travail.

« Le tribunal qui va entendre cette cause, si jamais c’est un congédiement qui est injustifié, je laisserai le tribunal tirer ses conclusions face à la preuve qui sera déposée devant eux », a-t-elle indiqué.

Du côté de Québec solidaire, la députée de Taschereau, Catherine Dorion, a noté que tous se retrouvaient maintenant devant « une autre version ». Il sera donc nécessaire de connaître le fond de l’affaire avant de se prononcer davantage. « Il faut aller voir un peu plus loin à chaque fois et ne pas se “pitcher” sur la première nouvelle qui sort parce qu’on sait qu’il y en a d’autres qui sortent après. »

De son côté, le député péquiste Pascal Bérubé avait autant de questions que de réponses sur le sujet. « Est-ce qu’il y a eu des paroles racistes ? Oui. Dans quel contexte ? Dans aucun contexte c’est acceptable. Quelle devrait être la suite ? Est-ce que c’est le congédiement ? Le syndicat est engagé dans un débat avec l’employeur là-dessus », a-t-il fait valoir.

Il a cependant ajouté « qu’il faut condamner toute parole, acte raciste, il faut le condamner. Il ne faut pas laisser passer ça ». Il a aussi rappelé au passage que la motion adoptée par l’Assemblée nationale portait également sur la sécurisation culturelle des Nations autochtones.

« Ça peut s’appliquer maintenant. C’est une procédure, notamment dans les hôpitaux, qui permet de rendre plus à l’aise, plus respectueuse des Premières Nations. »

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