Anglade s’offusque du vote de confiance accordé à Arruda

Fallait-il renouveler le mandat d’Horacio Arruda comme directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint au ministère de la Santé ? Le Parti québécois et Québec solidaire sont à l’aise avec la décision du gouvernement. Mais pour la cheffe libérale, Dominique Anglade, trop de questions demeurent sans réponse pour justifier ce vote de confiance.

« Le docteur Arruda est un très bon vulgarisateur et un médecin respecté, a fait valoir mercredi l’attachée de presse du nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé. Il a toute notre confiance, et celle des Québécois. »

Sur ces bases, le Conseil des ministres avait entériné la veille la nomination de M. Arruda pour un nouveau mandat de trois ans. Horacio Arruda occupe les mêmes fonctions depuis août 2012. Jeudi dernier, il disait « vouloir continuer d’appliquer la santé publique dans le contexte d’une deuxième vague », si le gouvernement le souhaitait également.

Dans la crise de la COVID-19, M. Arruda s’est attiré tout autant de félicitations que de critiques. Sa personnalité spontanée a charmé une partie des Québécois dans les premières semaines de la pandémie.

L’enthousiasme initial à son endroit a toutefois été tempéré par plusieurs dossiers apparus à mesure que la crise s’est aggravée. Hésitations à recommander le port du masque ; succès relatif du dépistage ; ton de certaines interventions jugé en décalage avec la gravité de la situation ; transparence remise en doute ; etc.

Pour Dominique Anglade, c’est surtout la gestion faite par Horacio Arruda en amont de la crise qui soulève des questions. « Je n’ai pas l’impression qu’on a [bien] anticipé et préparé » le combat contre la COVID-19, disait-elle mercredi en entretien.

« Il a fallu deux mois après [la confirmation des premiers cas en dehors de la Chine] pour qu’on mette en place une cellule de crise. Pourquoi ? Je n’ai pas eu de réponse à ça », dit celle qui a questionné le gouvernement là-dessus à l’Assemblée nationale.

« Avant de se prononcer sur la reconduction du mandat de M. Arruda, on aurait souhaité savoir comment on arrive au résultat d’aujourd’hui, avoir des réponses à des questions de base qui sont fondamentales. »

Il a fallu deux mois après [la confirmation des premiers cas en dehors de la Chine] pour qu’on mette en place une cellule de crise. Pourquoi? Je n’ai pas eu de réponse à ça.

 

Transparence

La cheffe de l’opposition officielle estime qu’il « y aurait eu lieu d’assurer plus de transparence dans le processus » de renouvellement du mandat du directeur national de santé publique. Et le Parti québécois est d’accord sur ce point — tout en soulignant n’avoir rien contre le choix d’Horacio Arruda.

« Le gouvernement a décidé de le reconduire en pleine pandémie : ça s’imposait, à moins d’avoir des motifs sérieux » d’agir autrement, affirme le chef parlementaire, Pascal Bérubé. Malgré différentes critiques formulées au fil de la crise, M. Bérubé ne voyait pas de « raisons majeures de changer de directeur national de santé publique » à ce stade.

Sauf qu’il soumet le fait que cette nomination ne devrait pas relever du Conseil des ministres, mais plutôt d’un vote aux deux tiers des voix de l’Assemblée nationale — une idée qu’approuve Mme Anglade. Le commissaire de l’UPAC (Unité permanente anticorruption), le Directeur général des élections ou le vérificateur général du Québec sont notamment nommés de cette façon.

Pascal Bérubé se questionne aussi sur « l’indépendance [d’Horacio Arruda] par rapport au politique ». Il y a lieu de « réfléchir tout de suite sur [le bien-fondé] que le directeur national de santé publique soit aussi sous-ministre adjoint », pense-t-il.

Dans l’immédiat, il souhaite aussi que M. Arruda « corrige l’impression qu’il a laissée » lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle, où on lui a demandé s’il avait des ambitions politiques.

« Absolument aucune, avait-il répondu. Mais dans ma vie, j’ai dit que je ne ferais pas certaines choses, et j’ai fini par les faire. Donc, si on me pose la question, je n’ai pas d’ambitions politiques, mais je ne dis pas que je ne le ferai pas, parce que si je dis “je ne le ferai pas”, je vais finir par le fare… » Pascal Bérubé juge que « des questionnements vont surgir s’il ne ferme pas la porte » plus clairement.

Au-delà d’Arruda

Pour Québec solidaire (QS), le gouvernement a pris une « décision justifiée » en renouvelant le mandat de M. Arruda. « Ce qui apparaît important à ce moment, c’est la stabilité », indiquait mercredi le député Sol Zanetti.

Les changements récents à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux — où Christian Dubé a remplacé Danielle McCann, et où on a aussi changé de sous-ministre — étaient déjà bien suffisants, dit-il. Ajouter M. Arruda à la liste « n’aurait pas été rassurant ». « Ç’aurait créé une instabilité malvenue », surtout dans le contexte où une deuxième vague de contamination pourrait frapper.

Plus largement, QS estime que « peu importe le point de vue qu’on peut avoir sur le travail de M. Arruda, il ne faut pas que ça vienne occulter les vrais problèmes qu’on a eus dans cette crise, et qui datent d’avant la pandémie », soutient Sol Zanetti.

Il évoque ainsi « l’austérité libérale » et différentes « politiques adoptées au fil des ans par les gouvernements, et non par la Santé publique ». Les milliers de morts enregistrées au Québec résultent « moins de la gestion de la Santé publique que de l’état dans lequel le système a dû affronter cette crise, soutient Sol Zanetti. Notre tendon Achille a été révélé : la faiblesse du système public et tout le système d’hébergement pour les aînés. »


À voir en vidéo



 

Une version précédente de ce texte, qui présentait l'UPAC comme l'Unité permanente anti-pollution, a été modifiée.
 
29 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 2 juillet 2020 06 h 07

    Grosses questions sur la gestion de la crise dans les résidences pour personnes âgées (RPA).

    Bien sûr qu'il y avait du manque de personnel dans les RPA, mais...

    Quand la Colombie-Britannique et le Nouveau-Brunswick ont constaté que c'était des nids à infection, on a vite établi des zones chaudes et des zones froides respectées et on a fermement interdit le passage du personnel de l'une à l'autre dans une résidence et interdit le passage d'une résidence à l'autre,. Et on était conscient de la nécessité de bien équiper les employés en zone chaude.

    Au Québec, on faisait des équipes volantes, qui se promenaient d'une résidence à l'autre, la frontière entre zone chaude et froide était poreuse et les employés au front, dans les zones chaudes, sous-équipés. Des camionnettes des agences de placement pleines de préposés d'agence les regroupaient collés les uns aux autres pour les amener au lieu de travail et ils travaillaient en différentes résidences, des nids à infection, d'une journée à l'autre. On aurait voulu le faire exprès pour propager la maladie que l'on n'aurait pas fait beaucoup mieux. Ça a pris beaucoup de temps avant de corriger ces erreurs manifestes.

    On avait recours aux agences parce qu’on manquait de personnel, mais même avec les employés issus des agences il aurait été possible de n’affecter des groupes de personnel qu’à des résidences désignées.

    Ce problème a pu être une cause importante de la transmission communautaire, par le biais des préposés aux bénéficiaire infectés dans les résidences retournant chez eux.

    La science connue depuis des lustres suffit pour savoir que l’on doit limiter les contacts entre personnes infectées et personnes non infectées et protéger le personnel en contact avec des personnes infectées. Base des actions de la C.-B. et du N-B. qui, elles, on mieux agi en temps utile.

    Et moins on en sait sur la contagion, plus on doit être prudent. Par exemple, si on ne sait pas si le virus est ou non contagieux avant symptômes, on sait que c'est le cas de plusieurs virus connus, et donc possible.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 juillet 2020 09 h 21

      Même avec un manque de personnel, il est possible de n'affecter des membres donnés du personnel qu'à des zones et résidences désignées. Le manque de personnel n'empêche pas non plus de respecter rigoureusement les frontières entre zone chaude et zone froide.

  • Francois Ricard - Abonné 2 juillet 2020 06 h 11

    Le tandem Arruda-Legault responsable de la mort de nombreuses personnes âgées.

    Fin janvier, l’OMS recommandait de tester, isoler, traiter.Dès le début, c’est ce que le tandem Arruda-Legault aurait dû faire dans les CHSLD et les Résidences pour personnes âgées.Ce n’est que le 7 avril que le gouvernement Legault a décrété l’état d’urgence dans ces résidences et CHSLD.Ce tandem a totalement ignoré ce qui se passait en France, en Italie chez les personnes âgées depuis les tout premiers jours de mars.Nos personnes âgées ont écopé. Plusieurs sont même mortes de façon indigne : de déshydratation, d’inanition, dans leurs excréments, tout fin seules.
    Le tandem Legault-Arruda est responsable de l'hécatombe survenue en nos résidences pour vieux.Le dr Arruda l'a reconnu. On a tardé à interdire la visite en ces endroits de voyageurs revenant de l'étranger et on a aussi permis aux équipes volantes de se promener d'un établissement à l'autre. On aurait voulu que le virus s'implante bien et vite en ces endroits que l'on n'aurait pas fait autrement.Cette absence de protocoles n'est pas due aux carences accumulées, à la négligence systémique ayant cours depuis des années. Non. Le gouvernement Legault avait entière juridiction.Il devait agir. Il ne l'a pas fait.Et c’est ce que l’on leur reproche.La mort de vieux dans des conditions affreuses.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 juillet 2020 06 h 32

    … s’en OFFUSQUER ???

    « Avant de se prononcer sur la reconduction du mandat de M. Arruda, on aurait souhaité savoir comment on arrive au résultat d’aujourd’hui, avoir des réponses à des questions de base qui sont fondamentales. » (Dominique Anglade, Cheffe, PLQ)

    Bien sûr que certes, mais et mais il appartient, de volonté politique, avec ou sans l’assentiment de l’ANQ, à la Gouvernance de « savoir » ce qu’elle cherche lorsqu’il s’agit de conduction, renouvellement ou de nomination de « haut-fonctionnaire » à des postes susceptibles d’assurer ou de pérenniser quelque chose en lien avec des compétences et transparences souhaitées ou désirées !

    De ce point de vue, et tout en sachant ce que Mme Anglade et autres chefs de Formation politique SAVENT déjà, lorsqu’une nouvelle Gouvernance arrive au Pouvoir. les nominations-reconductions se font habituellement par Décrets, avec, ou selon ???, sans le consentement de l’ANQ !

    De ce qui précède, une question-constat :

    Si tout le monde sait et à moins d’appeler des modifications majeures de l’actuelle structure politique relative aux nominations-reconductions de Mandat, pourquoi …

    … s’en OFFUSQUER ??? - 2 juillet 2020 -

    • Jean Hamelin - Abonné 2 juillet 2020 09 h 14

      Monsieur Ricard si voulez accusé quelqu'un commencer par Justin trudeau c' est lui qui avait le contrôle de l' entrée du virus au pays la nomination d' un poste à j' onu était plus importante pour lui que le virus et son équipe ministérielle à pris un temps fou avant de réagir et de créer une cellule pour lutter contre la pandémie après cette crise il aura des comptes à rendre aux familles des aînées qui ont perdus un être cher

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 juillet 2020 10 h 31

      De « Pouvoir. les », lire plutôt « Pouvoir, les » (Mes excuses !)

  • Raymond Labelle - Abonné 2 juillet 2020 06 h 35

    Un grand pédagogue?

    J’avoue m’interroger quand on dit trouver que Arruda est un grand pédagogue. Explications pas claires allant de façon désordonnée dans toutes sortes de directions indéfinies, contradictions constantes, mauvais messages, mauvais usage de la langue. Sur le masque, sur le déconfinement. Dire d’avance que l’on ne procédera pas à un second confinement alors que l’évolution de la situation est imprévisible. Dire que ce n’est pas grave si quelqu’un de Montréal va en région quand on sait que Montréal est le cœur de la pandémie. Le guide vers qui on se tourne ne tourne pas des vidéos de danse et ne pleure pas en public dans le pathos. Une personne qui a le coffre n'a pas besoin de se faire expliquer ça. Parmi de multiples exemples.

    Et cette conférence sur le cannabis au Maroc en février (suivie de vacances) dont personne ne lui aurait reproché l'annulation de sa participation quand on sait depuis janvier que la situation pourrait devenir critique. On planchait déjà en Colombie-Britannique au même moment.

    Triste à dire, mais M. Arruda paraît mal à côté de ses homologues de d’autres provinces et du fédéral, voire de la ville de Montréal (le plus souvent des femmes d’ailleurs).

    • Raymond Labelle - Abonné 2 juillet 2020 09 h 17

      Que tant de gens trouvent que Arruda est un grand pédagogue me trouble sur la société québécoise. Il explique mal en allant dans toutes les directions de façon désordonnée, sans faire les liens logiques, ou avec des liens relâchés et peu rigoureux, et en laissant des trous dans le raisonnement. Mais il est divertissant. Il est cool. Être bon pédagogue c'est être cool et divertissant, même quand on explique mal.

    • Raymond Labelle - Abonné 2 juillet 2020 09 h 30

      Sa toute dernière parmi de multiples. Un jour il justifie combien c'est tellement mieux de donner les chiffres une seule fois par semaine que, par jour pour, dès le lendemain, justifier le contraire comme si nous avions déjà oublié ce qu'il avait dit la veille. Par des raisonnements peu logiques.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 2 juillet 2020 16 h 26

      Au contraire je trouve que M.Arruda à su toucher les jeunes ados et adultes, peu enclin à écouter les conseils disciplinaires volontaires et grand transmetteur de par leur style de vie.

      Il aurait certainement plus de facilité à influencer les américains malgré l'imbécilité de leur président que le pauvre Dr.Fauci, brillant, précis mais dépourvu de charisme.

      Chialer contre Arruda c'est tirer sur le messager, il a fait une excellente je job de communication, il a uni les québécois de tout âge dans le combat contre le covid avec humour et autodérision.

      Ses méthodes ont très certainement contribué à alléger l'anxiété général au QC pendant le confinement.

  • Joane Hurens - Abonné 2 juillet 2020 07 h 45

    Tout de même

    Prolonger un voyage d’affaire en voyage d’agrément au Maroc alors qu’il admet avoir compris que le Québec n’échapperait pas à la pandémie dès février relève de l’inconscience pour un directeur de santé publique. Comment expliquer le fait que le gouvernement a pensé commander le matériel de protection sanitaire trois semaines après les provinces de l’ouest? Cette pénurie, en partie évitable, a été un des facteurs-clé contribuant au bilan catastrophique du Québec de la gestion de cette crise.
    Et que dire du port du masque dans les commerces? Arruda dit attendre que la courbe reprenne vers le haut pour l’imposer. Je ne suis pas experte en santé publique mais n’est-ce pas ce type de raisonnement qui mène à la catastrophe états-unienne actuelle?

    Est-ce que notre bilan aurait été différent si nous avions eu un directeur de santé publique plus sage et prévoyant que le sympathique dr Arruda? Je pense que la gestion de la Colombie-Britannique nous donne quelques pistes.