Legault promet un plan d’action contre le racisme dès la semaine prochaine

Le premier ministre du Québec, François Legault
Photo: Charles-Frederick Ouellet Le Devoir Le premier ministre du Québec, François Legault

Le gouvernement québécois dévoilera, en début de semaine prochaine, près de 30 actions fortes pour faire reculer le racisme au Québec, a dévoilé le premier ministre François Legault au Devoir, tout en invitant ceux qui ont nourri le doute sur la sincérité de sa démarche à se préparer à « ravaler leurs paroles ».

En entrevue, le chef du gouvernement a déclaré qu’il n’était pas question, pour lui, de reconnaître la présence de racisme systémique au Québec. « Je ne changerai pas d’idée », a-t-il affirmé vendredi.

L’État québécois est exempt d’un « système qui est géré d’en haut » permettant la discrimination de groupes humains, a insisté M. Legault, tout en rappelant avoir dirigé les réseaux de l’éducation et de la santé au tournant des années 2000.

Cela dit, les gestionnaires qui ferment les yeux sur des cas de discrimination ou encore des appels à l’action de personnes racisées méritent de ne plus être laissés tranquilles. « Vous avez vu, on a tassé […] le p.-d.g. [du CISSS] de Lanaudière qui aurait dû savoir qu’il y avait un enjeu à l’hôpital de Joliette », a-t-il fait savoir vendredi, soit plus de deux mois après le décès de l’Attikamek Joyce Echaquan, qui a subi des insultes racistes du personnel de l’hôpital de Joliette. Déjà fragile, le lien de confiance entre la nation attikamek et le dirigeant du CISSS, Daniel Castonguay, s’était rompu. M. Castonguay a été, il y a moins de 10 jours, muté dans l’équipe de campagne de vaccination contre la COVID-19. « Il n’est plus p.-d.g. Mais est-ce que tous nos p.-d.g. sont racistes et y a-t-il un système dans tous nos hôpitaux et écoles ? La réponse, c’est non ! » a illustré M. Legault.

Le chef du gouvernement caquiste s’est dit las d’entendre des personnes le taxer de raciste, directement ou indirectement, parce qu’il refuse de reconnaître la présence de racisme systémique au Québec. « C’est comme une religion. C’est comme s’il y avait un test de sang. C’est un tribunal. Et si vous ne reconnaissez pas le racisme systémique, c’est parce que vous êtes raciste. C’est un peu court », a-t-il fait valoir en entrevue. « Les personnes qui disent ça vont ravaler leurs paroles au début de la semaine prochaine quand ils vont voir les actions. C’est sans précédent. C’est historique. »

Qui plus est, la reconnaissance du racisme systémique mettrait à risque la Charte de la langue française ou encore la Loi sur la laïcité de l’État québécois, estime-t-il. « Il y a des conséquences à reconnaître le racisme systémique sur nos lois, sur notre façon de traiter la minorité. [C’est] très dangereux », a-t-il plaidé, affichant son désaccord avec la Commission des droits de la personne sur le sujet. Le premier ministre détient-il un avis juridique pour appuyer ses prétentions ? « Il n’y a pas un avocat qui va dire : “C’est sûr à 100 % d’un côté ou de l’autre” », a répondu M. Legault tout en tapant sur la liasse de documents disposés devant lui.

M. Legault fait le pari que la feuille de route élaborée par le Groupe d’action contre le racisme (GACR), qui est formé d’élus caquistes, dissipera tout doute persistant sur sa volonté de combattre le racisme au Québec.

En gestion de crise

Neuf mois après l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire, le premier ministre dit toujours « apprécie[r] beaucoup » le directeur national de santé publique, Horacio Arruda. Il assure recevoir de sa part les informations nécessaires à la prise de décisions en temps de pandémie. « C’est long, des fois, mais c’est très clair », a souligné M. Legault vendredi. « C’est sûr qu’il n’a pas le même style que moi. Il a un côté “artiste”… un peu. Moi, je n’ai pas un côté “artiste” autant que ça. Moi, j’ai des réponses un peu plus courtes, mais lui a des réponses un peu plus longues. Mais, sur le fond, est-ce qu’il connaît son dossier ? Moi, je l’apprécie beaucoup », a ajouté le comptable devenu premier ministre.

Le premier ministre n’apportera pas de changement au fonctionnement de sa « cellule de crise ». « On a trouvé une vitesse de croisière », a-t-il dit, balayant une nouvelle fois la demande des partis d’opposition d’obtenir copie des « avis » reçus de la Santé publique.

 
Le chef du gouvernement n’a pas attendu l’avis de la Santé publique avant de tirer un trait sur les deux rassemblements qu’il avait promis aux Québécois, non sans conditions, pendant la période des Fêtes. «Dr Arruda n’avait pas fini ses études et nous demandait une semaine pour y penser. Moi j’ai dit: “C’est pas vrai qu’on va laisser les Québécois ne pas savoir où ils s’en vont pendant une semaine. Donc, j’ai dit: c’est une décision gouvernementale», a-t-il relaté au Devoir. Pourquoi ne pas faire preuve de la même transparence à chaque annonce gouvernementale? Pourquoi ne pas s’y être astreint lors de celle, par exemple, de la fermeture des salles à manger des restaurants, des salles de spectacle et des musées à la fin septembre? «Ce n’est pas toujours tranché au couteau», a expliqué M. Legault. «Ça arrive des fois que c’est 90% [la décision] de la Santé publique, mais on l’a ajustée un peu, puis on en a ajouté. À ce moment-là, Dr Arruda dit: “Finalement, j’aime mieux votre proposition que celle que je vous avais faite.”»
 

La décision de resserrer — ou de desserrer — les mesures visant à freiner la progression de la COVID-19 est prise au terme de discussions entre les experts de la Santé publique et son équipe. « On débat tous les jours avec la Santé publique. […] La Santé publique va dire : “Moi, je proposerais telle chose”. Nous autres [le ministre de la Santé, Christian Dubé, le directeur de cabinet, Martin Koskinen et lui], on va dire : ouais, mais on pourrait en faire un peu plus là, mais un peu moins là et regarde ça donnerait le même résultat. Ah, OK, ç’a du bon sens. C’est comme ça qu’on avance », a-t-il expliqué.

Le Québec pourra entreprendre son déconfinement après la vaccination des résidents de CHSLD et des résidences privées pour aînés (RPA) ainsi que des membres du personnel, indique François Legault à la veille du coup d’envoi de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au Québec. « On n’est pas obligés d’attendre que tout le monde soit vacciné pour déconfiner », mentionne-t-il au Devoir. Les doses promises par le gouvernement fédéral au cours de l’hiver pourraient suffire. « On pourrait faire le tour des CHSLD, des RPA et du personnel. Une fois que ces trois groupes-là seront vaccinés, ça changera complètement le portrait et on pourra commencer à déconfiner », a-t-il laissé entendre.

« Nouvelle loi 101 »

Le premier ministre a donné son feu vert à son ministre Simon Jolin-Barrette : il pourra déposer son plan d’action costaud de protection de la langue française au retour des élus à l’Assemblée nationale, en février.

D’ici là, les députés de la Coalition avenir Québec devront déterminer s’ils sont disposés à resserrer l’accès des francophones et des allophones aux cégeps anglais — sans y étendre la Charte de la langue française, précise M. Legault, moins de 24 heures après l’adoption de la « loi 66 » accélérant des dizaines de projets d’infrastructure, dont l’agrandissement du collège Dawson, à Montréal. « Est-ce qu’on doit limiter le nombre de places dans les cégeps anglophones ? » a-t-il demandé aux membres de son groupe parlementaire. « Ça se fait. »

L’auteur de la « nouvelle loi 101 », Simon Jolin-Barrette, et lui sont « exactement sur la même longueur d’onde » sur l’étendue des mesures à adopter afin d’assurer la survie et l’épanouissement de la langue française au Québec, a-t-il fait remarquer sans fournir plus de détails. « On est exactement à la même place. Maintenant, on n’est pas tout seuls les deux. Il y a 76 députés », s’est-il contenté de dire.

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6 commentaires
  • Pierre Labelle - Abonné 12 décembre 2020 03 h 48

    Feu vert !

    J'ai donné le feu vert à Simon-Jolin Barrette pour un plan costaud que nous dit François Legault. Je ne demande qu'à voir et entendre car depuis des mois tout ce que l'on peut lire, ce ne sont que des paroles. Déjà que le premier ministre ne veuille pas étendre la loi 101 au CEGEP et université anglophones, cela n'augure pas bien et pas très fort, Costaud vous avez dit ! Genre un éléphant qui accouche d'une souris peut-être !!!

  • Pierre Rousseau - Abonné 12 décembre 2020 08 h 16

    Espérons que nous pourrons enfin ravaler nos paroles !

    M. Legault se démarque des leaders politiques au pays par sa farouche négation de l'évidence du racisme systémique dans nos sociétés alors qu'il lance des soi-disant opinions juridiques quand il dit « la reconnaissance du racisme systémique mettrait à risque la Charte de la langue française ou encore la Loi sur la laïcité de l’État québécois, »! Là on fait de la politique crasse car rien n'est plus loufoque sauf que ça touche la fibre profonde de la majorité des Québécois francophones qui appuient ces lois nécessaires pour une société francophone et laïque.

    J'ai été assez longtemps dans les gouvernements pour savoir qu'on peut faire dire n'importe quoi à des opinions juridiques « commandées » par un ministre. Quand ça fait pas leur affaire, c'est drôle, l'opinion peut être « amendée » pour que ça réponde à une commande politique.

    Ceci dit, sans s'enfarger dans les mots, il y a plein de rapports qui illustrent la discrimination profonde envers les nations autochtones, le dernier en date, celui du juge Viens. De plus, quand on est un peu au courant et qu'on a lu la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, on se rend compte que les droits qui y sont reconnus sont tous ignorés au Canada et au Québec.

    M. Legault, en tant qu'ancien ministre de l'éducation devrait le savoir car les nations autochtones ont le droit à leurs propres systèmes d'éducation alors que celui de l'état leur a été imposé sans même les avoir consultés; un système d'éducation pensé et fait pour une majorité de descendance européenne, complètement étrangère aux cultures autochtones et qui sert encore d'instrument d'assimilation. On peut dire la même chose du système juridique, imposé lui aussi sans consultation et causant des dommages irréparables à ces populations. On peut continuer la liste des droits et on verra qu'ils n'ont jamais été respectés.

    J'ai bien hâte de voir comment M. Legault va nous faire ravaler nos paroles la semaine prochaine!

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 12 décembre 2020 10 h 30

    Monsieur Legault

    En général j’aime bien ce que fait notre Premier Ministre. Cependant je crois qu’il est très dangereux de formuler des attentes dans l’arène politique. La rétroaction peut être dévastatrice. Je préfère l’action et le résultat à la ; je vous l’avais bien dit. Le vieil adage ; qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, prend toute sa signification dans le débat politique.

  • Patrick Daganaud - Abonné 12 décembre 2020 11 h 14

    L'attitude en dit long...

    Non, Monsieur Legault n'est pas raciste.

    Mais sa position rigide quant à l'inexistence du racisme sytémique est bornée et elle fait abstraction des rapports qui s'empilent à tous les paliers sur un phénomène qui doit être compris pour être enrayé.
    Cela n'augure pas bien de la vigueur des mesures qui seront prises pour éradiquer cette réalité québécoise (et malheureusement universelle).
    D'ailleurs, quand on est affalé dans son fauteuil comme il apparaît sur la photo de l'article, ce n'est pas garant de la rigueur d'une prise de position ferme et d'une saisie intégrée de la problématique.

    Quant au lieutenant Jolin Barrette, pour quelque plan costaud, à ce stade, on repassera !

    Enfin, DEUX MOTS à cet ex-ministre de l'Éducation (1998-2002) qui a pavé la voie à une réforme scolaire bien loin d'avoir donné les résultats escomptés, tout au contraire :
    1-Il serait bien de douter de la compréhesion systémique qu'il a des dossiers complexes, car l'approche comptable qui prévaut ne lui en permet jamais une vision globale;

    2-Qu'a-t-il fait en Éducation et QUE FAIT-IL EN CES TEMPS DE PANDÉMIE pour les ÉCOLIERS VULNÉRABLES (ÉHDAA) ABANDONNÉS SYSTÉMIQUEMENT PAR LE SYSTÈME SCOLAIRE QUÉBÉCOIS et qui, bientôt, représenteront 40 % des effectifs scolaires ?

    Accentuer socialement les vulnérabilités ou les nourrir EST, Mr Legault, une facette de la SYSTÉMIQUE SOCIOÉCONOMIQUE HANDICAPANTE...
    Et elle est incorporée à votre pratique gouvernementale, ce qui fait de vous une victime colatérale du racisme systémique et non un adepte !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 décembre 2020 13 h 29

    Se pourrait-il que

    la CAQ et son chef comme les libéraux du PLQ fédéralistes soient atteints du Syndrome de Stockholm craignant les représailles des geoliers

    les paralysent à tourner en rond affectant une proportion de la population québécoise.

    Y-a-t-il quelque part au monde des jeunes québécois(ses) qui se demandent : "Mon pays vaut-il la peine d'exister ?" Avec les dirigeants que

    nous leur donnons,ils et elles ont bien raison de douter.Je leur dis "Oui". Qui ne désire pas etre bien" chez nous".