Un «nouveau départ» pour le Québec après la COVID-19

Le premier ministre Legault souhaite être perçu comme un «bâtisseur» du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le premier ministre Legault souhaite être perçu comme un «bâtisseur» du Québec.

L’année 2021 s’amorce sous de fâcheux auspices au Québec, où le réseau de la santé résiste de peine et de misère aux assauts de la COVID-19. L’expression « Ça va bien aller » prendra tout son sens à l’automne, lorsque les Québécois seront pour la plupart vaccinés. Pour François Legault, ce sera le moment tout désigné pour proposer un « nouveau départ » à la population québécoise.

À l’écart de la cellule de crise, des membres de sa garde rapprochée jettent les bases d’une nouvelle politique générale du gouvernement. Le premier ministre pourra s’en emparer s’il proroge puis convoque l’Assemblée nationale pour lancer une nouvelle session parlementaire, à l’automne 2021.

D’ici là, le spectre d’un scénario dans lequel les professionnels de la santé seraient forcés de choisir quels patients traiter hante des hôpitaux au Québec. « On est loin de ça », assurait le premier ministre le 22 décembre. Un mois plus tard, le « Protocole de priorisation aux soins intensifs » est sur toutes les lèvres.

Le ministre « réformateur » Simon Jolin-Barrette n’attendra toutefois pas le « nouveau départ » donné par François Legault pour faire connaître son plan « costaud » visant à assurer la survie linguistique et culturelle de la nation québécoise. Le sort réservé aux cégeps anglophones — et, par ricochet, aux étudiants francophones et allophones qui ambitionnent de les fréquenter — devrait être scellé lors d’une rencontre du groupe parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ) au cours des prochaines semaines.

Elle semble loin, cette journée de mars 2020 où le ministre des Finances, Eric Girard, avait convié une quinzaine de journalistes dans le chalet exigu de la patinoire des plaines d’Abraham. Après quelques coups de patin, il avait donné un aperçu du budget 2020-2021 qu’il allait déposer le lendemain. « L’épidémie avait commencé, on en a pris acte », avait-il lancé aux reporters, à deux jours de la « mise sur pause » du Québec.

La symbolique derrière ses coups de patin — « aller plus vite pour créer de la richesse » — demeure chère à la CAQ. Le « trio économique » formé d’Eric Girard, du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, et de la présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a pour mission de présenter un « ambitieux plan de relance », dont les premiers jalons seront posés lors du dévoilement du budget 2021-2022. Québec y insufflera une bonne dose de « fierté » par l’entremise de politiques d’achat local et de plans de déploiement d’Internet haute vitesse dans les régions, sans oublier une « dimension verte », souligne un conseiller politique.

La fin des cadeaux ?

François Legault, qui souhaite être perçu comme un « bâtisseur » du Québec, tenait à donner un aperçu de l’après-pandémie en présentant le projet d’agrandissement du Réseau express métropolitain (REM) avant la fin de l’année 2020. « On a hâte de commencer à travailler sur l’économie et de lâcher la COVID », résume un de ses proches conseillers dispensés depuis quelque temps des efforts de guerre contre la COVID-19. Cela dit, « l’agenda ne changera pas tant que 70 % de la population ne sera pas vaccinée », précise-t-il.

Les oppositions, elles, voient surtout 2021 comme un test pour la CAQ. Ce sera une année de choix budgétaires « cornéliens », où le gouvernement ne pourra plus « dire oui à tout le monde », font remarquer des opposants politiques. Les rivaux de la CAQ aiment répéter que le parti, fédéré autour de son chef, avance sans boussole idéologique. Quel visage dévoilera la coalition lors des choix difficiles ? « On va découvrir leurs valeurs fondamentales », croit un adversaire politique. La CAQ « veut rester populaire, très populaire », affirme un autre rival. Il cite en exemple la mollesse dont le premier ministre a fait preuve, à son avis, en refusant de condamner fermement les Québécois qui ont passé la période des Fêtes dans des destinations soleil.

Solidaires en temps de crise, les Québécois créditent encore François Legault d’un appui de près de 50 %, selon le plus récent sondage Léger. Le parti au pouvoir bénéficie, par la bande, des coups de marketing et des appuis de personnalités populaires à la lutte contre la COVID-19, observent les oppositions.

Or avec la popularité vient parfois l’arrogance. La nomination discrète de l’ex-président de la CAQ Stéphane Le Bouyonnec, réhabilité au poste de secrétaire général associé au ministère du Conseil exécutif en décembre, est perçue comme de l’effronterie par les oppositions.

La clémence du premier ministre envers Pierre Fitzgibbon, qui a bafoué les règles de l’Assemblée nationale malgré les avertissements de la commissaire à l’éthique et à la déontologie, l’est tout autant. Reste que « Fitzgibbon, c’est bon pour nous », résume un adversaire, conscient de la faille politique ouverte par les écarts de conduite du ministre.

« Exister » dans l’opposition

Dans l’opposition, d’ici le retour à la normale (politique) anticipée, le défi demeure celui « d’exister et de se faire remarquer », résume un stratège. Il faut aussi trouver le bon ton : être plus conciliant lorsque la situation sanitaire le commande et plus offensif quand elle offre un répit, ajoute un élu de l’opposition.

En plein cœur de la crise du verglas, en 1998, les Québécois serraient les rangs avec leur premier ministre, Lucien Bouchard. Mais l’appui mesuré par les firmes de sondages ne s’est pas reflété dans le vote populaire du scrutin du 30 novembre. Le PLQ de Jean Charest avait alors recueilli 27 600 voix de plus que le PQ de M. Bouchard, s’amuse à rappeler un adversaire politique de la CAQ.

Pour éviter de passer pour des« donneurs de leçons » — comme François Legault se plaisait à qualifier l’ex-premier ministre Philippe Couillard —, les membres de l’opposition veulent demeurer critiques, mais constructifs ; tenaces, mais pertinents. Ils continueront de suivre de très près la campagne de vaccination et d’exiger davantage de transparence dans la conduite des affaires de l’État en temps de pandémie. Ils mettront au jeu leurs propres solutions pour la relance du Québec.

Sans surprise, les opposants de François Legault devraient répéter leurs demandes d’enquête publique sur la gestion de la crise sanitaire. « Il ne faut pas forcer le jeu », croit toutefois un stratège. De toute façon, le second rapport de la protectrice du citoyen, l’enquête publique de la coroner en chef et la consultation menée par la Commissaire à la santé et au bien-être — dont les résultats seront tous dévoilés en 2021 — devraient apporter de nouveaux arguments pour exiger une enquête publique.

De son côté, le gouvernement caquiste travaillera à laisser un « legs » de son mandat 2018-2022 : des maisons des aînés et des écoles, qui auront toutes deux « beaucoup de bleu » et « beaucoup de bois ». La totalité de ces chantiers censés inaugurer « une nouvelle ère architecturale » sera dirigée par la Société québécoise des infrastructures.

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4 commentaires
  • Diane Guay - Abonnée 18 janvier 2021 00 h 38

    Entre idéal et réalité

    Finis les "tartelettes politiques" et les faux-semblants de solution sanitaire en temps de pandémie, il faut se laisser imprégner par une sagesse de survie et de protection contre le virus. Le choix politique le plus éthique au plan de la responsabilité de survie humaine serait selon l'OMS qui est conseillée par des spécialistes infectiologues et responsables docteurs de médecine spécialistes épidémiologiques, est que nous ne pourrons renouer avec des poltiques socio-économiques pré-pandémie seulement à la fin de 2022.

    Alors la sagesse politique de nos décideurs seraient de s'en tenir à une politique de survie humaine et de support à leur population.
    D'abord la sur-vie , puis après la réflexion sociopolitque menant à un mouveau projet pour des citoyens plus matures capables de choisir un nouveau projet de société . Les caquistes à l'égard de leur chef n'ont pas de projet idéologique seulement une politique comptable de populistes nationalistes dépassés par l'histoire.

  • Serge Pelletier - Abonné 18 janvier 2021 04 h 02

    Que dire...

    Que dire, sauf que quand le ridicule, malheureusement, ne tue pas: "De son côté, le gouvernement caquiste travaillera à laisser un « legs » de son mandat 2018-2022 : des maisons des aînés et des écoles, qui auront toutes deux « beaucoup de bleu » et « beaucoup de bois ». La totalité de ces chantiers censés inaugurer « une nouvelle ère architecturale » sera dirigée par la Société québécoise des infrastructures."

    Et Legault n'y a encore pensé fort fort... Mais un grand, très grand projet pourrait aussi être dirigé par le nique dédié expressement au patronage, au népotisme et au favoritisme qu'est la Société québécoise des infrastructures (Oups! n'oublions surtout pas que le tout est dans une mélasse d'incompétence et de pot de vin): LES POMPES FUNÉRAIRES NATIONALES.

    D'immense débouchées pour le bois d'ici - surtout les épinettes noirs, de la tôle d'ici (les Sidbec de ce monde), le fer de la Côte Nord, l'alumimium des usines du Saguenay, etc. De plus, même enterrer ici (ça cela donne de l'engrais où les racines des arbres puisent leurs nutriments)... Le cercle parfait d'une entreprise verticalement intégrée... Et beaucoup de grosses jobs à gros salaires aux petits copains*.

    * Selon le dictionnaire Legault: un petit copain, ce n'est pas pareil qu'un p'it'z'ami. OK là, vous autres.

  • Denis Blondin - Abonné 18 janvier 2021 11 h 29

    Legault peut bien tenter de nous faire oublier le gâchis dans la gestion de la pandémie

    Le Québec a dépassé le cap des 9000 morts, ce qui fait 1117 morts par million, pas très loin derrière les États-Unis (1193 par million). Le reste du Canada en compte 4 fois moins (300 par million).

    Si ça s'explique par notre culture « latine », il faut en conclure que les Américains sont encore plus latins que nous.

    Peut-être qu'une commission d'enquête nous informera mieux sur la gestion de la pandémie, mais en attendant, Legault a tout intérêt à nous faire penser à un futur radieux plutôt qu'à un présent désastreux.

  • Jean-Paul Charron-Aubin - Abonné 18 janvier 2021 14 h 30

    Précision, mes amis (es) D-S

    Voulons nous être démocratique et gérer du mieux possible où croire que tous ce réalise sans argent, sans choix de productivitée, sans prévision économique, sans plan budjétaire. Prévoir l'économie par des projets, des ressources est digne de bons dirigeants peu importe les circonstances de covid où non. Non? J'aime entendre ceux qui en de long texte expressif cherche à changer tous un système pour le biens de leur pensée(es) théorique. Alors démocratie avec ses imperfections et où communiste (qui répond à toutes vos situations), sans aucun défault bien sûr mes amis(es) ;-) Moi mon choix est fait, et vous ? Bien à vous,