Trudeau refuse de s’engager sur une hausse du transfert en santé

La priorité du fédéral est d’aider les Canadiens à passer à travers la crise, a lancé Justin Trudeau en point de presse mardi. Le premier ministre doit rencontrer les provinces la semaine prochaine.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La priorité du fédéral est d’aider les Canadiens à passer à travers la crise, a lancé Justin Trudeau en point de presse mardi. Le premier ministre doit rencontrer les provinces la semaine prochaine.

Les dés sont-ils pipés ? Alors que les provinces se préparent à rencontrer Justin Trudeau la semaine prochaine pour réclamer plus d’argent pour leurs réseaux de santé, Ottawa n’a prévu aucuns fonds dans sa mise à jour économique qui lui permettraient d’exaucer leurs souhaits. À Québec, le ministre des Finances, Eric Girard, refuse de s’en étonner alors qu’à Ottawa, le premier ministre laisse entendre que toute éventuelle hausse des transferts n’aura lieu qu’une fois la pandémie passée.

« On est là pour parler avec les premiers ministres la semaine prochaine des dépenses et des investissements qu’on va pouvoir faire ensemble dans les années à venir, mais maintenant, notre priorité est d’aider les Canadiens à passer à travers cette crise-ci », a lancé M. Trudeau en point de presse.

Les provinces réclament depuis des années déjà qu’Ottawa hausse son transfert annuel destiné aux services de santé. Ce transfert augmente automatiquement de 3 % chaque année, mais les provinces veulent que ce taux de croissance passe à 6 %. Récemment, elles ont revu à la hausse leur demande pour que le transfert soit d’abord haussé de 67 %, pour être porté à 70 milliards de dollars, et qu’il soit soumis par la suite à une croissance annuelle de 6 %. Cela ferait en sorte, selon les provinces, qu’Ottawa payerait environ 35 % de la facture annuelle en santé au pays. Une rencontre aura lieu le 10 décembre prochain pour discuter de cet enjeu.

La mise à jour économique dévoilée lundi par Ottawa ne prévoit que la hausse de 3 % du transfert pour la santé, qui doit passer de 41,9 milliards à 43,1 milliards 2021-2022. M. Trudeau a répété qu’il avait « hâte » à la rencontre avec ses homologues, sans vouloir présumer de ce qui y arriverait. Il a rappelé que depuis le début de la pandémie, les transferts aux provinces ont grimpé en flèche, pour une augmentation ponctuelle d’environ 25 milliards de dollars.

M. Trudeau a refusé de dire si une éventuelle augmentation des sommes destinées à la santé s’accompagnerait de conditions imposées par Ottawa. « On parlera de tout cela quand on se rencontrera la semaine prochaine », a-t-il seulement répondu.

« Ça fait longtemps qu’on demande cette rencontre-là », a rappelé le premier ministre François Legault. Il a souligné que les deux tiers des dépenses en santé consistent à rémunérer le personnel, mais que les montants généralement annoncés par le premier ministre Trudeau ne sont pas récurrents.

« S’il veut vraiment nous aider dans les CHSLD, dans les hôpitaux, dans tout le réseau de la santé, bien il faut qu’il nous envoie un signal qu’il est prêt à augmenter sa contribution récurrente parce qu’en plus, on voit que le déficit structurel est moins grand au fédéral que dans les provinces », a affirmé le premier ministre québécois.

« Je n’ai pas été surpris qu’il n’y ait pas de montant relié aux transferts en santé, a déclaré pour sa part le ministre Girard. La négociation s’amorce, il y a une demande et les discussions vont avoir lieu. Là où je suis déçu, c’est lorsqu’on réitère le désir d’imposer des normes nationales au niveau des soins de longue durée. »

En effet, la mise à jour économique a promis un fonds d’un milliard de dollars pour aider les provinces à prévenir les infections dans les établissements de soins de longue durée. Mais cet argent sera « conditionnel à la présentation de plans de dépenses détaillés » et au respect de ce plan, peut-on lire dans le document. En outre, le désir d’Ottawa d’instaurer des « normes nationales » aux centres d’hébergement des personnes âgées y est confirmé. Cela a été jugé « inacceptable » par le ministre Eric Girard à Québec mardi.

« Je ne vois vraiment pas ce que le fédéral connaît là-dedans puis ferait là-dedans », a fait remarquer à son tour le premier ministre Legault.

Partenariat, pas paternalisme

Sur Twitter, le chef conservateur Erin O’Toole — qui ne s’est toujours pas rendu disponible aux journalistes pour discuter de la mise à jour économique — a écrit qu’il veut un fédéralisme de « partenaires, pas de paternalisme ». Il semble ainsi s’opposer à de telles normes nationales. M. O’Toole écrit qu’un gouvernement dirigé par lui verserait aux provinces « des transferts stables, prévisibles et sans condition ». Mais il ne s’est pas engagé à les augmenter. C’est sous Stephen Harper que la hausse annuelle des transferts avait été ramenée à 3 %.

Les mesures annoncées dans la mise à jour économique feront l’objet d’un projet de loi qui sera soumis à un vote. M. Trudeau a confirmé qu’il s’agira, comme toute mesure budgétaire, d’un vote de confiance. Il s’est dit persuadé que l’opposition ne voudra pas déclencher d’élections en ce moment. Les conservateurs et les bloquistes ont dit qu’ils attendront de voir le projet de loi avant de décider de leur vote. Le NPD a indiqué la même chose, mais son chef, Jagmeet Singh, a ajouté qu’il « va utiliser [sa] position pour négocier plus d’aide ». M. Singh aimerait notamment obtenir un moratoire sur le remboursement des dettes étudiantes et une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure.

Ottawa devra compenser Québec s’il crée des programmes nationaux de garderies et d’assurance médicaments

Le Québec utilisera son droit de retrait avec pleine compensation si le gouvernement Trudeau décide de mettre sur pied un programme national de garderies et un programme national d’assurance médicaments, a rappelé le ministre des Finances, Eric Girard.

Ottawa a annoncé lundi la création d’un Secrétariat national doté de 20 millions de dollars sur cinq ans lors de sa mise à jour économique. Ce secrétariat devra « renforcer la capacité du gouvernement et mobiliser les intervenants à fournir une analyse de la politique en matière de garde d’enfants ».

M. Girard s’est toutefois réjoui de voir que le gouvernement fédéral imposera la taxe sur les produits et services à Netflix et aux autres géants du Web. Il a également salué la prolongation de la subvention salariale d’urgence.

Le grand argentier québécois s’est dit peu surpris par l’ampleur du déficit fédéral — 382 milliards pour l’année courante — et a noté que les mesures du plan de relance économique fédéral de 70 à 100 milliards ne seront pas connues avant quelques mois.


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