«Qu’on accuse ou qu’on s’excuse», le réquisitoire de Guy Ouellette contre l’UPAC

Son arrestation par l’UPAC n’était rien d’autre qu’une tentative de le «paralyser» et de le mettre «hors d’état de nuire», écrit Guy Ouellette dans son livre.
Photo: Francis Vachon Archives Le Devoir Son arrestation par l’UPAC n’était rien d’autre qu’une tentative de le «paralyser» et de le mettre «hors d’état de nuire», écrit Guy Ouellette dans son livre.

Le député indépendant Guy Ouellette taille en pièces l’Unité permanente anticorruption (UPAC), ses méthodes de travail et, surtout, son ancien grand patron Robert Lafrenière dans le livre Qu’on accuse ou qu’on s’excuse, à paraître jeudi.

Dans l’ouvrage de 336 pages, l’élu lavallois raconte les dessous de son arrestation — « illégale », comme il la qualifie dans le sous-titre de son ouvrage — le 27 octobre 2017.

Mais avant tout, il règle ses comptes avec l’ex-commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière (qu’il nomme 230 fois dans le livre), non sans écorcher le premier ministre François Legault et l’actuelle cheffe libérale, Dominique Anglade, entre autres.

« Je ne sais pas où l’UPAC s’en va, en fait, je ne suis plus du tout convaincu de l’utilité de l’UPAC », écrit l’ex-policier de la Sûreté du Québec, autrefois responsable de la lutte contre les motards.

Guy Ouellette dit pourtant avoir contribué à la création de la défunte Unité anticollusion (UAC), puis à celle de l’UPAC. Mais son livre détaille des luttes de pouvoir et de contrôle, notamment lors de la création de cette première unité.

J’ai réalisé qu’il [Robert Lafrenière] voulait devenir une sorte d’Edgar Hoover québécois, un homme d’ombre et de lumière doté d’un pouvoir indu et menaçant

 

De Robert Lafrenière, Guy Ouellette dit maintenant qu’il est « un homme aux ambitions démesurées », « aveuglé par sa soif de pouvoir au point de se croire intouchable » ; un commissaire qui « fai[sait] clairement passer ses intérêts personnels avant ceux de son organisation ».

À propos de l’enquête Mâchurer sur le financement libéral, il écrit qu’il ne s’agit que d’une « mise en scène pour intimider des élus ».

Le « théâtre juridico-politique » de Lafrenière

L’élu fait aussi grand cas des « opérations théâtrales au timing spectaculaire » du commissaire Lafrenière. Celui-ci a annoncé sa démission le 1er octobre 2018, jour d’élection. Il a aussi procédé à l’arrestation des ex-ministres libéraux Nathalie Normandeau et Marc-Yvan Côté le jour du dépôt du budget, en 2016. Pur « théâtre juridico-politique » qui « tourne au burlesque », juge le député Ouellette, qui croit que le commissaire a voulu assurer son renouvellement à la tête de l’UPAC avec ces arrestations.

« J’avais acquis la conviction que Robert était prêt à beaucoup de choses pour arriver à ses fins. J’ai pensé à Machiavel, mais ce n’était pas ça. […] J’ai réalisé qu’il voulait devenir une sorte d’Edgar Hoover québécois, un homme d’ombre et de lumière doté d’un pouvoir indu et menaçant », écrit-il. « Les parallèles à faire avec le directeur du FBI qui a régné sur Washington pendant des décennies étaient nombreux et donnaient froid dans le dos. »

Dans le contexte, l’arrestation du député par l’UPAC n’était rien d’autre qu’une tentative de le « paralyser » et de le mettre « hors d’état de nuire », écrit-il. À l’époque, Guy Ouellette présidait la Commission des institutions, celle-là même devant laquelle le commissaire Lafrenière était appelé à rendre des comptes. Son ouvrage témoigne de l’importance qu’il accorde au privilège parlementaire, qui doit permettre aux élus d’exercer leur rôle en toute indépendance.

Il sert aussi à rappeler qu’à ce jour, le député ne fait toujours pas l’objet d’accusations. Et même : l’État a renoncé à défendre son droit de fouiller les documents qu’il a saisis le jour de l’arrestation, rappelle l’élu, qui poursuit le gouvernement pour atteinte à sa réputation.

Guy Ouellette reproche aussi au premier ministre Legault d’avoir utilisé une « basse tactique électoraliste digne du temps de Maurice Duplessis » lorsqu’il a déclaré que l’élu (alors libéral) avait collaboré avec la CAQ pour embarrasser le gouvernement libéral.

Il dresse un portrait dur de Dominique Anglade, une femme qui a « soif de pouvoir » et qui est « opportuniste », selon lui.

Quant à lui, il assure n’avoir « rien à voir avec les fuites sur les enquêtes de l’UPAC ». Mais il affirme sans détour que la haute direction de l’UPAC a elle-même orchestré ce coulage médiatique. De quoi mieux comprendre sa décision de retenir les services de l’avocat Jacques Larochelle dans sa poursuite contre l’État, puisque celui-ci défend cette même thèse afin de faire annuler le procès d’un autre de ses clients, Marc-Yvan Côté.

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