Québec dit oui à l’application Alerte COVID

Le gouvernement Legault donnera finalement son approbation à l’application fédérale Alerte COVID pour l’aider dans sa lutte contre la pandémie. Les partis d’opposition avaient tous émis des réserves quant à l’efficacité et à la confidentialité des données des gens qui utiliseraient cette application.

« C’est une question de jours », a affirmé le ministre de la Santé, Christian Dubé, en conférence de presse mardi. Il n’a pas voulu dire s’il craignait que le déploiement de cette application au Québec ne vienne, finalement, surcharger les équipes de dépistage déjà accablées. Il a toutefois promis davantage de détails « lorsqu’on sera prêt à faire l’annonce ». Une source bien au fait des préparatifs pour l’annonce, qui n’était pas autorisée à parler publiquement, estime que les équipes de dépistage seraient en mesure d’absorber quelques centaines de tests supplémentaires par jour à l’échelle de la province si l’application suscitait une grande adhésion.

Pour qu’elle soit efficace, Alerte COVID doit être utilisée par une majorité de gens. Le gouvernement Legault peaufine son message pour éviter que ce nouvel outil ne suscite la méfiance de la population. « Ce n’est pas uniquement l’application qui est importante, c’est l’acceptation publique de mettre son nom là », a expliqué M. Dubé.

« Je pense qu’on aurait dû et pu avoir des applications de traçage plus tôt si le gouvernement avait travaillé à [en améliorer] l’acceptabilité sociale », a affirmé l’interniste et gériatre au Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) qui détient une spécialité en épidémiologie et vieillissement, le Dr Quoc Dinh Nguyen. Les ratés dans la recherche des contacts par les équipes de la Santé publique expliquent, selon lui, pourquoi le gouvernement doit en arriver maintenant à un reconfinement partiel de la majorité de la population. « Si on avait une application qui permette d’isoler rapidement 100 % des cas, on pourrait continuer à avoir plus de contacts en ayant moins de cas », a-t-il avancé.

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Pour que ce soit le cas, il faudrait toutefois que tout le monde la télécharge, a fait valoir la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, la Dre Marie-France Raynault. « À moins de rendre obligatoire l’usage de l’application, son efficacité est marginale, a-t-elle constaté. C’est mieux que rien, mais ce n’est pas la solution au déficit de “traçage”. »

En France, certains spécialistes militent pour rendre l’application de recherche de contacts obligatoire pour les jeunes qui fréquentent les bars. Au Canada, l’usage de l’application est facultatif. L’application utilise les données recueillies par les autorités de la santé publique des provinces participantes.

Alerte COVID a été téléchargée près de trois millions de fois depuis son lancement en juillet dans les quatre provinces qui l’ont adoptée, soit l’Ontario, le Nouveau-Brunswick, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, selon les plus récentes statistiques du ministère fédéral de la Santé. En Ontario, un peu plus de 500 personnes qui ont reçu un résultat positif à la COVID-19 ont pris la peine d’entrer le code que leur avait fourni la Santé publique. L’application permet de recenser tous les contacts qu’ont eus ces gens avec d’autres personnes dans les deux semaines précédant leur diagnostic à l’aide de la technologie Bluetooth déjà disponible sur les téléphones intelligents.

Le premier ministre Justin Trudeau avait invité les autres provinces à adopter Alerte COVID lors de son discours du Trône la semaine dernière. Il a profité de la période des questions mardi pour lancer une fois de plus cet appel. « On sait qu’il y a des chances que ce soit disponible au Québec bientôt, a-t-il dit. Alors on veut que tout le monde fasse sa part : téléchargez l’appli gratuite et positive pour vous aider à empêcher une éclosion de COVID-19. »

Le gouvernement Legault avait évoqué l’idée de développer une application similaire québécoise, mais a finalement choisi l’application du gouvernement fédéral « déjà prête ».

Lors de leurs témoignages en commission parlementaire en août, une majorité de professeurs et de juristes avaient reconnu que l’efficacité des applications de recherche de contacts n’avait pas été démontrée. Outre le risque qu’elles peuvent représenter pour les données personnelles si elles sont piratées, elles pourraient aussi générer suffisamment de faux positifs pour créer un engorgement dans les centres de dépistage de la COVID-19 puisque la technologie Bluetooth utilisée est imprécise.

Avec Marie Vastel, Isabelle Paré et Pauline Gravel

Des manifestants indésirables

La mairesse de Montréal, Valérie Plante presse les opposants aux masques à ne pas venir dans la métropole pour manifester s’ils ne respectent pas les règles sanitaires. « Allez donc dans un champ de patates », a-t-elle lancé mardi. Les policiers seront plus présents dans les parcs. « De son côté, la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a précisé que les principales éclosions étaient survenues dans les lieux de travail — où on en a recensé 38 —, les écoles, les services de garde et dans les milieux de soins. Elle a cependant admis que la Santé publique n’avait pas enregistré d’éclosions dans les bars et les restaurants dans les dernières semaines. « La décision de [les] fermer ne s’est pas faite uniquement sur la situation des éclosions, mais davantage dans un objectif de cibler l’ensemble des lieux où on a de la socialisation pour amener les gens à rester dans leur bulle familiale ou domiciliaire le plus possible », a-t-elle expliqué.

Le Devoir

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