Legault préfère rester en retrait

Le Dr Richard Massé a présenté les scénarios «optimistes» — portugais et allemand — et «pessimiste» — italien — auxquels le Québec se réfère.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le Dr Richard Massé a présenté les scénarios «optimistes» — portugais et allemand — et «pessimiste» — italien — auxquels le Québec se réfère.

Contrairement à ses homologues ontarien, Doug Ford, et albertain, Jason Kenney, François Legault a choisi de rester à l’écart de la présentation de la projection de la propagation de la COVID-19 dans sa province. Le premier ministre québécois cherchait à ne pas politiser cet exercice de transparence attendue du grand public, insiste sa garde rapprochée. « C’est important que la population voie que c’est un scénario qui n’est pas politique. C’est un scénario qui est fait par des scientifiques, par des experts », a déclaré M. Legault lors de sa conférence de presse quotidienne, à 13 h.

Le chef de gouvernement a dit s’être acquitté de sa « responsabilité » qui, selon lui, consistait à s’assurer que les fonctionnaires du ministère de la Santé aient les réponses aux questions de la population québécoise. « Mais ce n’est pas moi qui dicte les réponses », a-t-il répété. Le Dr Richard Massé a été envoyé au front afin de présenter les scénarios « optimistes » — portugais et allemand — et « pessimiste » — italien — auxquels le Québec se réfère.

 

Des membres de la garde rapprochée de François Legault avaient prévenu Le Devoir : « Ce ne sera pas la grosse affaire. » La projection dévoilée mardi s’arrête net au 30 avril. Il ne s’agit ni d’une modélisation ni d’une prédiction, a-t-on répété aux journalistes. Sur les conseils des experts de santé publique, on a refusé de hasarder le nombre de vies qui seront sauvées grâce aux mesures prises par le gouvernement durant la pandémie.

La semaine dernière, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, avait évalué à pas moins de 85 000 à 97 000 le nombre de décès qui seront évités en raison des mesures de santé publique ordonnées par le gouvernement.

Se préparer au pic

Le rôle du gouvernement consiste à assurer la disponibilité des ressources humaines et matérielles pour soigner les personnes atteintes du nouveau coronavirus au moment où elles auront besoin d’aide. Les experts, quant à eux, prévoient le « pic » de patients atteints de la COVID-19 autour du 18 avril prochain. Selon les projections, 468 personnes seront alors hospitalisées aux soins intensifs dans le cas du scénario le plus optimiste. Plus de lits qu’il n’en faudrait alors ont été mis de côté pour elles, soit 633.

« On est en train d’atteindre bientôt le fameux sommet mais, même si c’est encourageant, la bataille n’est pas gagnée », a dit M. Legault mardi, lui qui s’est donné comme défi de rallier le plus grand nombre de Québécois au mouvement contre le nouveau coronavirus, mais sans « alarmer » qui que ce soit. « Il ne faudrait pas que tous les efforts qu’on a faits depuis quelques semaines soient gâchés en changeant ça pour le reste du mois d’avril », a-t-il poursuivi.

« Corriger » et « ajuster »

Le premier ministre a pris soin mardi de remercier les élus, toutes formations politiques confondues, qui lui ont formulé « plein de suggestions depuis le début de l’état d’urgence sanitaire. « On corrige, on ajuste les gestes du gouvernement en fonction de ce qui vient du terrain par les 125 députés », a-t-il fait valoir.

Le numéro un de la Santé publique, Horacio Arruda, brillait aussi par son absence lors du dévoilement des scénarios de propagation de la COVID-19 au Québec. Il ne fallait pas y décoder une désapprobation de la présentation faite mardi en fin de journée. « Dr Arruda et moi, on se complète un peu comme les doigts d’une main, honnêtement. En tout cas, j’espère que vous ne voyez pas de dissension entre [nous] deux », a affirmé Richard Massé, qui a déjà assumé les responsabilités de directeur national de la santé publique (1998-2003).