Québec tend la main aux personnes vulnérables

Québec alloue 150 millions sur cinq ans au dépistage des troubles psychosociaux chez les jeunes de 5 à 25 ans.
Photo: Mauro Grigollo Getty Images Québec alloue 150 millions sur cinq ans au dépistage des troubles psychosociaux chez les jeunes de 5 à 25 ans.

Avec son budget, Québec tend la main aux jeunes en difficulté, aux victimes de violence conjugale, aux parents d’enfants majeurs handicapés et aux autochtones.

« On avait des personnes en situation de vulnérabilité », a souligné le ministre des Finances, Éric Girard, lors du huis clos du budget.

Confronté à un nombre de signalements d’enfants maltraités ou négligés qui est en « constante progression », Québec consacre 950 millions sur cinq ans aux jeunes en difficulté (190 millions en 2020-2021). De ce nombre, 450 millions (90 millions en 2020-2021) serviront à « prendre soin des jeunes » : en ajoutant « des effectifs qui permettront de réduire les listes d’attente à la Direction de la protection de la jeunesse » et en veillant à ce que les services offerts « soient bien adaptés à chaque enfant », selon les documents budgétaires.

L’effort a été salué par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, qui a néanmoins souligné qu’au-delà des investissements, des mesures favorisant « l’amélioration de l’organisation du travail » étaient nécessaires. « On a beau dégager des budgets pour embaucher le personnel, si les conditions de travail sont exécrables, personne ne viendra travailler dans le réseau », a déclaré sa présidente.

Projet phare du ministre Lionel Carmant, le programme « Agir tôt », qui vise à détecter les troubles du développement chez les 0-5 ans, reçoit une somme additionnelle de 200 millions sur cinq ans. Québec alloue aussi 150 millions sur cinq ans aux jeunes de 5 à 25 ans, à qui il souhaite faire profiter de l’expertise d’intervenants « qui mettront en œuvre des approches de dépistage de troubles psychosociaux ». Quelque 30 millions sur cinq ans sont également alloués à la lutte à la dépendance aux écrans chez les jeunes.

De l’aide aux victimes de violence conjugale

Comme attendu, Québec dégage des sommes pour les victimes de violence conjugale — et pour les conjoints violents. Des investissements de 181 millions sur cinq ans (32 millions en 2020-2021) viennent ainsi bonifier le plan gouvernemental de lutte à la violence conjugale et les services offerts par les maisons d’hébergement. Un budget de 120 millions est réservé à ces maisons au cours des cinq prochaines années, afin qu’elles assurent la « pérennité » de leurs services et qu’elles les adaptent aux femmes en situation de vulnérabilité. Six millions sur quatre ans sont aussi consacrés à la rénovation des 420 logements destinés aux victimes de violence conjugale, qui font partie du réseau des maisons d’hébergement. « C’est historique », s’est réjouie la ministre Isabelle Charest, en rappelant que le plan d’action était auparavant accompagné d’un financement de 86 millions. « Je pense que oui, l’actualité a fait en sorte qu’on a encore plus mis en lumière cet enjeu-là et l’importance d’agir », a-t-elle ajouté.

Dans les mesures de lutte à la violence conjugale, les conjoints violents ne sont pas en reste : puisqu’il est « important [de leur] offrir des services d’aide », Québec leur consacre cinq millions sur cinq ans.

Conjointement à ces investissements, le budget Girard prévoit 165,9 millions sur six ans pour revoir les modalités d’aide et d’indemnisation des victimes d’actes criminels, maintes fois décriées par les victimes. Dans le budget, Québec inscrit notamment son désir de « redéfinir les critères et la nature de l’aide financière offerte ». Il note que « des modifications législatives seront nécessaires » pour y parvenir. Le budget dédie aussi 50 millions sur cinq ans à « l’accompagnement » et « l’aide psychologique » des victimes d’agressions sexuelles. Des investissements de 261 millions sont aussi prévus, sur cinq ans, pour accroître les initiatives en santé mentale.

Un coup de main aux parents d’enfants handicapés majeurs

Québec rattrape l’impair qu’il avait commis l’an dernier en ne dégageant pas de sommes pour les parents d’enfants handicapés majeurs. La CAQ leur avait promis de combler l’écart entre l’aide qui leur est apportée et celle qui est fournie aux familles d’accueil. Cette différence avait été chiffrée à 10 000 $ par le ministre Lionel Carmant. Puisqu’elle concerne 20 000 familles qui comptent un enfant handicapé majeur, le manque à gagner était donc de 200 millions. Dans son budget, Québec alloue plutôt 126 millions sur cinq ans, dont 20 millions en 2020-2021. Les mesures d’aide « serviront à leur assurer un minimum d’heures de service d’aide à domicile et à donner à leurs enfants l’accès à des prestations de solidarité sociale plus généreuses ».

Le budget Girard prévoit par ailleurs « soutenir les communautés autochtones », et il réserve 219 millions sur cinq ans pour parvenir à cette fin. Québec nomme divers enjeux : réussite éducative, sensibilisation des intervenants des services publics aux réalités autochtones et soutien au bien-être des femmes et des filles autochtones. Mais il se garde généralement d’allouer des sommes à des programmes précis. « La mise en œuvre de priorités [sera] définie en concertation avec les communautés », note le budget. Disant miser sur une approche « par et pour » les autochtones, le ministre Girard a dit vouloir décider avec les Premiers peuples « de l’endroit où l’argent doit aller ». Il a en outre reconnu qu’il était possible que les montants prévus aux budgets ne répondent pas à toutes les attentes.

Santé: 1 milliard en investissements… mais pas d’argent pour les «projets ratio»

Québec consacre 1 milliard en investissements additionnels à la santé dans son budget, et cette croissance des dépenses (5,3 %) est évidemment bien accueillie par les acteurs du milieu, qui dénoncent néanmoins l’absence de mesures visant à améliorer les conditions de travail de leurs employés à bout de souffle.

« On est plus que déçus. On ne comprend pas où la ministre s’en va et les promesses qu’elle a faites aux professionnels en soin ne sont pas dans ce budget-là », s’est désolée la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé, Nancy Bédard, en notant l’absence de sommes consacrées aux « projets ratio ». D’autres syndicats se sont inquiétés du manque de mesures visant à « épauler le personnel » ou à améliorer les conditions de travail « exécrables ».

Le budget indique par ailleurs que Québec entend récupérer 313 millions, en 2020-2021, en vertu des « économies » découlant de son accord avec les médecins spécialistes.

Les dépenses associées au portefeuille de la Santé et des Services sociaux atteignent 47,8 milliards en 2020-2021 et représentent 43 % de l’ensemble des dépenses de ce portefeuille, ce qui en fait le premier en importance au Québec.

Le Devoir