Les tests rapides serviront finalement aux travailleurs de la santé

Les établissements pourront se servir de tests rapides pour effectuer un dépistage récurrent, plusieurs fois par semaine, des travailleurs de la santé, des vaccinateurs, des proches aidants et des visiteurs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Les établissements pourront se servir de tests rapides pour effectuer un dépistage récurrent, plusieurs fois par semaine, des travailleurs de la santé, des vaccinateurs, des proches aidants et des visiteurs.

Les tests rapides serviront désormais à faire du dépistage de masse de la COVID-19 chez les travailleurs de la santé asymptomatiques en vertu d’une nouvelle directive ministérielle. Un changement accueilli favorablement qui relance le débat sur l’usage de ces tests dans les écoles.

« Je trouve que c’est une excellente nouvelle, d’autant plus que le ministère de la Santé s’inscrit maintenant dans une logique de dépistage et non pas une logique de diagnostic », a souligné Roxane Borgès da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec a également salué la décision du ministère. « Une bonne nouvelle d’utiliser les tests rapides qui sont à disposition. Toutes les armes disponibles pour contrer la propagation du virus doivent être utilisées adéquatement », a réagi la fédération sur Twitter.

Il s’agit toutefois d’une décision trop tardive, selon les trois partis d’opposition. « Combien d’éclosions aurait-on mieux contrôlées dans nos hôpitaux si le gouvernement avait agi plus tôt ? », a demandé le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

« Nous réclamons l’utilisation de ces tests rapides depuis des mois à des fins de dépistage massif », a rappelé pour sa part le député du Parti québécois, Joël Arseneau.

« C’est un premier pas. Il faut les déployer encore davantage dans plus de milieux. Il faut utiliser tous les outils dont nous disposons pour lutter contre le virus », a rappelé la députée de l’Opposition officielle, Marie Montpetit.

Pas de gestion de risque

Le Devoir rapportait en janvier que le gouvernement québécois avait utilisé moins de 1 % des 2,6 millions de tests rapides livrés par Ottawa quelques mois plus tôt. Québec a depuis changé de ton sur la question de ces tests jugés moins fiables que ceux analysés en laboratoire, avec l’arrivée des nouveaux variants qui se transmettent plus vite. Une décision survenue alors que des milliers de tests ID NOW et BD Veritor seront expirés en avril.

« La Santé publique raisonnait en termes de diagnostic et non en termes de gestion de risque, a expliqué le Dr Richard Marchand qui est microbiologiste et infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal. Dans leur tête, ils veulent savoir si tu es malade, mais en gestion de risque la question qu’on pose c’est “es-tu contagieux ce matin ?”» Celui-ci a récemment soulevé la controverse en affirmant au micro de Paul Arcand ne pas vouloir se faire vacciner pour l’instant, étant donné que les vaccins contre la COVID-19 ont été approuvés plus rapidement qu’à l’habitude.

Le médecin, qui détient une formation spécialisée dans ce domaine, s’est servi des tests antigéniques BD Veritor dans le cadre d’un projet-pilote pour dépister les employés asymptomatiques. Ces tests donnent un résultat en moins de 15 minutes qui, s’il est positif, doit être confirmé par un test PCR analysé en laboratoire. En deux mois, il a identifié 14 porteurs du virus dont trois superpropagateurs sur plus d’une dizaine de milliers de tests effectués.

« Des gens qui sont arrivés le matin complètement asymptomatiques et qui nous auraient fait des éclosions monstres si on ne les avait pas retirés [du travail], a-t-il fait remarquer. Chacun de ces cas-là aurait pu faire une éclosion de 25 à 30 personnes. »

Les établissements pourront se servir des tests BD Veritor pour effectuer un dépistage récurrent, plusieurs fois par semaine, des travailleurs de la santé, des vaccinateurs, des proches aidants et des visiteurs.

« Pour être efficace, le dépistage doit idéalement viser un taux de 80 % des travailleurs de la santé en contact avec la clientèle vulnérable d’un milieu, écrit le MSSS. Les résultats doivent être obtenus rapidement, avant le prochain quart de travail. Or, une telle approche risque de surcharger les laboratoires. C’est la raison pour laquelle les tests rapides antigéniques sont désormais recommandés. »

Le MSSS dit vouloir dédier les laboratoires pour l’analyse des tests PCR effectués sur des gens qui présentent déjà des symptômes de la COVID-19 ou pour les éclosions en milieu de soins et en milieu de vie.

Pourquoi s’en passer dans les écoles ?

Le Dr Marchand s’explique mal pourquoi le gouvernement Legault est réticent à utiliser ces tests rapides dans les écoles, d’autant plus qu’ils sont moins invasifs que les tests nasopharyngés puisque l’écouvillon n’a pas à être inséré aussi profondément. Il peut même être utilisé avec la salive chez les plus jeunes enfants pour détecter les superpropagateurs, selon lui.

« On retire l’enfant ou l’employé de l’école, deux à trois jours avant que ce que la Santé publique ferait quand elle l’apprend plus tard, a-t-il dit. À mon avis, il n’y aura aucune manière d’empêcher la propagation si les variants hyperinfectieux se propagent. »

La professeure Borgès da Silva estiment qu’ils pourraient également être utiles pour soutenir la réouverture des Cégeps et des universités, alors que des étudiants vivent des problèmes de santé mentale dus à l’isolement. « En général, les études disent que 50 % des éclosions prennent leur source chez des gens asymptomatiques », a-t-elle rappelé.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait d’abord évoqué l’idée d’utiliser les tests rapides dans les écoles il y a deux semaines avant de se raviser mardi. « Notre préférence en ce moment quand il y a des éclosions, c’est d’aller vers le corridor de services dans nos centres de dépistage qui peuvent donner les résultats en 24 heures », a-t-il affirmé. Il a fait valoir que ces tests ne permettent pas de détecter les nouveaux variants.

Les stocks de tests rapides du Québec ont augmenté au cours des dernières semaines. Le gouvernement a reçu au total de 4,1 millions de tests du fédéral, dont plus de 680 000 BD Veritor. Il dispose également de plus de 3 millions de tests antigéniques Panbio qui seront fournis à des entreprises et plus de 350 000 tests ID NOW, plus fiables, désormais utilisés dans les centres de dépistage. En tout, quelque 38 000 tests rapides ont été utilisés, soit toujours moins de 1 % de leur nombre total.

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Photo: BD Le gouvernement a reçu au total de 4,1 millions de tests rapides du fédéral, dont plus de 680 000 BD Veritor.