Plus d’un million de masques retenus en Inde

Ces masques pour usage sanitaire et industriel ont été commandés par la filière canadienne de Protective Industrial Products, dont le siège social est à Laval.
Photo: Darryl Dick La Presse canadienne Ces masques pour usage sanitaire et industriel ont été commandés par la filière canadienne de Protective Industrial Products, dont le siège social est à Laval.

Près d’un million et demi de masques qui pourraient servir au réseau de la santé sont coincés dans des conteneurs en Inde depuis le mois de février. Ces masques pour usage sanitaire et industriel ont été commandés par la filière canadienne de Protective Industrial Products (PIP), dont le siège social est situé à Laval. L’entreprise compte quelque 500 distributeurs d’un bout à l’autre du pays.

« On attend après [les masques], mais le gouvernement indien a fermé ses frontières et retient tous les équipements de protection respiratoire », a expliqué le vice-président des ventes et du marketing pour PIP Canada, Sylvain Lefebvre, en entrevue au Devoir. « Il y a une seule usine en Inde qui fabrique des respirateurs [certifiés] et c’est sûr qu’avec ce qui se passe autant dans leur pays que dans le nôtre, le gouvernement a mis la main là-dessus et ne veut pas relâcher rien. »

Le gouvernement de Narendra Modi a bloqué les exportations d’équipement de protection sanitaire, comme les masques N95, à la fin du mois de janvier après la détection du premier cas officiel d’infection au coronavirus sur le territoire indien.

   

La commande de PIP Canada avait été passée chez Venus Health and Safety, son fournisseur habituel en Inde. L’entreprise avait même versé un acompte d’environ 400 000 $. M. Lefebvre s’attendait donc à recevoir huit conteneurs de masques N95 certifiés — utiles pour protéger le personnel de la santé — ainsi que de masques P95 et P100 — qui servent surtout dans le milieu industriel, notamment pour la peinture au pistolet et la décontamination de l’amiante. « Le premier des huit [conteneurs] devait décoller pour être chez nous à la mi-mars, a-t-il raconté. À la mi-février, on a reçu un courriel d’eux nous disant que ça partirait à la fin février, pour finalement se faire dire que leur gouvernement avait stoppé le conteneur au port. Depuis ce temps-là, on essaie d’avoir nos conteneurs, mais on n’est pas capables. »

Or, l’entreprise peine à fournir à la demande. Elle estime avoir vendu plus d’un demi-million de masques en quelques jours lorsque les premiers cas de la COVID-19 ont fait leur apparition au pays. « Ça a pris 48 heures et tous nos stocks de respirateurs N95 ont complètement été liquidés, les P95 et les P100 aussi », a affirmé M. Lefebvre.

Celui-ci a fait appel au gouvernement fédéral par l’entremise de son député et a récemment reçu une réponse par courriel du Haut-commissariat du Canada à New Delhi lui demandant davantage d’informations. « Je sais qu’il y a des pourparlers, a indiqué M. Lefebvre. Mais il m’a dit : “je ne peux rien vous garantir, mais si on les libère tant mieux”. »

« J’ai bon espoir que, d’un côté comme de l’autre, on va soit avoir notre argent, soit avoir un ou deux conteneurs qui vont être relâchés », a-t-il ajouté.

La question des restrictions imposées par le ministère du Commerce indien sur les exportations de produits-clés pour les soins de santé a récemment été soulevée par le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et la ministre du Commerce international, Mary Ng, lors d’appels téléphoniques. « Le Canada demande que ces restrictions à l’exportation soient résolues le plus rapidement possible et qu’un processus transparent et prévisible soit mis en place », a indiqué l’attaché de presse de Mme Ng, Ryan Nearing, en précisant que le Canada doit continuer de travailler avec l’Inde sur une « approche coordonnée pour résoudre les problèmes mondiaux de l’offre et de la demande ».

Made in Québec

Entre-temps, PIP Canada se demande si elle devrait se lancer dans la fabrication de masques dans son usine de Laval. « On se rend compte qu’on serait bien mieux d’investir dans de l’équipement et de commencer à les fabriquer ici », a constaté M. Lefebvre. D’autant plus que le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué il y a un peu plus d’une semaine que le gouvernement québécois allait mettre l’accent sur les « approvisionnements locaux » à l’avenir. Les dirigeants de PIP Canada doivent d’ailleurs se réunir lundi pour en discuter.

Il s’agit toutefois d’un projet de longue haleine puisqu’il pourrait prendre jusqu’à dix mois avant de se concrétiser. Il faut d’abord commander les machines requises pour assembler les masques et trouver un fabricant de filtres conformes. La dernière étape consisterait à faire certifier les masques N95 auprès du National Institute for Occupational Safety and Health, une agence fédérale américaine vouée à la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles, ce qui peut prendre plusieurs mois.

PIP Canada fabrique déjà de l’équipement de protection comme des visières et des porte-visières. Elle veut également transformer sa chaîne de production d’un produit antibuée pour fabriquer du désinfectant pour les mains à base d’alcool.

5 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 30 mars 2020 06 h 36

    On n'est jamais si bien servi ....

    Que par soi-même. L"Inde ayant besoin de ces masques va les garder tout simplement

  • Jean Lacoursière - Abonné 30 mars 2020 07 h 12

    « On se rend compte qu’on serait bien mieux d’investir dans de l’équipement et de commencer à les fabriquer ici. » (Sylvain Lefebvre)

    Ah ben !

    Y a-t-il meilleur exemple des pièges de la mondialisation que ce conteneur retenu en Inde même après avoir versé un accompte de 400 000 $ au fabricant ?

    S'il est louable de vouloir fabriquer nos objets ici, encore faudra-t-il que nous les achetions au lieu de commander celui qui est moins cher, mais fabriqué à l'autre bout du monde.

    • Gylles Sauriol - Abonné 30 mars 2020 09 h 17

      Oui Monsieur
      Vous avez bien raison de le dire.....
      Quand les personnes pour ne pas dire les « consommateurs » auront compris que de faire ses achats chez tous les marchands (Walmart et cie etc) ou industriels de ce monde qui n’ont de credo que le plus bas prix et quand ces mêmes personnes auront également compris que « le plus bas prix ou plus bas soumissionnaire » est de toutes façons à peu près tout le temps synonyme de qualité douteuse sinon médiocre ; qu’ils auront compris que de s’approvisionner à l’autre bout de la planète n’est pas toujours la meilleure solution ( coût de transport élevé, pollution, risques de bris d’approvisionnement, et j’en passe.....) alors il y a fort à parier que ce sera mieux pour tout le monde...
      Mais ce jour est-il plus près de nous maintenant ? C’est à espérer

  • Jacques Bordeleau - Abonné 30 mars 2020 07 h 17

    Boomerang

    Depuis maintenant une trentaine d'années,nos détenteurs de moyens de production et tous les financiers qui gravitent autour se sont empressés, cupidement, de délocaliser nos emplois pour casser les salaires, et ensuite réoffrir des produits aussi chers à nos économies chancelantes. Vous me voyez venir? Aujourd'hui le risque est grand que nous devenions les otages de populations dont nous n'attendions que deux choses: qu'elles deviennent un cheap labor docile et stable, et qu'elles nous ouvrent complaisamment leur immense marché. Évidemment, ça ne pouvait pas durer et il n'aura fallu qu'un révélateur puissant, par exemple une pandémie, pour nous placer devant le résultat de nos affairistes.

    Jacques Bordeleau

  • Raynald Rouette - Abonné 30 mars 2020 08 h 27

    Un exemple parmi tant d’autres


    En espérant que cette pandémie sera de courte durée. Sinon beaucoup de films catastrophes produits sur le sujet risques de devenir réalité, tout particulièrement chez nos voisins du sud.