Mamadi Camara s'avoue déçu par les deux enquêtes annoncées

Mamadi III Fara Camara (à gauche), accompagné par ses proches à sa sortie du palais de justice de Montréal, le 3 février dernier.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Mamadi III Fara Camara (à gauche), accompagné par ses proches à sa sortie du palais de justice de Montréal, le 3 février dernier.

Mamadi III Fara Camara s’avoue déçu par les enquêtes annoncées mardi pour faire la lumière sur son arrestation et son accusation à tort de tentative de meurtre sur un policier. Le Montréalais et sa famille auraient préféré qu’elles prennent la forme d’une enquête publique plutôt que d’être menées selon la Loi sur la police.

« M. Camara pourrait n’avoir qu’un rôle très secondaire dans ces deux enquêtes », souligne un de ses avocats, Me Alain Arsenault. « Les enquêtes annoncées prennent la forme d’une enquête interne, mais ce ne sont pas des enquêtes indépendantes comme lorsqu’on déclenche une commission d’enquête », explique-t-il.

Mardi, Québec a annoncé que le travail du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ayant mené à l’arrestation et à l’accusation de M. Camara sera scruté en détail par le juge Louis Dionne. L’enquête, qui débutera le 22 février prochain, s’échelonnera sur une période maximale de cinq mois et mènera au dépôt d’un rapport.

Il se peut toutefois que ce rapport ne soit pas entièrement rendu public, a précisé la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Sa publication se fera « dans la mesure où il sera possible de le faire sans nuire à une enquête policière ou à d’éventuelles poursuites judiciaires », a-t-elle fait valoir.

« La forme actuelle de cette enquête ne donne aucune garantie minimale qu’on pourra véritablement faire la lumière sur les événements, car on ne saura même pas qui sera rencontré et qui seront les témoins. C’est une enquête qui se fera à huis clos », se désole quant à lui Me Arsenault.

Profilage racial ?

À Québec, le premier ministre François Legault a assuré que l’enquête permettra de donner des réponses aux Québécois « qui n’aiment pas ce qu’ils entendent depuis une semaine ». « Je peux comprendre que les gens veulent des réponses », a-t-il commenté en marge d’un point de presse sur la pandémie.

Selon lui, cette investigation déterminera notamment s’il y a eu ou non profilage racial, une hypothèse qu’il n’a pas voulu aborder de front. « Nous n’avons pas suffisamment d’informations pour savoir s’il s’agit d’un cas de racisme », a soutenu M. Legault, insistant sur la nécessité d’« aller au fond des choses » avant de voir dans l’intervention du SPVM un lien avec du racisme ou du profilage.

« Le juge Dionne pourra répondre à cette question, quant aux motivations et aux raisons pour lesquelles cela s’est passé de cette façon et s’il en avait été de même si c’était une personne blanche », a-t-il noté, se gardant de prononcer le terme « racisme systémique ».

De son côté, le SPVM a indiqué par courriel « respecter » la décision prise par Québec. « Nous ferons preuve de collaboration et de transparence tout au long du processus », a souligné le corps de police.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a aussi annoncé qu’une enquête sur le traitement judiciaire du dossier de M. Camara sera menée et espère pouvoir aussi confier le mandat au juge Dionne.

Plante satisfaite

Sur la scène politique, l’enquête sur le SPVM a été bien accueillie. « L’enquête annoncée répond aux objectifs souhaités, soit une enquête neutre sur tout le processus menant à la confirmation d’innocence de M. Camara », a écrit sur Twitter la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

M. Camara a passé six jours en prison à cause d’une erreur sur la personne. Il a été faussement identifié comme le principal suspect de la violente agression contre policier Sanjay Vig, le 28 janvier dernier. L’homme de 31 ans a accepté les excuses offertes en personne lundi par le chef du SPVM, Sylvain Caron.

Son avocate a cependant précisé que la page n’est pas tournée pour autant, puisque celui-ci étudie toujours la possibilité d’intenter une poursuite civile. Quant au véritable agresseur, il n’a toujours pas été retrouvé.

 

À voir en vidéo

3 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 10 février 2021 09 h 23

    Besoin d’éclaircissements au delà de l’erreur sur sur la personne


    Pour replacer les choses dans le contexte et la bonne compréhension des faits sur tous les angles.

    Maintenant qu'il est établi que M. Camara n'est pas l'agresseur du policier qui était en devoir.

    Qu'en est-il de l'infraction pour laquelle M. Camara a été intercepté? Est-elle toujours maintenue?

    Est-il vrai qu'il a lui-même appelé le 911. Pourquoi alors a-t-il quitté la scène de crime, s'il y était resté cela l'aurait sûrement aidé à le disculper. Il a vu des choses, lesquelles?

    Au delà des effets de toges, si on s'en tenait aux faits et leurs chronologies...?

  • Louise Grégoire-Racicot - Abonnée 10 février 2021 11 h 32

    Police lente, juge rapide?

    Plusieurs gérants d'estrade blâment la police d'avoir pris 6 jours pour décider que M. Camara était innocent et trouvent acceptable que le juge Dionne en aura 150 pour analyser si les policiers ont fait un travail de qualité!!! Deux poids, deux mesures. Dans cinq mois l'attention publique sera portée sur autre chose. Exemple: on ne sait pas encore la cause de la mort de Joyce Echaquan, pas de rapport du coroner disponible près de cinq mois après.

    Quant à l'affaire Camara, le lecteur M. Rouette pose ici de bonnes questions et a raison de demander de d'abord établir les faits et la chronologie.

    En passant, dans cette affaire, est-il possible que la police était convaincue que M. Camara pouvait identifier le vrai agresseur mais refusait de le faire? Et qu'en conséquence elle ait tenté de le forcer à le révéler en l'accusant, lui? (Je subis trop d'influence de District 31?)

    Jacques Racicot

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 10 février 2021 16 h 18

    Qui dit vrai?

    Plusieurs questions demeurent. Je ne veux pas minimiser ce qu’a enduré Monsieur Camara. Cependant, je crois, d’un comme de l’autre, nous sommes trop rapides à lancer la pierre à qui que ce soit. Nous, les lecteurs et suiveux de nouvelles, n’avons que des bribes d’information. Cette situation est quelque peu spéciale. Comme le dit Monsieur Rouette, de quel endroit Monsieur Camara a-t-il fait l’appel au 911 ? S’il était sur les lieux, et qu’il a vu le policier blessé, pourquoi a-t-il quitté les lieux ? Pourquoi n’a-t-il pas porté assistance ? D’accord, il a reçu une contravention, il'n’était probablement pas content, mais il y a eu agression en sa présence. Qu’en est-il du sang retrouvé aux deux endroits ? Est-ce que l’ADN est le même ou non ? Nous ne savons rien du témoignage de Monsieur Camara ni du policier blessé, seulement quelques éléments. Avec quel objet a été frappé le policier et l’a-t-on retrouvé ? La meilleure, un véhicule volé, présent sur les lieux et la conductrice ou le conducteur introuvable. Que faisait ce véhicule à cet endroit et à cet instant, stationné ? Est-ce que le policier avait intercepté deux véhicules au même moment ? Monsieur Camara est innocent jusqu’à preuve du contraire. Mais il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette histoire.