Décès de Claude Castonguay, père de l’assurance maladie au Québec

Claude Castonguay en 2009
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Claude Castonguay en 2009

Le « père de l’assurance maladie » et l’un des cerveaux derrière la Révolution tranquille n’est plus : Claude Castonguay s’est éteint à l’âge de 91 ans, ont rapporté divers médias, samedi.

Avec Jacques Parizeau, Michel Bélanger et Claude Morin, il aura été l’un des principaux artisans de la Révolution tranquille. Dans ses mémoires intitulés Mémoire d’un révolutionnaire tranquille, il se dit « intimement convaincu que les assurances sociales constituaient un élément essentiel dans toute société orientée vers un développement économique et humain équilibré ».

Il joue notamment un rôle important dans la création du Régime des rentes et de la Caisse de dépôt avant de présider un petit comité qui devait rassembler les éléments pour permettre au gouvernement québécois d’adopter un programme d’assurance santé plus important que l’assurance hospitalisation qui existait déjà.

La défaite de Jean Lesage en juin 1966 n’envoie pas Claude Castonguay dans les oubliettes de l’histoire. Dès son arrivée au pouvoir, Daniel Johnson lui demande de poursuivre son travail de conseiller auprès du gouvernement et, la même année, lui confie la présidence d’une commission d’enquête sur la santé et le bien-être social.

Malgré son désir de réformes, il refuse de faire table rase du passé, comme l’avait fait la commission Parent, en éducation. Au moment d’écrire ses mémoires, il dira qu’il eut été « préférable de conserver, d’adapter et d’améliorer les collèges classiques et les écoles techniques plutôt que de les remplacer […] par les cégeps et les écoles polyvalentes ». Dès un premier rapport, la commission prône l’établissement d’un régime universel d’assurance santé. Mais l’idée plaît peu à Daniel Johnson et à son successeur Jean-Jacques Bertrand, qui l’oublient sur les tablettes.

Recruté par Robert Bourassa pour être candidat libéral aux élections d’avril 1970 dans la circonscription de Louis-Hébert, à Québec, il y verra une « occasion inespérée, écrira-t-il, de mettre en application les rapports de la commission dans laquelle (il) s’était tellement investi ».

Une fois élu, Claude Castonguay est nommé ministre de la Santé et des Services sociaux. Dès juin, il fait adopter la loi sur l’assurance maladie, mais les négociations avec les médecins n’ont pas été faciles, a-t-il reconnu dans l’émission Mémoire d’un député en 1997. Une de ses grandes fiertés sera d’avoir interdit la surfacturation des honoraires.

Du même souffle, il fera adopter la Loi sur les services de santé et les services sociaux, qui permettra notamment la création des CLSC et des départements de santé communautaire.

Moins connu sera son rôle dans l’adoption du Code des professions, une réforme qu’il juge « nécessaire pour mieux protéger le public ».

Toutefois, avant de se lancer en politique, l’homme avait promis à sa famille qu’il ne resterait que le temps d’un mandat. Et avant les élections d’octobre 1974, il annonce son départ même s’il avouera plus tard qu’il aurait préféré continuer quelques années. Et en 1976, Bourassa tentera de le recruter de nouveau. En vain. Claude Castonguay préféra demeurer dans le monde des affaires.

Après la démission de M. Bourassa, à la suite de sa cuisante défaite du 15 novembre 1976, M. Castonguay se montrera plus ou moins intéressé à se lancer dans la course à la succession. Il y renonça lorsque Claude Ryan décida de présenter sa candidature.

Heureux en affaires, Claude Castonguay entra chez La Laurentienne en 1976 où il jouera un rôle important dans la croissance de la mutuelle en Amérique du Nord et dans le monde, préparant notamment la fusion avec Les Prévoyants du Canada. Six ans après son entrée à la Laurentienne, il se voit confier la direction de l’entreprise.

Selon lui, son meilleur coup demeure l’achat de la Banque d’épargne, qui deviendra la Banque Laurentienne au milieu des années 1980. L’acquisition fut facilitée par l’adoption d’une loi québécoise qui permettait aux compagnies d’assurances de créer des holdings et par l’arrivée au pouvoir des conservateurs à Ottawa qui clarifièrent les règles en matière de contrôle des banques.

Il siégea à d’autres conseils d’administration, notamment au Centre hospitalier de l’Université Laval, à l’Université de Montréal et au Conference Board.

Après avoir décliné la co-présidence de la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec — qui deviendra la commission Bélanger-Campeau —, arguant qu’une telle commission ne devait être présidée que par une seule personne et non deux, il effectuera un retour à la vie politique partisane en devenant sénateur progressiste-conservateur en 1990. Il ne demeurera que deux ans au Sénat.

Mais il ne quitta pas la vie publique pour autant. En 1994, Jacques Parizeau lui confie la présidence d’un comité d’experts sur l’assurance-médication. Il présente des conférences publiques sur divers sujets. Et en 2008, reniant quelque peu ses principes d’autrefois, il préside un comité qui recommandera la fin de la gratuité de la santé.

Sur la question nationale, il oppose un certain nationalisme au fédéralisme centralisateur alors en vogue à Ottawa. Sa réputation de nationaliste était telle que, selon lui, Pierre Trudeau l’aurait tenu responsable de l’échec de la conférence de Victoria, en 1971. Selon lui, la volonté des libéraux fédéraux d’imposer un « tout ou rien » en a été la cause. Il dira en garder un souvenir « très amer », disant que Trudeau et les autres premiers ministres avaient fait preuve d’incompréhension à l’endroit du Québec.

Toutefois, après son entrée dans le monde des affaires, il mettra un peu d’eau dans son vin, s’opposant notamment à la loi 101, « un projet (qui) allait trop loin et aurait de graves répercussions sur notre développement économique », écrira-t-il dans ses mémoires.

Il vote « Non » au référendum de 1990, « Oui » à celui de 1992 sur l’accord de Charlottetown. Il garde toutefois un silence prudent sur son vote à celui de 1995, reconnaissant « qu’il lui aurait été impossible d’argumenter avec crédibilité en faveur d’un non à la souveraineté après avoir soutenu depuis tant d’années que des changements s’imposaient ». Dans ses mémoires, il révéla aussi qu’il avait accepté de faire partie d’un comité d’orientation et de surveillance des négociations à mener avec le Canada si l’option souverainiste l’emportait.

L’ancien ministre a été nommé officier de l’Ordre du Québec en 1991, puis grand officier en 2014.

M. Castonguay est demeuré actif publiquement pendant toute sa vie, participant aux débats qui l’intéressaient. Toutefois, sentant peut-être venir la fin, il avait adressé le 1er novembre ses adieux aux lecteurs qui suivaient ses chroniques sur le site web de La Presse.

« C’est en conséquence avec tristesse et avec un pincement de cœur que je dois cesser d’écrire et que j’exprime ma reconnaissance à tous ceux qui m’ont encouragé à poursuivre. Je les remercie de tout cœur », avait-il écrit.

Quelques réactions au décès de Claude Castonguay

La nouvelle du décès de Claude Castonguay a fait fuser les hommages du milieu politique québécois sur les réseaux sociaux. En voici quelques-uns :

  • « Le Québec perd un de ses plus grands visionnaires. Claude Castonguay laisse derrière lui un héritage immense. Toute sa vie, il aura contribué à renforcer la qualité et l’efficacité de notre système de santé. J’offre toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches. » — Le premier ministre du Québec, François Legault
  • « Le Québec a perdu aujourd’hui le "père de l’assurance maladie". J’aimerais offrir mes condoléances à ses proches. Je veux aussi souligner son importante contribution pour le Québec. Un visionnaire qui a révolutionné l’accès aux services de santé. » — Christian Dubé, ministre québécois de la Santé et des Services sociaux
  • « Mes condoléances à la famille et aux proches de monsieur Claude Castonguay. Connu comme le "père de l’assurance maladie", son héritage reste immense et a contribué à jeter les bases de notre filet de sécurité sociale. Merci monsieur Castonguay. » — Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec
  • « Claude Castonguay est un grand bâtisseur du Québec. L’héritage qu’il nous laisse est immense, prenons en soin. Mes condoléances à sa famille et à ses proches. » — Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire
  • « L’héritage de Claude Castonguay est d’une valeur inestimable : chez nous, la santé fait partie du bien commun. Mes condoléances à ses proches. Tout le Québec est en deuil. » — Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire
  • « J’offre toutes mes sympathies à la famille et aux proches de Claude Castonguay. Grand acteur de la Révolution tranquille, passionné des politiques publiques, son lègue en santé contribue grandement à garantir l’égalité des chances dans notre société. » — Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois
  • « Un révolutionnaire tranquille qui nous quitte. Un artisan talentueux et généreux du Québec moderne. » — Pierre Duchesne, ancien ministre de l’Enseignement supérieur du gouvernement péquiste de Pauline Marois
  • « Si les grands hommes et grandes femmes se définissent plutôt par la réflexion soutenue que les allégeances du moment, Claude Castonguay fut un grand. Un très grand. Il y a quelques semaines encore, il était des réflexions du Québec, avec rigueur et audace. Sa trace sera durable. » — Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois
  • « La métropole et le Québec tout entier perdent un pionnier et un ténor de la Révolution tranquille au legs immense. Mes pensées accompagnent la famille et les proches de M. Claude Castonguay. » — Valérie Plante, mairesse de Montréal
  • « Je me rappellerai toujours le plaisir que j’ai eu à discuter avec M. Castonguay sur notre système de santé. Un grand sage qui avec son expérience, nous portait vers l’avant. Mes condoléances à sa famille et ses proches, en ces temps si difficiles. » — La Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec

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