Les provinces réclament 28 milliards de plus en santé

Ils demandent à ce que le gouvernement fédéral augmente les transferts fédéraux en santé à 70 milliards de dollars par année.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Ils demandent à ce que le gouvernement fédéral augmente les transferts fédéraux en santé à 70 milliards de dollars par année.

Justin Trudeau fait preuve de prodigalité ces jours-ci et ses homologues provinciaux en ont pris bonne note. Les 13 premiers ministres des provinces et territoires ont revu à la hausse leur demande traditionnelle quant au financement du système de santé. Ils réclament désormais qu’Ottawa augmente de 28 milliards de dollars, dès 2021, son transfert annuel.

Depuis 2017, le transfert fédéral vers les provinces destiné à la santé augmente annuellement au rythme de la croissance de l’économie, avec un taux plancher de 3 %. Les provinces réclamaient, elles, que le taux annuel soit plutôt de 6 %. Le ton a radicalement changé vendredi. Elles demandent que ce transfert, qui était de 42 milliards de dollars cette année, passe à 70 milliards l’an prochain, ce qui représente un bond de 67 %.

« Le problème du financement des soins de santé existe depuis plusieurs années et s’est aggravé cette année avec la COVID-19. Et si on veut être capables de continuer à offrir aux Québécois et aux Canadiens des services de santé de qualité, il faut que le gouvernement fédéral fasse enfin sa part », a lancé le premier ministre François Legault, au terme de sa rencontre en personne à Ottawa avec ses homologues d’Ontario (Doug Ford), d’Alberta (Jason Kenney) et du Manitoba (Brian Pallister).

À l’origine de la création du système de santé, le gouvernement fédéral assumait la moitié des coûts. Mais la contribution fédérale a diminué progressivement au fil des ans — en même temps que les coûts ont explosé —, avec pour résultat qu’elle ne couvre plus que 22 % de la facture globale. Les provinces réclamaient depuis quelques années que cette participation remonte à 25 %. Mais vendredi, le message a aussi changé à cet égard : elles exigent désormais que la part fédérale passe d’un coup à 35 % (ce que l’ajout de 28 milliards permettrait), et s’y maintienne par la suite (ce qui nécessiterait une croissance annuelle du transfert de 6 %).

M. Legault a senti le besoin de mettre en garde son homologue Justin Trudeau contre la tentation de plutôt créer de nouveaux programmes, comme une assurance médicaments. « La semaine prochaine, il y a un discours du trône et on souhaite qu’avant que le premier ministre annonce de nouveaux programmes, de nouvelles dépenses, qu’il finance correctement les dépenses qui sont les priorités des Canadiens », a-t-il dit.

Ottawa a déjà pendant la pandémie accordé 19 milliards de plus aux provinces pour assurer une « relance sécuritaire », dont une part doit aller à la santé.

Rencontre à venir

M. Trudeau rencontrera ses homologues provinciaux pour parler des transferts en santé « dans les prochaines semaines », a indiqué son ministre des relations intergouvernementales, Dominic LeBlanc. Mais ce dernier a refusé de dire s’il estimait que la demande de 28 milliards lui paraissait réaliste.

« Je ne sous-estime jamais l’appétit des provinces pour des transferts illimités du gouvernement fédéral dans tous les domaines, alors ça ne me surprend pas », a répondu M. LeBlanc. Il n’a pu s’empêcher de décocher une flèche à l’endroit du premier ministre albertain. « M. Kenney a aussi été ministre dans un gouvernement de [Stephen] Harper qui n’était pas beaucoup enclin à écouter ce genre de demandes, alors j’ai trouvé l’ironie de cela assez agréable. »

Par ailleurs, M. Legault et ses collègues ont aussi profité de leur rencontre pour exiger d’Ottawa 10 milliards de plus par année sur 10 ans pour financer les infrastructures.

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