L’avocat de Charest demande la fin de l’enquête Mâchurer

«Il n’est pas un suspect», a déclaré l’avocat Michel Massicotte à l'endroit de son client. 
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Il n’est pas un suspect», a déclaré l’avocat Michel Massicotte à l'endroit de son client. 

L’ex-premier ministre Jean Charest demande, par l’entremise de son avocat, à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) de mettre fin à l’enquête Mâchurer, à laquelle il dit avoir offert toute sa coopération.

« Cessez cette enquête ! » a déclaré l’avocat Michel Massicotte sur les ondes de la chaîne ICI RDI vendredi avant-midi. « Nous avons coopéré. Arrêtez de dire qu’on se cache ou quoi que ce soit. Nous avons offert notre coopération et cette coopération ne semble pas être réciproque », a-t-il ajouté au lendemain de la divulgation de documents judiciaires de l’enquête sur le financement du Parti libéral du Québec datant de 2016.

Dans ceux-ci, des policiers de la Sûreté du Québec expliquaient avoir des « motifs raisonnables » de croire que des infractions au Code criminel — corruption de fonctionnaire judiciaire, fraude envers le gouvernement, entrepreneur qui souscrit à une caisse électorale et abus de confiance — avaient été perpétrées par des figures importantes du PLQ. Le nom de M. Charest figurait dans la liste des « personnes impliquées » dans cette affaire au-dessus de ceux de l’ex-collecteur de fonds du PLQ Marc Bibeau, de l’ex-directrice du financement du PLQ Violette Trépanier et de l’ex-organisateur du PLQ Pierre Bibeau. « Outre le fait qu’on dise que M. Charest est un ami de M. Bibeau — ce qu’il n’a jamais nié, ce qu’il a toujours mentionné —, il n’y a strictement rien qui relie M. Charest à quelque acte illégal », a plaidé Me Massicotte vendredi. « Il n’est pas un suspect », a-t-il insisté.

À la lecture des documents judiciaires rédigés par la SQ, on apprend que MM. Charest et Bibeau s’affichaient ensemble à des collectes de fonds organisées dans des firmes de génie-conseil ou d’avocats. Celles-ci contribuaient par la suite des dizaines de milliers de dollars la caisse électorale du PLQ — parfois grâce à un système de prête-noms. Me Massicotte jure que son client n’a jamais été mis au parfum de telles pratiques au sein du PLQ, qu’il a dirigé de 1998 à 2012. « M. Charest, ce n’est pas une personne qui tous les jours regarde le financement et se mêle de financement. Il faisait un beau discours en commençant, évidemment pour encourager les gens dans un conseil général », a soutenu Me Massicotte, avant de donner sa propre définition du « financement sectoriel » : « Vous allez au bureau d’avocats. Vous rencontrez le directeur du bureau et vous dites au directeur : “Moi, j’aimerais ça que tes avocats, les membres de ton cabinet, puissent donner de l’argent.” Ce n’est pas le cabinet qui va donner de l’argent, c’est chaque personne individuellement. Il n’y avait pas de tordage de bras là-dedans non plus », a-t-il expliqué.

Outre le fait qu’on dise que M. Charest est un ami de M. Bibeau — ce qu’il n’a jamais nié, ce qu’il a toujours mentionné —, il n’y a strictement rien qui relie M. Charest à quelque acte illégal

Aux yeux de Me Massicotte, les dénonciations en vue d’obtenir des mandats de perquisition au domicile de Violette Trépanier et au bureau de Marc Bibeau au moyen de techniques extraordinaires produites par les enquêteurs — qui ont été dévoilées après une longue bataille juridique menée par un consortium de médias — sont ni plus ni moins que la liste de « voeux de la police ». « C’est ce que la police essaie de présenter au juge pour obtenir un mandat et se rendre soit au domicile ou au lieu de travail d’un individu », a-t-il expliqué, avant de rappeler que M. Charest n’a jamais été visé par un mandat de perquisition.

Fuites médiatiques

Par ailleurs, Me Massicotte s’est plaint du « coulage jusqu’à plus soif » dans les médias d’éléments de l’enquête Mâchurer, qui a démarré il y a plus de cinq ans. La mise au jour d’informations confidentielles dans l’espace public témoigne, selon lui, de la « frustration » qui a envahi le quartier général de l’UPAC. « Devant l’évidence qu’on ne peut pas l’accuser parce qu’il n’y a pas de preuves, ils décident de faire ce qu’on appelle en anglais “a trial by media”. C’est ça qui s’est produit », a suggéré l’avocat de M. Charest sur le plateau de l’émission d’Isabelle Richer.

Il a aussi déploré les questions posées par les enquêteurs aux proches de l’ancien premier ministre, du « genre » : « Combien de robes a l’épouse de M. Charest ? » « En quoi, par exemple, est-ce utile à la commission de savoir [cela] ? » a demandé Me Massicotte.

L’avocat a toutefois accueilli d’un bon oeil la décision du nouveau commissaire à la lutte contre la corruption, Frédérick Gaudreau, de tirer un trait sur l’enquête Justesse qui visait des collecteurs de fonds du PLQ soupçonnés de corruption à la Société immobilière du Québec (SIQ). « Nous avons un moment donné été peut-être encouragés par la nomination du nouveau commissaire », a laissé tomber Me Massicotte au micro d’Isabelle Richer.

Michel Massicotte n’a pas rappelé Le Devoir.

Charest sollicité, puis ignoré?

Des policiers ont sollicité une rencontre avec M. Charest à deux reprises ; une première à la fin de l’année 2013, une seconde le 19 février 2014. « Nous avons accepté de répondre à leurs questions. […] Nous n’avons eu aucune autre nouvelle d’eux autres », a déploré l’avocat spécialisé en droit criminel, pénal et disciplinaire. L’ex-chef de gouvernement a finalement été interrogé par un procureur de la Commission Charbonneau ainsi que deux policiers. « Dans une déclaration de 300 pages ― 300 pages ! ― M. Charest s’est expliqué sur, principalement, le financement politique et même sur sa relation avec M. Bibeau. De ça, on n’a jamais entendu parler », a souligné à gros traits Me Massicotte.

 
6 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 18 janvier 2020 01 h 11

    « Deaf, blind and dumb »

    Si je comprends bien ce que Me Massicotte nous dit de son client Jean Charest, c'est que ce dernier, en plus d'être sourd et aveugle à ses heures, est stupide au point de n'avoir absolument rien compris des entourloupettes de son grand ami Marc Bibeau.

    Personnellement, je crois que Jean Charest est un être plutôt roublard qui s'est amusé de nous au point d'en abuser et, pour ce qui concerne beaucoup d'entre nous, au point d'en être vraiment écœurés.

    Si l'enquête Machurer n'en finit plus de finir, c'est que nous le devons beaucoup à son chum Bibeau qui s'est permis de tous nous traîner avec lui jusqu'à la Cour suprême.

    J'ose espérer que nous ne nous retrouverons pas encore une fois avec un arrêt de procédures pour cause de délais trop longs. Il y a là une question de confiance populaire en nos institutions et il serait bien que Me Massicotte le comprenne plutôt que d'y aller avec ses effets de toge.

  • Denis Paquette - Abonné 18 janvier 2020 07 h 13

    ainsi est faite notre sociétée

    notre sociétée n'est elle pas faite ainsi, notre société ne possede-t-elle pas des regles spésifiques

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 janvier 2020 08 h 28

    Doit-on faire appel à des spécialistes plus vindicatifs pour connaître la Vérité?

    Avoir un ami comme collecteur de fonds pour le parti libéral du Québec est de prime abord sans problème. Cependant, suite à la Commission Charbonneau, tel le petit poucet, voilà qu'on en a appris de plus en plus sur cet ami qui en menait large au PLQ! Les témoignages s'accumulant, on pouvait s'attendre à une enquête poussée pour coincer tous ceux et celles qui participaient au stratagème. Tout a été contrôlé par la suite, mais qu'en est-il des poursuites contre les dirigeants de l'époque? À écouter et voir les médias, c'est la tempérance extrême, comme si le ciel allait nous tomber sur la tête!
    Parmi tous ces témoins et ceux que l'on ne connaît pas, il doit bien y en avoir qui ont des compte à rendre contre les magouilles du PLQ, à cette époque? Sinon, peut-être que le gouvernent devrait faire appel à des enquêteurs de police plus expérimentés et sans attache avec un parti politique québécois? Il est temps de passer à une vitesse supérieure dans les enquêtes!

  • Gilles Gagné - Abonné 18 janvier 2020 19 h 39

    "Me Massicotte jure que son client n’a jamais été mis au parfum de telles pratiques au sein du PLQ" A-t'on besoin d' être mis au courant de pratiques que l'on met soi-même en oeuvre? elles sont dans le sillage de charest(la majuscule a été oubliée sciemment) simplement.

  • Yvon Lacasse - Inscrit 19 janvier 2020 10 h 30

    Petite maxime

    Quand les coupables nous prennent pour des innocents, la justice ne veut plus rien dire.