Racisme dans les forces de l’ordre: des policiers réclament des excuses du premier ministre

Le premier ministre François Legault a dit mercredi « regretter » l’interprétation des propos qu’il a tenus au sujet du racisme au sein des forces policières. Ceux-ci ont soulevé l’indignation au sein des syndicats de policiers, qui lui ont réclamé des excuses publiques.

En entrevue avec l’animateur Mario Dumont lundi, le chef du gouvernement a dit croire que « l’endroit où il y en a le plus [du racisme], c’est chez certains policiers ». En marge du dépôt du rapport du Groupe d’action contre le racisme, il a affirmé que les policiers « n’auront plus le droit de faire ce qu’on appelle du profilage, donc, au hasard, choisir des personnes noires ou des Autochtones ».

« Parlez-en avec Ian Lafrenière [ministre et ex-policier], il va vous dire : c’est clair que ça arrive encore aujourd’hui », a-t-il ajouté au sujet du profilage racial.

Dans une lettre qu’elle lui a transmise le lendemain, la Fédération des policiers municipaux du Québec (FPMQ) a souligné que la déclaration de M. Legault n’était pas « prouvée », en plus d’être « insultante » pour les policiers. « Nous aimerions vous rappeler, une bonne fois pour toutes, que les policiers et policières n’ont jamais eu le droit de faire des interpellations basées sur l’origine ethnique, l’âge, le genre ou l’orientation sexuelle. Le profilage racial n’est pas légal », a écrit le président, François Lemay.

Il a rappelé dans sa lettre qu’une étude de 2019 a démontré que les Autochtones et les Noirs sont quatre ou cinq fois plus susceptibles d’être interpellés par la police que les Blancs, mais a ajouté que « la proportion est identique, que l’intervention ait été initiée par les policiers ou par un appel citoyen ».

« Les policiers ne sont ni pires ni meilleurs que la population », a-t-il affirmé.

Vous avez malheureusement miné le lien de confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre.

 

Une déclaration « gratuite » et « sans fondement »

La Fraternité des policiers de la Ville de Québec a transmis, la même journée, une lettre semblable au cabinet du premier ministre. « On est un peu outrés, j’ai plein de messages de mes policiers disant qu’on ne pouvait pas laisser passer ça », a déclaré sa présidente, Martine Fortier, au Devoir.

Dans sa lettre, elle a reproché au premier ministre d’avoir fait « une déclaration gratuite et sans fondement factuel ». « Ce faisant, vous avez malheureusement miné le lien de confiance entre les citoyens et les forces de l’ordre », a-t-elle ajouté.

Comme Mme Fortier, M. Lemay a souligné le contexte difficile dans lequel les policiers doivent travailler en raison de la pandémie de COVID-19. « En ciblant de façon particulière le métier de policier et en qualifiant certains d’entre eux de racistes, comment croyez-vous que nos policiers et policières seront reçus chez les citoyens lors de leurs interventions visant à leur remettre des constats d’infraction de plus de 1000 $ pour non-respect des règles édictées par la Santé publique ? » a-t-il demandé.

Le président de la FPMQ a en outre qualifié l’intervention de M. Legault de « contre-productive », d’un « pas dans la mauvaise direction » risquant « d’envenimer les tensions ». « En qualifiant à mots couverts l’institution policière comme étant raciste, vous risquez de décourager les personnes issues des communautés ethnoculturelles de rejoindre les forces policières dans l’avenir », a-t-il écrit.

M. Lemay et Mme Fortier ont réclamé des excuses publiques au premier ministre. Après l’entrevue qu’il a accordée lundi, le premier ministre a publié une note sur Twitter dans laquelle il précise que « la très grande majorité des policiers font un travail exemplaire ».

Il a « rectifié les choses du bout des lèvres », a répliqué Martine Fortier, disant espérer davantage. En après-midi mercredi, le cabinet du premier ministre a transmis une déclaration dans laquelle M. Legault explique avoir nommé, dans l’entrevue qu’il a accordée, « la fin des interpellations aléatoires et du profilage chez certains policiers » comme étant des mesures efficaces pour lutter contre le racisme.

« Ma réponse pouvait laisser place à une interprétation malheureuse et je le regrette, a-t-il ajouté. Je tiens à le préciser : la très grande majorité de nos policiers font un travail exemplaire et je veux les remercier. Nous ne sommes pas à l’abri du racisme, mais ce n’est aucunement généralisé chez nos policiers. »

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