Benoit Charette hérite de la Lutte contre le racisme

Benoit Charette est actuellement ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Benoit Charette est actuellement ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Le premier ministre François Legault compte sur son nouveau ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, pour poser des « gestes concrets » pour combattre la discrimination, mais aussi pour sensibiliser les Québécois « de souche » aux périls du racisme.

« Ce n’est pas parce que quelqu’un est parmi le groupe qui est victime que nécessairement, la personne est mieux placée pour lutter », a fait valoir M. Legault pour justifier son choix de ministre. « On s’adresse entre autres aux personnes qui font partie des Québécois qu’on appelle blancs, ou “de souche”, pour qu’eux autres — s’il y en a une minorité qu’on doit faire changer d’idée — [puissent] poser des actions. »

M. Legault a ensuite rappelé sa volonté de voir davantage de représentants des minorités visibles ou des nations autochtones dans les conseils d’administration. « C’est ça qu’on veut : que ceux qui sont en situation de pouvoir traitent de la même façon les représentants des minorités visibles et les Autochtones », a-t-il affirmé.

En entrevue au Devoir, Benoit Charette a réfuté les informations voulant que ses collègues Lionel Carmant et Nadine Girault aient d’abord été approchés pour occuper les fonctions qui lui ont été dévolues. Or, diverses sources sûres ont confirmé au Devoir que les deux ministres — qui faisaient partie du Groupe d’action contre le racisme (GACR), contrairement à M. Charette — ont refusé le mandat, après réflexion, en raison de leur emploi du temps chargé. Quant au ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, sa nomination avait déjà suscité de fortes réactions, et son réseau de contacts auprès des communautés culturelles n’est pas aussi développé que celui de son collègue.

À l’annonce de sa nomination, Benoit Charette a dit de la lutte contre le racisme qu’il s’agissait d’un « dossier qui lui tient à cœur depuis longtemps ». Il a rappelé qu’il est en couple avec une femme d’origine haïtienne et que ses enfants sont « métissés ».

Au Devoir, il a déclaré que la question du racisme systémique anime parfois des échanges qu’il a avec ses enfants. « Ce sont des discussions que nous avons à la maison de manière très franche et ouverte », a-t-il déclaré. « Mon garçon, il y a quelques mois à peine, a eu un premier emploi et a été confronté à une situation moins agréable, donc ce sont des situations qui peuvent être bouleversantes », a-t-il illustré.

Lui-même a dit être sensible aux enjeux d’inclusion des personnes racisées, notamment dans les plus hautes sphères de l’État. Il a toutefois reconnu ne pas avoir nommé d’Autochtones ou de personnes issues des communautés culturelles à la tête des sociétés relevant du ministère qu’il dirige depuis deux ans. « C’est pour très bientôt », a-t-il assuré, en évoquant un « renouvellement clé » qui sera annoncé dans quelques semaines.

Pas question de reconnaître le racisme systémique

À l’instar du premier ministre, Benoit Charette a rejeté les appels à une reconnaissance du racisme systémique, puisque le concept est à son avis « mal défini » et surtout, « à l’origine de beaucoup de confusion ». Ni la définition proposée par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) ni celle de la discrimination systémique formulée par la commission Viens ne lui conviennent. « C’est l’interprétation que plusieurs en font, malgré cet exercice-là [qui pose problème], a-t-il affirmé.  Le système est là pour protéger les citoyens. »

Pour preuve, il a évoqué une expérience de discrimination qu’il a vécue, il y a plus de 20 ans, lorsque sa femme et lui se sont fait refuser l’accès à un logement. Après une dénonciation à la CDPDJ et au bout de trois ans de démarches, il a obtenu gain de cause et le propriétaire a été condamné.

Pour M. Charette, le débat sur le racisme systémique « donne un faux sentiment de sécurité [et permet] de rejeter la faute sur l’autre ». « Mais en matière de racisme, on peut tous — qu’on soit noir, blanc, peu importe notre origine — alimenter certains préjugés. Donc si on se replie uniquement derrière un concept qui est très vague, qui est mal défini, ça nous enlève un peu une responsabilité qui nous revient », a-t-il plaidé.

Lui-même a dit avoir été victime non pas de racisme, mais de « méconnaissance et de préjugés » lorsqu’il a voyagé dans des pays où il se trouvait en « situation minoritaire ». « Peu importe la couleur de notre peau, peu importe nos origines, nous sommes tous susceptibles d’alimenter un racisme, d’alimenter certains préjugés à l’égard de certaines communautés ou de certains groupes, donc la solution est en partie à l’intérieur de chacun d’entre nous », a-t-il affirmé.

Un ministre capable d’agir ?

À ses côtés, le premier ministre a dit s’attendre à « une bonne réponse » de la part des communautés culturelles au sujet de cette annonce. « J’ai l’impression que si j’avais nommé quelqu’un qui est membre des minorités, on aurait dit : “Ben on le sait bien, il l’a nommée parce qu’il est membre d’une minorité”, a-t-il affirmé.  Pourtant, c’est tous les Québécois qui doivent lutter contre le racisme. Donc je pense que ce qui était le plus important, c’était de trouver une personne qui a le dossier à cœur et qui est habituée à agir. »

Or, là n’est pas la plus grande force de Benoit Charette, s’est inquiétée la cheffe libérale Dominique Anglade. « L’engagement et la capacité d’agir, ce n’est pas ce qu’il a démontré par le passé. C’est une chose d’être sensible aux enjeux, c’en est une autre de montrer qu’on est capables d’agir et ce n’est certainement pas ce qu’on a vu en matière environnementale », a-t-elle affirmé au Devoir. Pour elle, la nomination de M. Charette n’est ni plus ni moins qu’un geste de distraction de la part du gouvernement, qui cherche à attirer l’attention ailleurs que sur le dossier du tramway ou sur la diffusion d’avis de la Santé publique.

Mme Anglade a notamment déploré le fait que le ministre Charette s’en soit remis à sa collègue à la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, lorsqu’un journaliste lui a demandé s’il comptait interdire les interpellations aléatoires, comme l’a recommandé le GACR.

Manon Massé, de Québec solidaire, a dit de Benoit Charette qu’il était « le ministre que le PM envoie dormir sur la switch ». « Il a tellement le pied sur le frein pour lutter contre les changements climatiques, il est taillé sur mesure pour “lutter” contre le racisme systémique à la sauce caquiste : nier le problème et freiner les solutions », a-t-elle écrit sur Twitter.

« Avec cette nomination, le gouvernement nous confirme que Benoit Charette est le ministre des dossiers dont la CAQ ne reconnaît pas l’importance : le racisme et la lutte contre les changements climatiques », a ajouté son collègue Andrés Fontecilla.

Méganne Perry Mélançon, du Parti québécois, a quant à elle dit s’attendre à des actions rapides de la part du ministre. « Il y a plusieurs mesures concrètes qu’on peut appliquer rapidement pour lutter contre le racisme. Je pense entre autres à l’interdiction de la condition “première expérience canadienne de travail” et au CV anonyme. Je tends la main au ministre pour qu’on y travaille ensemble », a-t-elle réagi.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a quant à lui dit vouloir « laisser la chance au coureur ». Il s’est cependant inquiété de la nomination d’un « ministre à temps partiel ». « Il détient un portefeuille passablement important, donc ça laisse quelle place au racisme ? » a-t-il demandé.

En entrevue à Radio-Canada, l’entrepreneur Fabrice Vil s’est lui aussi dit inquiet de voir M. Charette délaisser « l’enjeu fondamental de la planète » qu’est l’environnement. « Et s’il était si compétent, pourquoi il n’était pas au Groupe d’action contre le racisme ? Pourquoi il n’était pas considéré à l’époque » a-t-il lancé, en précisant néanmoins qu’il ne souhaitait pas « exclure de facto » le ministre.


Avec Alexandre Shields

Lucie Lecours nommée ministre déléguée à l’Économie

Le premier ministre François Legault a aussi annoncé mercredi la nomination de Lucie Lecours au poste de ministre déléguée à l’Économie. L’élue de la circonscription de Les Plaines sera responsable « plus particulièrement des PME », a détaillé le chef caquiste. Elle formera un « trio économique » avec Pierre Fitzgibbon et Marie-Ève Proulx, respectivement ministre de l’Économie et ministre déléguée au Développement économique régional. « Ça va être une équipe forte », s’est réjoui M. Legault. Lucie Lecours a étudié en littérature. Elle a auparavant été journaliste et elle a occupé des postes de direction dans des journaux régionaux. « Je vais mettre tous [mes] efforts à aider ces entrepreneurs à grandir, à s’équiper, à s’exporter lorsque ce sera possible », a-t-elle promis.

 

1 commentaire
  • Pierre Vagneux - Abonné 25 février 2021 09 h 12

    Faut il choisir nécessairement un représentant du groupe qui a subi .....pour corriger la situation auprès du groupe dominant ? pas sûr

    je ne suis pas sociologue ni psychologue, mais il m'apparait que ce choix de représentant n,est pas le meilleur.

    Ayant vécu en milieu minoritaire, j'ai observé souvent la nomination d'un franco pour les langues officielles ...L'accueil de la majorité n,est pas nécessairement améliorée....par contre si le titulaire est issu de cette majorité avec certes des attributs pertinents , le discours est plus convainquant et les résultats améliorés. Je pense au passage de Keith Spicer aux langues officielles canadiennes.....il était un bel exemple, qu'un anglo pouvait être bilingue.

    Si on parle de racisme, et sans enlever la collaboration des individus ayant subi des préjudices, le représentant de la majorité peut mieux convaincre cette majorité de ses travers et responsailités et des correctifs qu'ils peuvent apporter. Ce personnage doit toutefois être appuyé accompagné et conseillé par ceux qui doivent connaitre un environnement amélioré.

    De toute façon, quelque soit le choix de l'individu, la détermination d'agir du gouvernement reste fondamentale.