Les menaces contre les politiciens grimpent en flèche

Plusieurs élus ont porté plainte à la SQ récemment après avoir reçu des menaces en ligne. Pascal Bérubé a dû le faire à deux reprises en trois jours.
Photo: Simon Clark Archives La Presse canadienne Plusieurs élus ont porté plainte à la SQ récemment après avoir reçu des menaces en ligne. Pascal Bérubé a dû le faire à deux reprises en trois jours.

Les menaces proférées en ligne contre des élus québécois ont connu une importante hausse depuis un an. C’est ce que constate la Sûreté du Québec (SQ) qui demande aux internautes d’y penser à deux fois avant de publier ce type de message sur les réseaux sociaux.

« Il faut vraiment, vraiment, vraiment passer un message fort parce que là ce qui arrive, c’est que les gens souvent qui tiennent ces propos-là, ce sont des gens sans histoire, sans antécédents, qui ont une vie bien rangée, mais que derrière leur clavier [ils ont] un sentiment de sécurité et il n’y a plus d’inhibitions », a affirmé le porte-parole de la SQ, Guy Lapointe.

L’augmentation est frappante. Le corps policier a reçu 300 signalements pour des menaces en ligne à l’endroit d’élus de l’Assemblée nationale entre le 15 mars et le 15 septembre contre 53 pour la même période en 2019. C’est presque six fois plus. Les menaces fusent également dans le reste de la population. Entre le 1er janvier et le 15 septembre, la SQ a compté 1748 signalements en 2020 contre 713 en 2019.

« Ce qui arrive, c’est que les gens s’enflamment, a expliqué M. Lapointe. Il y a des débats qui font rage présentement sur les médias sociaux que ça soit le port du masque, la distanciation sociale et là vous avez tous les gens adhèrent à une théorie du complot par rapport à la pandémie et les gens ont des échanges musclés. » Les prises de position publiques des partis politiques et les annonces du gouvernement liées à la pandémie alimentent ces débats. « On dirait que les gens deviennent parfois trop émotifs », a-t-il ajouté.

Le réveil est assez brutal pour ceux qui reçoivent la visite de deux policiers de la SQ. Une fois l’enquête ouverte, il est déjà trop tard. Le fait de s’excuser, d’effacer la publication fautive ou de nuancer ses propos n’y change rien comme l’a fait un internaute lundi après avoir menacé le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé. Les policiers amassent la preuve, la transfèrent au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) qui décidera ensuite s’il y a matière à porter des accusations. Il n’y a pas de passe-droit.

« Une menace ce n’est pas de dire strictement à quelqu’un qu’on va le tuer, a-t-il indiqué. Par exemple, de dire à quelqu’un qu’elle ne vivra pas jusqu’au lendemain, peut-être que je n’ai pas écrit directement que j’allais tuer [la personne], mais on peut comprendre qu’indirectement on l’a menacé. Une menace comme ça qui est sous-entendue ou indirecte peut aussi être considérée comme une menace au sens du Code criminel. »

Plusieurs élus ont porté plainte à la SQ récemment après avoir reçu des menaces en ligne. Pascal Bérubé a dû le faire à deux reprises en trois jours. « Vous et votre conjointe ne pourrez plus marché [sic] dans les rue [sic] bientôt », avait écrit Lys Patriote sur Twitter avant de présenter ses excuses. M. Legault a également reçu des menaces la semaine dernière. Les enquêteurs de la SQ ont rencontré deux hommes de 59 et 65 ans. Le dossier a été remis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité mardi une motion présentée par la députée indépendante Catherine Fournier pour dénoncer « toutes formes de menaces à l’endroit des scientifiques, des journalistes et des élus, dont le premier ministre » et pour reconnaître que les autorités doivent agir contre la montée des théories du complot.

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