Première commission parlementaire virtuelle de l’histoire à Québec

Pierre Fitzgibbon (photo) et Jean Boulet ont répondu tour à tour aux questions d'élus de l’opposition, à l'occasion de la première commission parlementaire virtuelle de l'histoire du Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Pierre Fitzgibbon (photo) et Jean Boulet ont répondu tour à tour aux questions d'élus de l’opposition, à l'occasion de la première commission parlementaire virtuelle de l'histoire du Québec.

Les élus d’opposition sont sortis de l’ombre vendredi pour questionner des membres de l’équipe de François Legault pour la première fois depuis le début de l’état d’urgence sanitaire.

Ils ont questionné tour à tour les ministres Pierre Fitzgibbon et Jean Boulet sur le plan de sortie de crise du gouvernement caquiste, tout en respectant scrupuleusement les règles de distanciation sociale.

En effet, ils se trouvaient à desdizaines sinon des centaines de kilomètres les uns des autres, installés dans leur bureau de circonscription ou à leur domicile.

L’Assemblée nationale a fait des pieds et des mains pour organiser la première commission parlementaire virtuelle de son histoire.

Munie d’un casque d’écoute digne d’une directrice de vol d’une mission spatiale, l’élue caquiste Claire Isabelle a présidé les deux débats d’une heure chacun. « Merci pour le bel échange », disait-elle, à chaque fin de bloc, visiblement ravie de la fluidité des échanges virtuels.

Seul couac : la voix du député péquiste Martin Ouellet était inaudible pendant de longues secondes, ce qui a forcé la députée de Huntingdon à suspendre la diffusion de la commission parlementaire. Les auditeurs de la chaîne de l’Assemblée nationale ont alors pu écouter un extrait du morceau Sous l’eau, d’Alexandra Streliski.

Baignés dans une aura de pixels, les élus étaient posés devant un rideau virtuel sur lequel on pouvait lire « Assemblée nationale ». Seul le drapeau du Canada posé derrière Carlos Leitão est parvenu à le percer.

 

L’ex-ministre libéral des Finances ne s’est pas gêné pour critiquer l'« optimisme » démesuré affiché par M. Fitzgibbon. Pour relancer l’économie, « il faut faire tout ce qu’il faut », quitte à enregistrer des déficits à répétition, a-t-il soutenu.

Sa collègue Dominique Anglade a demandé comment le gouvernement caquiste comptait « intégrer les valeurs, sociales, environnementales, régionales, dans [son] plan de relance ».

Après s’être dit « heureux [de] retrouver virtuellement » ses consœurs et confrères de l’opposition, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a souligné la nécessité d'« anticiper le nouveau monde » post-coronavirus. « La préoccupation écologique va prendre encore plus de sens. Et […] je pense qu’on est dans un environnement de capitalisme coopératif », a-t-il fait valoir.

Le député d’Hochelaga-Maisonneuve, Alexandre Leduc, appelle à « faire plus fréquemment » d’auditions de ministres d’ici le retour à la vie parlementaire normale. Il reprochait vendredi à « [son] ami Jean Boulet » de répondre longuement à ses questions. « Il parlait, il parlait, c’était frustrant », a renchéri le député de Rimouski, Harold LeBel.

Les rôles d’un député

« Ça ne peut pas durer toujours comme ça. On a un rôle à jouer », a lancé M. LeBel, au terme des auditions des ministres Fitzgibbon et Boulet. Un rôle de député d’opposition.

Depuis la mi-mars, les élus libéraux, solidaires et péquistes relayent les préoccupations et les propositions des résidents de leur circonscription aux membres du gouvernement, auxquels, reconnaissent-ils, ils bénéficient d’un bon accès.

Les chefs parlementaires des partis d’opposition — Pierre Arcand, Manon Massé et Pascal Bérubé — sont informés de l’évolution de la crise de la COVID-19 par le premier ministre, François Legault, deux fois par semaine.

Cela dit, les députés veulent s’acquitter de leur rôle de « représentant » de « leur » population, mais égalementde ceux de « contrôleur » et de « législateur », ce qu’ils peinent à faire lorsque l’Assemblée nationale ne siège pas et que l’exécutif gouverne à coups de décrets et d’arrêtés ministériels, ont-ils dit vendredi.

Aux yeux du leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, « l’exercice [des auditions de M. Fitzgibbon et de M. Boulet] a été formateur pour tous ». « On s’est battus fort pour l’obtenir », a-t-il fait remarquer.

Le député de la Côte-Nord pense qu’il est possible d’organiser des auditions de ministres et des votes des 125 députés de l’Assemblée nationale à distance au temps de la COVID-19, mais pas de périodes de questions ou encore d’études détaillées de projet de loi.

 

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