Effets de la pandémie sur les femmes: le plan d'action de Québec jugé loin d'être féministe

La ministre Charest estime que ce plan d'action est nécessaire pour éviter que ne reculent les acquis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre Charest estime que ce plan d'action est nécessaire pour éviter que ne reculent les acquis en matière d’égalité entre les femmes et les hommes.

Québec est très loin d’avoir en main un véritable plan de relance féministe avec le plan d’action visant à lutter contre les effets de la pandémie sur les femmes dévoilé lundi, estiment plusieurs voix.

« [Ce plan d’action] permet des investissements très concrets dans les réseaux d’organismes qui agissent directement auprès de femmes entrepreneures, en recherche d’emploi, immigrées et racisées ou en situation de vulnérabilité », a fait valoir Isabelle Charest, ministre responsable de la Condition féminine, en présentant le document à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

Mais aucun argent neuf n’accompagne le Plan d’action pour contrer les impacts sur les femmes en contexte de pandémie, dont les 24 mesures sont jugées extrêmement timides par les partis d’opposition. Les 23,1 millions accolés au plan avaient déjà été alloués aux ministères, mais seront désormais spécifiquement investis pour les femmes.

Après un an de pandémie, les femmes sont encore plus fortement touchées par les pertes d’emploi. Leur charge mentale s’est alourdie. Et, en temps de confinement, le risque de violence conjugale et sexuelle se trouve décuplé.

En entrevue au Devoir, Isabelle Charest a souligné que ce plan d’action était devenu nécessaire pour éviter que les femmes ne perdent leurs acquis. « Ce sont des actions rapides qui viennent colmater des brèches. »

Parmi les 24 mesures contenues dans le Plan d’action, quatre seront priorisées. Québec aidera les entreprises détenues par des femmes à adapter leur modèle d’affaires au contexte pandémique et favorisera la formation et l’accès à l’emploi des femmes touchées par la pandémie à des postes en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques.

Les ministères seront également sensibilisés aux effets de la crise sur les femmes et seront incités à utiliser l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) dans le déploiement de leurs politiques. Et enfin, le Plan prévoit que des mesures seront prises pour contrer l’isolement et la détresse psychologique vécus par les femmes, sans toutefois spécifier lesquelles.

Manque de profondeur

« C’est tellement ridicule par rapport à ce que ça aurait pris pour parler d’un vrai plan de relance pour les femmes que je ne comprends même pas pourquoi on a jugé bon d’en faire une annonce », a réagi Christine Labrie, porte-parole solidaire en matière de condition féminine.

Un véritable plan de relance féministe aurait dû passer par une amélioration des conditions de travail dans les secteurs à prédominance féminine, comme la santé, la petite enfance et le milieu communautaire, estime-t-elle. « On a besoin d’un investissement majeur pour hausser les salaires. »

« On est dans les grands principes [avec ce plan], ajoute Méganne Perry Mélançon, porte-parole péquiste en matière de condition féminine. Ce sont des objectifs louables, mais sans actions concrètes. » Elle se demande aussi comment on peut parler de relance pour les femmes sans parler de places en garderie ou de pénurie de logement.

Pour Isabelle Melançon, porte-parole libérale en matière de condition féminine, ce plan « nullement à la hauteur des besoins » est la conséquence d’un manque flagrant de leadership autour de la table du conseil des ministres. « La ministre Charest ne fait pas entendre la voix des femmes dans une année de pandémie qui les a frappées de plein fouet. »

En découle, selon elle, un plan sans mordant, dont l’une des recommandations phares est d’encourager les ministères à faire des ADS. « On en fait depuis les années 1990 ! » L’heure est à rendre cette mesure obligatoire, tonnent les trois femmes.

Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), se dit tout aussi déçue de ce plan d’action, qui ne changera « pas grand-chose dans la vie des femmes au quotidien ». D’autant que le montant de 23,1 millions de dollars est bien timide. « Surtout quand on sait que le gouvernement met des milliards de dollars pour la relance dans le béton et la construction, des secteurs où les emplois sont typiquement masculins. »

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