L’accès aux soins pourrait être compromis dans la grande région de Québec

La ministre responsable de la région de Québec, Geneviève Guilbault, enjoint aux citoyens de la région de la capitale de respecter les règles sanitaires pour éviter des ruptures de service dans les hôpitaux. On la voit ici en compagnie du maire Régis Labeaume.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre responsable de la région de Québec, Geneviève Guilbault, enjoint aux citoyens de la région de la capitale de respecter les règles sanitaires pour éviter des ruptures de service dans les hôpitaux. On la voit ici en compagnie du maire Régis Labeaume.

La propagation de la COVID-19 dans la région métropolitaine de Québec a atteint un tournant, selon la vice-première ministre, Geneviève Guilbault, qui craint pour l’accès aux services de santé de la population.

« Quand c’est rendu que tu ne peux plus te faire opérer ou te faire soigner pour un autre problème que la COVID, c’est grave », a déclaré Mme Guilbault, qui est également la ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale.

« Si on ne se ressaisit pas rapidement, ce n’est pas compliqué, on s’expose à la possibilité que des citoyens ne puissent plus recevoir des soins dans certaines circonstances », a-t-elle lancé après avoir répété que « l’heure est grave ».

Il y a des gens qui ne les suivent pas ou qui ne les suivent plus 

Le délestage a déjà commencé dans le réseau de la santé de la région, mais la ministre estime que la pratique pourrait se généraliser. Des chirurgies pour un remplacement de la hanche risquent d’être annulées ou reportées et des diagnostics de cancer retardés « parce qu’on n’a plus de personnel pour le faire », a-t-elle donné comme exemples.

« Tant et aussi longtemps que le nombre de cas de COVID chaque jour demeure élevé, tant et aussi longtemps que le personnel de notre réseau de la santé va devoir se consacrer à la COVID, on est à risque, à tout moment, de rupture de soins dans certains domaines de la santé. »

Le taux de cas actifs pour 100 000 habitants dans la Capitale-Nationale est le plus élevé au Québec : 186,4. Il atteint même 241,8 dans la région de Charlevoix.

Dans Chaudière-Appalaches, on recensait quatre fois plus de cas et cinq fois plus de décès le 17 octobre que durant la première vague.

Une « catastrophe »

Les hôpitaux de la grande région de Québec sont sous pression. L’Hôtel-Dieu de Lévis fait face à une importante éclosion de COVID-19 dans trois unités (quatre au départ). Six patients ont contracté la maladie et 65 employés en sont maintenant atteints. Selon le CISSS de Chaudière-Appalaches, 39 autres travailleurs se trouvent en isolement.

Le centre hospitalier, qui compte environ 2000 employés, fonctionne donc avec 104 travailleurs en moins. « On est en activité de délestage majeure, dit la Dre Christine Drouin, cheffe du service des soins intensifs. Il y a eu une grosse coupure dans les chirurgies et les cliniques externes. Tout ce qui pouvait être diminué a été diminué. »

Les patients souffrant de la COVID-19, en provenance de Saint-Georges, Thetford Mines et Montmagny, sont désormais redirigés vers l’hôpital Enfant-Jésus de Québec et l’Institut universitaire de cardiologie et pneumologie de Québec plutôt que d’être hospitalisés à l’Hôtel-Dieu de Lévis, ajoute-t-elle.

L’unité des soins intensifs admet au « compte-gouttes » les patients, en raison du manque de personnel, indique la Dre Christine Drouin. « Aux soins intensifs, il faudrait qu’on ait 14 à 15 infirmières par quart de travail, précise la médecin. Actuellement, on commence avec 10 et il faut trouver les autres, soit qu’il y a du temps supplémentaire obligatoire, soit qu’on bloque les admissions. C’est de la gymnastique incroyable que fait notre chef d’unité tous les jours. »

À l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec, le Dr Mathieu Simon rappelle qu’à l’automne 2019, le réseau de la santé fonctionnait déjà « à surcapacité juste pour faire face aux besoins réguliers de la population ». Or, la pandémie de COVID-19 entraîne davantage d’hospitalisations et de l’absentéisme chez les employés. « Des infirmières et d’autres soignants sont retirés pour toutes sortes de raisons : éclosion, immunosuppression, dépression, retraite, etc. », précise le chef de l’unité des soins intensifs.

Dans ce contexte, une éclosion en milieu hospitalier « transforme une situation très mauvaise en une catastrophe », dit-il.

Mercredi, l’éclosion à l’hôpital de La Malbaie a forcé la suspension temporaire de 40 % des activités du bloc opératoire.

À Thetford Mines, dans Chaudière-Appalaches, une partie des services d’obstétrique de l’hôpital est maintenant fermée, les fins de semaine, parce que des employés clés ont contracté la COVID-19 et dû être renvoyés chez eux.

 

Fermeture des écoles

La ministre a dit observer un « relâchement » dans le respect des consignes pour contenir la propagation du virus. Elle enjoint à la population de « faire mieux » et plaide le fait qu’il est « urgent » de se ressaisir.

Priée de préciser où elle observait ledit « relâchement », Mme Guilbault a reconnu que la police n’avait pas nécessairement donné plus d’amendes, mais que l’ampleur de la contamination communautaire suggérait que les règles n’étaient pas assez suivies. « Il y a des gens qui ne les suivent pas ou qui ne les suivent plus », a-t-elle dit.

Depuis le 2 octobre, le nombre de lieux d’éclosion dans la capitale a doublé, passant de 79 à 161.

Il y a des gens qui ne les suivent pas ou qui ne les suivent plus 

 

Pour renverser la tendance, la ministre a fortement suggéré aux gens qui le peuvent de faire du télétravail. Toutefois, il n’est pas question pour l’heure de fermer les écoles ou d’imposer un confinement total. C’est la « dernière » chose que le gouvernement entend faire, a dit la ministre.

La députée de Louis-Hébert était exceptionnellement accompagnée des maires de Québec et Lévis, Régis Labeaume et Gilles Lehouillier, qu’on n’avait pas vus ensemble depuis plus de deux ans en raison de nombreuses divergences politiques. Questionné à ce sujet, M. Labeaume a dit que « la santé publique [était] plus importante que tout ça ».

En évoquant son combat récent contre le cancer, le maire de Québec a invité les gens à penser à ceux qui sont malades présentement. « Je me mets à la place de quelqu’un qui sait qu’il a un cancer actuellement et qui entend sa ministre responsable de la région lui dire que, si ça continue, il n’y aura peut-être pas de place pour [l’opérer]. Ça, c’est angoissant, c’est très angoissant. »

En données

Québec a déclaré vendredi 905 nouveaux cas de COVID-19 et ajouté 12 décès au bilan, dont 4 au cours des 24 heures précédentes, pour un total de 6106 depuis le début de la pandémie. Le nombre d’hospitalisations a diminué de 13, à 540, dont 99 étaient aux soins intensifs, deux de moins que la veille. Le nombre de personnes ayant contracté le virus depuis le début est de 98 226. À l’échelle du Canada, 211 037 cas de la COVID-19 ont été rapportés depuis le début de la pandémie, dont 9884 décès, dont 3080 en Ontario, 296 en Alberta et 256 en Colombie-Britannique.

La Presse canadienne

En données

Québec a déclaré vendredi 905 nouveaux cas de COVID-19 et ajouté 12 décès au bilan, dont 4 au cours des 24 heures précédentes, pour un total de 6106 depuis le début de la pandémie. Le nombre d’hospitalisations a diminué de 13, à 540, dont 99 étaient aux soins intensifs, deux de moins que la veille. Le nombre de personnes ayant contracté le virus depuis le début est de 98 226. À l’échelle du Canada, 211 037 cas de la COVID-19 ont été rapportés depuis le début de la pandémie, dont 9884 décès, dont 3080 en Ontario, 296 en Alberta et 256 en Colombie-Britannique.

La Presse canadienne

4 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 24 octobre 2020 07 h 21

    Mêmes remèdes, mêmes résultats

    Pendant de longues minutes, la vice première ministre et les maires de la région ont énuméré la détérioration des nombreuses situations devenues ‘’catastrophiques’’ dans les régions de Québec et Chaudière-Appalaches. Sur un ton sonellel, Ils ont avisé la population qu’on était à ‘’risque de rupture des soins’’ et que ‘’l’heure est rendue grave’’.
    Cependant, magré la situation critique qui continue de se détériorer d’heure en heure, ils n’ont pas annoncé de nouvelles mesures de santé publique pour changer de cap. Ils n’ont pas annoncé que le port du masque serait dorénavant obligatoire dans les salles de classe des écoles. Ils n’ont pas annoncé que le personnel des CHSLD devraient maintenant se soumettre régulièrement à des tests de dépistage au lieu de laisser cette méthode efficace de prévention à leur bon vouloir. Ils n’ont pas annoncé non plus qu’à cause du laisser-aller de la population envers le respect des règles sanitaires, il était devenu nécessaire de mandater la seule solution connue pour freiner la propagation du virus ; l’obligation de porter le masque dans tous les endroits publics intérieurs et extérieurs de la région jusqu’à la résolution de la crise actuelle. Solution d’autant plus alléchante qu’elle permettrait d’éviter un nouveau confinement et de continuer de vaquer à nos activités, masqués, et même éviter la fermeture des écoles et commerces.

    Ils ne semblent malheureusement pas avoir encore réalisé qu’en continuant d’appliquer les mêmes consignes sanitaires on continuera à avoir les mêmes résultats ‘’catastrophiques ‘’.

    Aux grands maux, grands remèdes.

  • Patrick Dolmaire - Abonné 24 octobre 2020 12 h 03

    La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent (Einstein)

    Est-ce de la folie ou de l'incomptence? Probablement les deux!
    Certains se défendent en prétendant que c'est nouveau, inconnu et ils n'échappent pas à leurs discours, ils font vraiment figure d'apprentis, de stagiaires. Pendant ce temps des experts dont l'expérience est reconnue comme le Dre Joanne Liu sont laissés sur le banc ... il est peut-être grand temps de les faire entrer sur la glace.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 octobre 2020 13 h 37

    Êtes-vous réconforté par les messages du gouvernement de la CAQ, moi pas car c'est la pagaille!

    En principe, les idées peuvent être bonnes, encore faut-il que le système de communication soit efficace! Il n'est pas normal que le gouvernement s'ajuste à un événement qui vient de se produire dans une maison pour aînés! Bref, il y a un problème que tout le monde connaît: le manque de main-d'oeuvre! Mais voilà François Legault et ses fans tant au gouvernement qu'ailleurs, portent des oeillères. En effet, ça va à l'encontre de la normalité, il faut interdire le déplaçement des employés d'une maison à une autre! La solution est simple, rendre l'emploi des infirmières à temps partiel à temps plein!
    La collecte de données et d'informations est à l'image d'un Québec déconnecté de la réalité, lui qui, comme par hasard, soulignait l'apport de l'application de positionnement à télécharger! Se secouer les puces est bien trop tendre devant ceux et celles qui parlent, donnent des ordres, mais ne vont pas plus loin! Tout le monde est capable d'agir ainsi, mais tapper sur la table est rendu nécessaire si on veut éviter de laisser aller la propagation actuelle!
    En parallèle, la propagation des nouvelles sans cesse pessimistes est loin de réconforter l'anxiété des citoyens les plus âgés en particulier! Trop d'informations c'est comme pas assez et les citoyens sont tannés du temps consacré à la TV et des messages au contenu sensiblement le même, le disque est usé, ne présente plus d'intérêt! Où allons-nous avec cette lhétargie, cette torpeur sans fin!

  • Roxane Bertrand - Abonnée 25 octobre 2020 11 h 05

    Nouveau défi

    Ce printemps, nous ne savions rien du virus et nous avons du apprendre. C'était le première étape, et pendant trois mois, des gens ont été délestés des soins dont ils avaient besoin pour faire de la place dans les hôpitaux. Des diagnostics de cancer ont été retardés et des chirurgies de hanche annulées. On comprenait...mais on n'aimait pas beaucoup.

    Maintenant, nous abordons une deuxième phase de la pandémie....celle du volume. Nous comprendrons qu'il y aura des diagnostics de cancer de reporté et des chirurgies annulées, et nous n'aimerons pas ça! Mais ce virus est réel et présent et il y aura beaucoup de gens affectés, et ce même si nous suivons les consignes. Il est utopique de penser qu'il va disparaître comme de penser que "ça va bien aller ". Il y aura des malades, des morts et des dommages collatéraux.

    Le défi n'est pas dans l'évitement de ce qui arrive mais dans notre contrôle et notre adaptation. Les gens sont responsables mais nos mesures, même un confinement total, ne briseront pas la vague...une vague de volume énorme de patient. Comment allons nous absorber un volume de patient très, vraiment très, important avec un système au bord de la faillite déjà en temps normal avec la grippe saisonnière?

    Dans tous les cas, la planification serait une meilleure option que la panique. Préparons-nous!