Legault défend Fitzgibbon après un nouveau blâme de la commissaire à l'éthique

Le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

Le premier ministre François Legault exclut tout nouveau blâme à l’endroit du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui a continué à bafouer les règles, des mois après avoir reçu un avertissement de la commissaire à l’éthique. Dans un rapport dévastateur déposé mardi, Ariane Mignolet recommande qu’une nouvelle réprimande soit imposée au ministre de l’Économie, moins d’un mois après qu’il eut fait déjà l’objet d’une motion de blâme de l’Assemblée nationale.

« Tous les Québécois doivent savoir que l’honnêteté de Pierre Fitzgibbon n’a jamais été mise en cause », a affirmé M. Legault en soulignant que le Québec était « chanceux » d’avoir un homme de sa compétence à la tête du ministère de l’Économie. Les règles doivent être changées, selon lui, pour encadrer des « cas exceptionnels » comme celui de M. Fitzgibbon qui était assis à ses côtés en conférence de presse.

« On ne pense pas qu’il y a matière, pour une deuxième fois, à blâmer le ministre de l’Économie de ne pas avoir vendu des actions dans deux entreprises, alors qu’il ne pouvait pas, qu’il n’y avait pas d’acheteur de disponible », a expliqué M. Legault.

Le ministre Fitzgibbon a expliqué qu’il avait vendu 11 de ses 13 investissements dans des entreprises privées et qu’il avait pris « des mesures appropriées » il y a plus d’un an pour que ses intérêts privés soient « conservés de façon totalement indépendante » de son travail politique.

« Si ça avait été un temps normal, peut-être qu’il serait arrivé d’autres choses, a-t-il reconnu lorsque Le Devoir lui a demandé s’il avait menacé de démissionner. […] Quitter pendant une pandémie aurait été, à mon avis, un manque de respect pour les gens qui m’ont élu. »

Deuxième enquête

Cette deuxième enquête a été lancée par la commissaire à l’éthique après que M. Fitzgibbon eut omis de mentionner certaines entreprises, dont Gestion P. Fitzgibbon, dans sa déclaration d’intérêts personnels. « Après plusieurs interventions auprès du ministre, il m’apparaît qu’il ne prendra pas les mesures recommandées à cet égard », écrit-elle.

L’une de ces entreprises a fait une demande de prêt à Investissement Québec en novembre 2019. Lorsqu’il est informé par la commissaire, le ministre Fitzgibbon indique vouloir intervenir auprès de la société d’État pour qu’elle refuse cette demande. Mme Mignolet le lui déconseille. « Je lui indique alors qu’il ne peut surtout pas intervenir ici à titre de ministre ; cela le placerait en situation de conflit d’intérêts étant donné qu’il détient toujours des intérêts dans cette entreprise », écrit-elle. Le prêt est refusé.

« Je ferais la même chose demain matin », s’est défendu le ministre en conférence de presse. Il a précisé que c’est un employé d’Investissement Québec qui lui avait téléphoné et qu’il lui avait conseillé de ne pas accorder de prêt étant donné qu’il y avait conflit d’intérêts. Il aurait plutôt dû s’abstenir de prendre l’appel.

Lorsqu’il est avisé par la commissaire de ce faux pas, M. Fitzgibbon ne cache pas son mécontentement. Il s’ensuit une série de courriels de plus en plus acrimonieux. « Quoique je veuille coopérer, je ne suis pas content des conversations que vous avez avec certaines personnes », lui répond-il par courriel.

Dans un autre échange, il révèle avoir eu « trois appels de témoins qui, comme moi, sont abasourdis par la portée de vos enquêtes » et se dit « furieux » des méthodes de travail de la commissaire. Or, ces échanges devraient être confidentiels. Il va jusqu’à écrire : « Quant aux gens qui m’ont parlé de l’enquête, dites-vous que leurs intentions n’étaient que de me convaincre que mon apport à la population du Québec serait mieux servi si je quittais cet environnement malsain pour des gens comme moi. »

Les trois partis d’opposition ont dénoncé l’attitude de M. Fitzgibbon. « On comprend que le ministre estime que les règles éthiques ne s’appliquent pas à lui », a réagi la cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade.

« Ça prend beaucoup de culot pour se moquer des blâmes de la Commissaire comme vient de le faire Pierre Fitzgibbon », a souligné le député de Québec solidaire, Vincent Marissal, qui a appelé à la suspension du ministre.

« Est-ce qu’il existe maintenant une loi pour le ministre Fitzgibbon et une pour les autres Québécois », a demandé pour sa part le député péquiste Martin Ouellet.

C’est le deuxième rapport de la commissaire à l’éthique en un peu plus d’un mois sur les intérêts du ministre de l’Économie dans des entreprises.

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