Des équipes d’intervention tactique dans six CHSLD

Le coronavirus s’est désormais infiltré dans 109 lieux d’hébergement et la « situation critique » dans six CHSLD a justifié l’envoi par Québec, jeudi, d’équipes d’intervention devant « contrôler et éliminer la contagion ».

En matinée, le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a annoncé avoir envoyé des équipes « SWAT » dans quatre CHSLD. Or elles ont plutôt été dépêchées dans six établissements, à savoir Fargy et Saint-Augustin (Capitale-Nationale), Isidore-Gauthier (Saguenay–Lac-Saint-Jean), CSSS Granit (Estrie), Ste-Croix et Marcel-Ferron (Montérégie-Centre), a-t-on confirmé en soirée.

Selon les chiffres du gouvernement, plus du quart des résidents sont atteints de la COVID-19 dans ces CHSLD, à l’exception du centre Marcel-Ferron (21 %). Au total, 39 CHSLD et 70 résidences privées pour aînés sont aux prises avec au moins un cas de COVID-19.

Les équipes qui y ont été dépêchées ne remplacent pas le personnel offrant des soins et des services. Elles servent plutôt à trouver les failles ayant mené à des éclosions et à créer un plan de match pour les éviter dans l’avenir.

En annonçant l’envoi des équipes, le cabinet Dubé a fait savoir qu’il « n’a pas été satisfait de l’étendue [des] réponses » qu’il a obtenues de la part des CHSLD où des éclosions ont eu lieu.

Trop tard

Selon le Dr Quoc Nguyen, gériatre et épidémiologiste au CHUM, la réaction de Québec est venue trop tard : elle aurait dû survenir dès l’apparition des premiers cas. « Malheureusement, avec cette maladie-là, avec une transmission asymptomatique, particulièrement rapide en CHSLD, quand on est au rouge, il est souvent très tard. La maladie a déjà fait le plus gros de ses dommages », a-t-il dit au Devoir.

Le médecin croit que les CHSLD qui s’en sont le mieux tirés lors de la première vague sont « probablement les plus vulnérables […] parce qu’ils n’ont pas nécessairement eu l’apprentissage expérientiel ». « Il n’y a rien de mieux que de vivre [une éclosion majeure] pour savoir ce qu’il faut faire » après, a-t-il déclaré.

Les représentants syndicaux d’employés du CHSLD Ste-Croix, où 30 % des résidents ont la COVID-19, ont dit chercher par quels moyens le virus avait pu se faufiler. Épargné lors de la première vague, le centre compte aujourd’hui plus de 60 résidents ayant contracté le coronavirus depuis le début de la seconde vague, a noté Jean Mercier, président du syndicat des travailleurs du CISSS Montérégie-Centre-CSN. Malgré les mesures en place, le président du Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Centre (FIQ), Denis Grondin, a souligné que « le moral des troupes est difficile ». Les équipes, déjà éprouvées lors de la première vague, sont « très fatiguées ».

Le président et directeur général de l’Association québécoise des résidences privées pour aînés, Yves Desjardins, s’est quant à lui dit fort préoccupé par la situation dans les RPA. « Le nombre de cas a doublé en une semaine », a-t-il fait remarquer.

Il a dit souhaiter que Québec revoie « la notion de proche aidant » afin de limiter le nombre de visiteurs dans les résidences. « Des gens, qui viennent voir des aînés une fois par année, se présentent comme proche aidant, a-t-il dit. On va proposer au gouvernement qu’on identifie un ou deux proches aidants. »

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