L’opposition reproche à Legault d’avoir «sous-traité» son plan de relance

«On n’a pas besoin d’aller voir des compagnies externes pour essayer d’avoir un plan de relance», a fait valoir la cheffe de l’opposition officielle à Québec, Dominique Anglade en commission parlementaire mercredi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «On n’a pas besoin d’aller voir des compagnies externes pour essayer d’avoir un plan de relance», a fait valoir la cheffe de l’opposition officielle à Québec, Dominique Anglade en commission parlementaire mercredi.

La cheffe de l’opposition officielle, Dominique Anglade, reproche à l’équipe de François Legault d’avoir « sous-traité sa réflexion économique » à une firme de consultants privés.

Après avoir demandé l’aide de McKinsey & Company pour préparer son plan de déconfinement, l’équipe de François Legault a appelé en renfort une autre firme de consultants privée, Aviseo Conseil, pour produire son « plan de relance et de développement économique d’après COVID-19 ».

Le ministère du Conseil exécutif (MCE) — qui est le ministère du premier ministre — a accordé de gré à gré un contrat de 254 000 $ à l’entreprise québécoise le 15 mai dernier. « Étant donné qu’il y a urgence d’agir rapidement, le ministère ne dispose pas suffisamment de temps pour procéder à un appel d’offres public pour faire l’adjudication d’un contrat, considérant que les travaux de préparation du plan de relance doivent débuter rapidement », indique le MCE dans le Système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec (SEAO).

« À l’intérieur même du gouvernement, il y a pas mal de réflexion qui devrait pouvoir être faite par rapport à ça. On n’a pas besoin d’aller voir des compagnies externes pour essayer d’avoir un plan de relance », a fait valoir Mme Anglade en commission parlementaire mercredi. « S’il y avait [eu] un appel d’offres, vous savez, peut-être que j’aurais appliqué. Je pense que j’aurais fait une pas pire job ! » a ajouté l’ex-consultante, sourire en coin. L’élue a aussi rappelé que l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, avait gracieusement offert ses services au gouvernement caquiste au cours des derniers mois, mais en vain.

Panne d’idées

La chef libérale soupçonne le gouvernement caquiste d’avoir fait appel à Aviseo Conseil et à McKinsey & Company — où elle a travaillé pendant sept ans — parce qu’il est en panne d’idées. « [Chez McKinsey,] on nous embauchait quand les gens avaient besoin de voir un peu plus clair », a-t-elle expliqué lors de l’étude des crédits du ministère du Conseil exécutif.

Le 2 avril dernier, le MCE avait accordé un contrat de 1,72 million à la filiale canadienne du géant McKinsey & Company pour l’aiguiller sur une « méthodologie pour opérationnaliser les décisions entourant la levée des mesures de ralentissement de la pandémie COVID-19 » ou, plus simplement, le conseiller sur des scénarios de déconfinement.

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a demandé mercredi au chef du gouvernement de dévoiler tous les « scénarios de déconfinement » produits par la multinationale McKinsey & Company en échange de l’« argent durement gagné par les Québécois ». « [Cela] permettrait de comprendre davantage le processus de décisions du gouvernement du Québec », a-t-il fait valoir. Sa demande est restée sans réponse.

N’en déplaise au PLQ et au PQ, le gouvernement québécois continuera de sonder des firmes de consultants privées, a dit sans ambages le premier ministre François Legault. « Oui, je vais continuer de demander à des firmes de regarder ce qui se fait de mieux dans le monde. […] C’est important d’utiliser des grandes firmes pour ne pas réinventer la roue. À peu près tous les États dans le monde se sont posé les questions : Comment on déconfine ? Par quoi on commence ? Quels sont les critères utilisés ? »

M. Legault a dit trouver « spécial » que Mme Anglade — « une ancienne de chez McKinsey » — veuille le dissuader de le faire. « Moi, j’ai toujours aimé ça, savoir ce qui se fait ailleurs dans le monde pour choisir ce qui se fait de mieux au Québec. Et, jusqu’à présent, les résultats nous donnent raison », a-t-il soutenu, pointant le fléchissement du taux de chômage au Québec.

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