L’équilibre budgétaire attendra à 2025-2026 au Québec

Les temps sont durs à cause de la pandémie et ils continueront de l’être au cours des prochains mois, a prévenu le ministre des Finances, Eric Girard, lundi. Il envisage « de l’aide supplémentaire en 2021 », alors que le rebond attendu de l’économie risque d’être plus faible que prévu.

« Je veux être bien honnête avec tous les Québécois, les six prochains moins vont être difficiles, a-t-il reconnu en commission parlementaire. Le virus est toujours là. Il n’y a pas de remède ; il n’y a pas de vaccin, et j’ai déjà mentionné que le quatrième trimestre est plus faible que ce que nous aurions voulu qu’il soit. »

M. Girard témoignait à la demande des partis d’opposition qui ont invoqué un article rarement utilisé du règlement de l’Assemblée nationale pour pouvoir l’entendre. En vertu de l’article 292, la commission des finances publiques doit consacrer une séance par trimestre à l’étude de la politique budgétaire du gouvernement et à l’évolution des finances publiques.

Le Québec, comme le reste de la planète, connaît la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. La chute du produit intérieur brut (PIB) mondial sera de 4 %, ce qui est tout de même « un peu “moins pire” que ce que nous avions prévu pour l’ensemble de la période », a indiqué le ministre.

M. Girard prévoit un retour à une « certaine normalité » à partir de 2022 et un retour à l’équilibre budgétaire en 2025-2026 qui tablerait sur une croissance des dépenses de 3,5 %, soit plus faible que celle du budget déposé quelques jours avant le déclenchement de la pandémie en mars. Il misait alors sur une croissance des dépenses de 5 %.

En entrevue au Devoir, il a exclu d’imposer des compressions. « Pas du tout, a-t-il répondu. Ce que les Québécois ont défini comme de l’austérité, c’était deux années où les dépenses ont crû à 1 % par année [durant] les deux premières années du gouvernement précédent. »

Cet effort débuterait l’an prochain, mais le ministre n’a pas donné davantage de détails sur la forme qu’il prendrait. Il a répété qu’il ne prévoyait pas de hausse de taxes ni d’impôt, puisqu’il estime que « les Québécois sont déjà suffisamment taxés ». « Le gouvernement aimerait avoir plus de revenus, mais en générant ces revenus à l’aide d’une croissance économique plus forte », a-t-il répondu au député de Québec solidaire Vincent Marissal, qui lui demandait ce qu’il pense du mouvement de jeunes fortunés qui demandent un meilleur partage de la richesse.

Déficit de 15 milliards

Le Québec, qui nageait dans les surplus avant la pandémie, a accumulé un déficit de 15 milliards de dollars depuis. Une fois la récession terminée, M. Girard prévoit un déficit structurel qui pourrait s’élever à 4 milliards, a-t-il dit en citant les estimations du fiscaliste Luc Godbout et de son équipe. « C’est ça, l’effort que nous allons devoir faire collectivement », a indiqué le ministre des Finances en rappelant que la Loi sur l’équilibre budgétaire donne cinq ans au gouvernement pour le résorber.

« Ce sera difficile, a-t-il admis. C’est important de le dire, que c’est ambitieux. […] C’est un défi. Nous avons une loi qui dit qu’on doit retrouver l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, et nous allons tracer la voie qui va montrer en toute transparence les efforts qui sont nécessaires pour revenir à l’équilibre. »

« Je trouve un peu particulier de vous voir vous enfermer absolument dans cet échéancier, a réagi M. Marissal. […] Je ne sais pas si c’est ambitieux ou téméraire. »

Le gouvernement Legault espère qu’Ottawa apportera son aide. « Une hausse significative du Transfert canadien en matière de santé nous aiderait certainement à résorber le déficit », a admis M. Girard. « Sans conditions ? », a demandé le député péquiste, Martin Ouellet. « Sans conditions », a répondu le ministre.

« Ce que vous nous dites finalement, dans les faits, c’est que, s’il y a des déficits plus grands, ça va être la faute du fédéral », a dénoncé le député libéral, Gaétan Barrette, en soulignant que près du tiers des projets inscrits au Programme québécois des infrastructures ne sont toujours pas financés.

Le ministre Girard donnera davantage de détails sur ses intentions lors de la prochaine mise à jour économique qui doit avoir lieu « d’ici Noël ».

Mises à pied à Loto-Québec «par souci d’équité»

Le ministre Eric Girard ne prévoit pas d’autres mises à pied dans d’autres sociétés d’État. Depuis juillet, 4271 employés de Loto-Québec ont été mis à pied en raison de la suspension de plusieurs de ses activités causée par la pandémie.

« Il y a une question d’équité pour l’ensemble des Québécois, a affirmé M. Girard au Devoir. On a des employés qui ne donnaient pas de prestation de services, alors on a fait le maximum qu’on pouvait et, là, les casinos sont fermés, sauf celui de Tremblant, alors ce sont des licenciements temporaires jusqu’à ce qu’on puisse les rouvrir. »


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