Des aînés morts dans l’indignité en CHSLD

Les aînés qui sont morts en CHSLD lors de la première vague de la COVID-19 ne sont pas tous partis « dans la dignité », a constaté la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, en enquêtant sur la gestion gouvernementale de la pandémie.

« Il y a des endroits où on a constaté que des personnes étaient décédées seules », a-t-elle dit jeudi, lors de la présentation du rapport d’étape de son enquête « indépendante et impartiale », qui se poursuit jusqu’à l’automne. « Du personnel soignant a dû choisir entre deux résidents pour donner des soins de confort », a-t-elle ajouté.

Dans le document qu’elle a présenté, Mme Rinfret a noté que des « ruptures de soins de base » ont eu lieu dans certains CHSLD. « Des personnes sont demeurées alitées en jaquette d’hôpital, pendant plusieurs jours, parfois pendant plusieurs semaines », y est-il écrit.

D’autres résidents ont obtenu « que des soins d’hygiène très partiels et ont subi des retards dans le changement des culottes d’incontinence ». D’autres encore « n’ont alors pas eu l’assistance nécessaire pour bien s’alimenter et s’hydrater ».

Plus de la moitié (53 %) des travailleurs de la santé avec qui la Protectrice du citoyen s’est entretenue ont « souligné des lacunes dans les soins de base et de soutien ». Au Québec, 69 % des personnes décédées de la COVID-19 lors de la première vague étaient des résidents de CHSLD.

Ces aînés sont-ils tous morts dans des conditions décentes ? « Malheureusement, non », a répondu Mme Rinfret.

En réaction, le premier ministre, François Legault, a écrit sur sa page Facebook que « tous les gouvernements qui se sont succédé sont responsables de ça, incluant le mien ». Le ministre de la Santé, Christian Dubé, est allé plus loin. « On est responsables de ce qui est arrivé », a-t-il affirmé.

Le rapport de Mme Rinfret illustre aussi le décalage entre le discours public et la réalité vécue par les acteurs du milieu de la santé. La moitié (48 %) des travailleurs qu’elle a rencontrés a affirmé avoir manqué d’équipement de protection lors de la première vague.

La pénurie de masques, de visières et de blouses « a été un facteur important d’insécurité générale et, de surcroît, une cause de propagation du virus » dans les CHSLD au début de la première vague, a écrit la Protectrice du citoyen.

Les témoignages, qu’elle a recueillis de la part de travailleurs de la santé, de proches aidants et de personnes hébergées en CHSLD, contrastent avec les propos du premier ministre. François Legault a certes reconnu que les stocks étaient « serrés », mais il a toujours maintenu que le Québec n’avait « pas manqué de matériel ».

« Sur le terrain, écrit Mme Rinfret, le doute se répandait : les autorités responsables étaient-elles transparentes quant à la disponibilité effective des équipements de protection ? »

La Protectrice note au passage que les directives pour les CHSLD « n’ont été transmises que le 13 mars, alors même que l’état d’urgence sanitaire était déclaré au Québec ». Le personnel de soins, qui « a vécu beaucoup de désarroi et beaucoup de détresse », « était souvent mis au courant des décisions de la Direction générale de la santé publique et du gouvernement d’abord lors des points de presse du premier ministre », et ce, au plus fort de la pandémie.

Pas de « patron » sur place

Pour faciliter la transmission des directives, la Protectrice du citoyen insiste sur l’importance de « poursuivre la mise en place » d’un gestionnaire responsable dans chaque CHSLD du Québec.

Depuis septembre, le premier ministre et le ministre de la Santé affirment que chaque CHSLD a désormais son propre « patron ». Or, c’est faux, réplique Mme Rinfret. « En date d’aujourd’hui, il y a toujours des établissements où il n’y a pas de gestionnaire nommé officiellement », a-t-elle indiqué.

Le ministre Dubé a par la suite reconnu que certains postes étaient encore affichés. « Nous avons, en attendant d’avoir la personne avec un poste permanent, nommé un gestionnaire intérimaire dans quelques cas. Mais je vous rassure que, dans chacun des CHSLD, il y a un gestionnaire permanent », a-t-il déclaré.

La Protectrice du citoyen a aussi noté que les CHSLD ont peiné à contenir les éclosions. « Lorsque les transferts [à partir des hôpitaux] ont eu lieu, on n’a pas testé les personnes », a-t-elle constaté. À son avis, Québec « n’a pas apprécié justement l’impact » de ces déplacements. Résultat : les CHSLD ont, notamment, « manqué de chambres libres pour isoler les cas positifs », a-t-elle écrit.

Pour Québec solidaire et le Parti québécois, le rapport illustre la nécessité de repenser la manière dont le Québec s’occupe de ses aînés. « On ne s’est jamais donné une vraie vision, puis on est toujours restés dans la logique de l’hébergement », a déclaré l’élu péquiste Harold Lebel.

Le ministre Dubé a partagé le même genre d’observation. « Nos CHSLD n’ont jamais été considérés comme un milieu de soins », a-t-il déploré, en notant les conséquences funestes que cela a eu sur l’application des mesures de protection, notamment.

« C’est gênant pour le Québec de lire des choses comme ça », a affirmé le député solidaire Gabriel Nadeau-Dubois. « La gestion de la COVID-19 dans les CHSLD a été une cascade de mauvaises décisions du gouvernement », a aussi réagi la députée libérale Monique Sauvé.

3 milliards pour les équipement de protection

Québec a investi environ trois milliards de dollars pour l’achat d’équipement de protection individuelle (EPI) depuis le début de la pandémie. Les 669 contrats de gré à gré — octroyés dans le cadre de l’urgence sanitaire — ont été publiés dans le système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec jeudi, a annoncé le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux. Les produits de protection individuelle sont devenus un enjeu majeur dès le début de la pandémie. Le 25 février, un courriel interne du MSSS — obtenu grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics — détaille les « mesures temporaires en matière d’allocation et de gestion » des produits d’EPI mises en oeuvre par les établissements de santé. Parmi celles-ci, « placer sous surveillance les masques chirurgicaux » et « mettre sous garde les masques N95 ». En point de presse jeudi, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a réitéré que des produits d’EPI étaient disponibles dans le réseau lors de la première vague. Mais étaient-ils « au bon endroit au bon moment » ? a-t-il demandé. Chose certaine, a-t-il ajouté, « nous ne manquons d’aucun équipement actuellement ».

6 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 11 décembre 2020 02 h 09

    REQUÊTE À LA PROTECTRICE POUR UNE ENQUÊTE SUR LES ÉLÈVES VULNÉRABLES

    L'enquête de la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, sur la gestion gouvernementale de la pandémie est évidemment précieuse pour cerner comment, lors de la première vague de la COVID-19 (et maintenant encore...) les aînés décédés ne sont pas tous partis « dans la dignité ».

    Je l'enjoins ardemment à procéder à une enquête similaire sur le sort réservé par le système scolaire et sa gestion gouvernementale aux élèves handicapés et aux élèves en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation (ÉHDAA).

    La situation de négligence généralisée à leur égard est analogue à celle des CHSLD et elle traîne depuis des lustres, malgré les efforts colossaux des intervenants de première ligne. La seule différence est que les élèves vulnérables seront victimes de mort lente...

    L'hécatombe des intervenants, enseignants en tête, sous le fardeau du laxisme et de l'aveuglement de nombreux gestionnaires est semblables à celle qui prévaut chez le personnel infirmier.
    Les élèves vulnérables sont l'objet de plans copiés-collés d'une année sur l'autre et la pénurie de services professionnels et de soutien technique plombe toute chance de leur meilleure réussite ou d'accès à leur plein développement.

    Les taux d'ÉHDAA avant pandémie se chiffraient à 22 % environ de tous les élèves.
    La paralysie des suivis intenses requis durant la pandémie portera leur pourcentage à 40 % de tous les élèves dès juin 2021.
    L'aggravation des retards sera irréversible pour plusieurs sans des mesures extraordinaires.
    Les plus touchés verront leur potentiel développemental balayé par une administration sans âme ni éthique.

    MADAME LA PROTECTRICE, FAITES ENQUÊTE SUR LE SORT DES ÉHDAA !

    Patrick Daganaud, ex-enseignant, ex-directeur d'établissements scolaires, ex-chargé de cours (1971-2018),expert en adaptation scolaire et sociale (1980-2020)

    • Marc Pelletier - Abonné 11 décembre 2020 08 h 53

      M. Daganaud, Grand merci de parler au nom de nos jeunes ! Le silence radio imposé dans la fonction publique, cadenassé en plus par les syndicats et " ignoré ", volontairement ou pas, par les médias, autorise encore de tels scandales en 2020.

      Nos enfants, notamment les plus fragiles, sont le futur de notre société, comment peut-on s'imaginer qu'ils sont ainsi laissés pour compte.

      Cette situation, telle que relaté par l'auteur m'apparaît comme le scandale # 1 de 2020, d'autant plus qu'il a été poussé sous le tapis.

      J'espère que votre appel sera entendu et que des actions seront prises dans le plus bref délai, car la santé de ces jeunes le nécessite !

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 11 décembre 2020 09 h 00

    Pas seulement dans les CHLSD

    Il y a des malades qui ne sont pas dans les CHSLD et qui meurent par manque de soins. Il ne faut pas se surprendre que des décès arrivenet dans ces centres. En visitant ma soeur, j'ai pu constater que les soins ne sont pas toujours à point. Il faut arrëter de ne parler que d'eux car il existe d'autres cas qui méritent qu"on en parle.

  • Yves Dumouchel - Inscrite 11 décembre 2020 12 h 41

    LES AÎNÉES EN CHLSD !

    On y apporte des commentaires relatant un manque de soins sans porter attention aux suites dans les mois en première vague du coronavirus /Si tel est le cas des pétitions ont sans doute circuler pour faire enquête aux directives de la Santé Sanitaire en milieu des CHLSD de la province et y remarquer des anomalies selon les excuses de la directrice ' Marguerite Blais ' et aussi coordonnatrice des aînées en CHLSD 'Des excuses qu'elle avait à faire aux usagers et pensionnaires ainsi que leurs connaissances Selon la première vague on sait que François Legault avait fait affaire avec le fédéral par l'envoie de militaires pour porter-aide aux 'pensionnaires' qui vers la fin de juin/Juillet s'en sont retournez sans faire 'Ni tambours ni trompettes' Car en ce temps le manque de soutien aux préposés étaient désuets selon François Legault / Docteur Horacio ARRUDA/ ainsi que Celle aux affaire sociales MDE Dominique Mc Cann ! Ainsi en deuxième vague assisterons-nous à un même scénario / Pour cette vague qui serait la deuxième commencer en Octobre/Novembre la suite est compromettante par les cas positifs ainsi que la hausse des décès en dernières semaines et ces derniers jours comparez à la première laquelle fut-elle désastreuse mais tout change et cette deuxième semble reprendre comme la première vague ! Mais en derniers jours le Vaccin tant attendu viendrait clore cette 'incertitude' pour ne pas tomber dans le processus de 'l'épidémie' Nationale car on passerait au double même plus de décès comme c'est le cas ailleurs dans le monde en y comptant les 250,000 victimes ou plus aux États-Unis selon les 'médias' en derniers jours ! Enfin por terminer on réajuste les restrictions au Québec par la fermetue des Centre de Gyms / restaurants/ cinéma / etc. selon la Santé

  • Sylvain Fortin - Abonné 11 décembre 2020 19 h 01

    Au sein des CHSLD, il y a aussi des aînés qui vivent avec une déficience intellectuelle. Leur sort est pire que les autres aînés et on en parle pas. On dissimule.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 décembre 2020 19 h 38

    … PRÉSENT !

    « Pour Québec solidaire et le Parti québécois, le rapport illustre la nécessité de repenser la manière dont le Québec s’occupe de ses aînés. » (Marie-Michèle Sioui, Le Devoir)

    De cette citation, une douceur :

    On-dirait que, en matière de santé et services sociaux (Enfance-Jeunesse-AînéEs), le Québec, et ce, depuis plusieurs lunes et recommandations d’autorités avisées, est comme débordé d’intérêts pluridirectionnels susceptibles de l’équiper avec des « manières » (des façons du FAIRE) orientées ou désadaptées !

    Depuis que je suis du nombre du monde des aînéEs et tenant compte de notre naissance plutôt mouvementée, je continue à penser que le Québec, sur les plans d’aide, d’entraide et de droit, vise très loin, sauf au …

    … PRÉSENT ! - 11 déc 2020 -