Une formation au rabais pour les futures infirmières?

Les appels à l’aide du premier ministre pour obtenir des renforts en CHSLD demeurent largement ignorés, à la lumière des chiffres que Québec a présentés lundi.
Photo: Michael Monnier Le Devoir  Les appels à l’aide du premier ministre pour obtenir des renforts en CHSLD demeurent largement ignorés, à la lumière des chiffres que Québec a présentés lundi.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, fait miroiter un « accès direct » à la profession d’infirmière à tous les finissants qui s’enrôlent comme préposés aux bénéficiaires dans un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Sa proposition a fait bondir l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Le gouvernement québécois multiplie les méthodes pour attirer les renforts dans les milieux pour aînés, vu « l’urgence nationale » qui s’y déroule. M. Roberge a invité, dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie, des milliers d’étudiants à « prêter main-forte au personnel infirmier et aux préposés aux bénéficiaires qui œuvrent dans le réseau de la santé ». Pour les inciter à joindre les rangs du personnel des CHSLD, l’élu souligne aux finissants des programmes de soins infirmiers, d’inhalothérapie, de radiodiagnostic et de travail social que « s’il vous reste au plus l’équivalent d’une session à temps plein pour terminer votre formation, un accès direct à votre profession est possible, sous certaines conditions ». « Le réseau de la santé a besoin de vous », écrit-il dans le document de deux pages.

Pour faire cette offre, M. Roberge s’appuie sur un arrêté ministériel signé quelques heures auparavant par sa consœur Danielle McCann.

Le président de l’OIIQ, Luc Mathieu, s’est dit « surpris » lundi par la « teneur » de cet arrêté bousculant le processus normal d’obtention d’un permis d’exercice au Québec. « C’est un peu inquiétant de donner un permis de pratique plein et entier à des étudiants qui non seulement n’ont pas complété leur formation, mais n’ont pas passé l’examen du droit de pratique. […] C’est assez particulier », affirme-t-il dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. Il prend par la suite soin de rappeler la mission de l’OIIQ, soit « s’assurer de la protection du public et de la compétence de ses membres ».

Dans sa forme actuelle, l’arrêté de la ministre Danielle McCann met-il en danger la sécurité de la population ? « Ça dépend [de ce que] les établissements de santé vont faire avec ces étudiants-là », répond M. Mathieu.

Une lettre qui prête à confusion

La lettre du ministre Roberge a semé la confusion à un point tel que certains cégeps ont décidé de l’accompagner d’un préambule, dans lequel ils précisent que le déploiement en CHSLD « n’est pas nécessairement une voie rapide » à l’accès à une profession réglementée. Après la crise, les étudiants devront terminer leur formation afin d’obtenir leur diplôme d’études collégiales (DEC) et ensuite subir leur examen de l’Ordre, indique la Fédération des cégeps au Devoir. Certains cégeps situés dans des régions épargnées par la COVID-19 n’ont, quant à eux, tout simplement pas transmis la missive à leurs étudiants.

Virginie Pelletier, étudiante en technique de radiodiagnostic au cégep de Sainte-Foy, a reçu la lettre du ministre jeudi dernier. Elle est disposée à contribuer à l’effort de guerre dans les CHSLD « en échange » des crédits manquants pour obtenir son DEC. Le cégep, le ministère et l’Ordre des technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale du Québec ne s’entendent pas sur la marche à suivre. « Nous sommes plusieurs étudiants dans cette situation, qui sont prêts à agir pour aider, mais, malheureusement, nous sommes coincés, car l’école, notre ordre professionnel et le ministère ne communiquent pas entre eux et nous en empêchent », déplore-t-elle dans un échange avec Le Devoir. « Ils se lancent tous la balle. C’est frustrant. »

Les renforts manquent à l’appel

Les appels à l’aide du premier ministre pour obtenir des renforts en CHSLD demeurent largement ignorés, à la lumière des chiffres que Québec a présentés lundi. De 1800 la semaine dernière, le nombre d’employés manquants dans les CHSLD est passé à 2100. Et pourtant, « on a amené 65 personnes de l’armée canadienne, on a amené une centaine de médecins à temps plein », a énuméré François Legault.

Seules « une couple de dizaines » d’entreprises d’économie sociale ont levé la main, tandis que le gouvernement « espérait vraiment en avoir au moins 1000, et sinon plus », a aussi souligné la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Autre écueil : le nombre de volontaires sur le site Je contribue ! est passé de 50 000 à 19 000 une fois qu’un tri a été effectué. Québec en a jusqu’ici contacté 4000, et il s’affaire à appeler les 15 000 autres « pour voir leurs disponibilités », a déclaré le premier ministre.

Cela étant, « on a eu beau revoir Je contribue !, les médecins spécialistes, les étudiants, il nous en manque encore 2000 », a-t-il ajouté. Dans l’ensemble du réseau, 6000 employés sont absents du travail parce qu’ils ont contracté la COVID-19 ou qu’ils ont peur d’être infectés sur leurs lieux de travail.

Pour « éviter qu’il y ait trop de va-et-vient, d’entrées et de sorties dans chacune des résidences », Québec cherche des volontaires qui sont disponibles à temps plein. Dans l’espoir d’en trouver, le gouvernement s’est entendu avec les fédérations de médecins afin que les hôpitaux limitent leurs activités aux cas urgents. M. Legault a demandé aux médecins, et « en particulier » aux médecins spécialistes, d’aller travailler en CHSLD « à temps plein pour deux semaines, le temps de reprendre le contrôle ».


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3 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 21 avril 2020 06 h 34

    ???

    Ma mère a fait sa formation en internat du temps des "soeurs". Puis, environ 5 anées dans les FAC. Puis, elle est retournée comme infirmière dans les hôpitaux "publiques" - c'est-à-dire ouverts à tous... Mais payant pour les malades - sinon peut-être une oeuvre de charité en assumait les couts Elle a terminé sa carrièreà un poste équivalent à ce qu'aujourd'hui la bureaucratie nomme "infirmière chef". Elle procédait à des amputations ainsi qu'à une foule autres interventions... Et elle nétait pas la seule à pouvoir faire cela. Quans des copines infirmières venaient souper les sujets de converations étaient le "coment on fait cela", Je me souviens aussi que c'était avant les conventions collectives, et les salaires étaient très très petits... et pas de régime de retraite plaqué or... Sans patentes de ci et de ça par les administrations pour se protéger les fesses. Les médecins aussi étaient pas "gras durs" comme aujourd'hui...
    Avant de crier que le système collégial est merveilleux... Encore faudrait-il que quelqu'un, quelque part, regarde attentivement le cursus scolaire de ces établissements... La même chose pour le milieu universitaire. Il en serait bouché bée des naiseries qui se font là. Pas pour tous les cours, mais pour une partie fort significative. Comme n'importe quelle brureaucratie, le système s'étudie par lui-même, se jusfifie par lui-même... et grossit grossit, grossit... Mais jamais, au grand jamais de remise en question du système en lui-même. Mieux on invente des nouvelles patentes du style "infirmières praticiennes"... Tient donc, les autres y vont quoi? Du macramé.

  • Sylvain Fortin - Abonné 21 avril 2020 14 h 15

    L'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec a raison de bondir. L'examen de permis de pratique que les finissants en soins infirmiers doivent passer permet d'éliminer des dangers publics potentiels.

  • Yves Corbeil - Inscrit 21 avril 2020 15 h 48

    Ceux qui à qui ils restent le dernier stage en milieux

    C'était clair hier et ça vous a été reconfirmé aujourd'hui. Suffit juste d'écouter les réponses des fois, quoi que des fois je vous l'accorde les réponses sont assez confuses merci. Et il y a toujour l'évolution de la situation qui mène à des changements de stratégies.