Martine Ouellet veut remettre les pendules à l’heure

Martine Ouellet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Martine Ouellet

Janvier 2013. Trois employés de Martine Ouellet, alors ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement de Pauline Marois, quittent leurs postes tour à tour. Martine Ouellet perd ainsi son sous-ministre, son chef de cabinet et son attachée de presse. Celle qui deviendra plus tard cheffe du Bloc québécois se fait reprocher de ne pas savoir travailler en équipe. Une étiquette qui lui collera à la peau lorsque ce parti traversera en 2018 la pire crise de son histoire.

« Je pense qu’il y avait clairement du blocage à l’interne à ce moment-là », a affirmé Mme Ouellet en entrevue au Devoir. Elle publiera en janvier une biographie intitulée Oser déranger dans laquelle elle entend lever le voile sur les controverses qui ont ponctué sa vie politique.

« Il faut comprendre qu’à l’époque on arrivait après un très long règne libéral et qu’on était minoritaires, donc, ça se sentait ça aussi dans la machine [gouvernementale], a-t-elle précisé. Ça prenait des gens qui — tant au niveau des sous-ministres que des chefs de cabinet — étaient, disons, un petit peu plus actifs que la normale parce qu’il y avait une attitude un peu généralisée de “vous êtes minoritaires, on va faire le dos rond et on va retourner à la normale”. »

Passage au Bloc

La carrière politique de Martine Ouellet s’est terminée dans l’humiliation en juin 2018 après un vote de confiance où elle a obtenu 32 % d’appui des militants bloquistes.

Le parti était déchiré depuis des mois. Sept de ses dix députés avaient claqué la porte et n’envisageaient pas de retour sans obtenir la démission de leur cheffe. Intransigeance, problème de leadership, obstruction : les qualificatifs ne manquaient pas pour décrire Mme Ouellet, qui avait déclaré avoir « vu le plus laid de ce qu’on peut voir en politique ».

« Quand on veut faire des choses et que ça dérange et qu’on continue quand même parce qu’on trouve ça important pour le bien commun, il y a des gens qui prennent des moyens pas toujours, disons, respectables et, malheureusement, ça existe un peu trop en politique », a-t-elle dit.

Son chef de cabinet au Bloc québécois, Louis-Philippe Dubois, avait pourtant dû quitter son poste après avoir tenté, un an auparavant, de mettre fin à la fronde de certains députés en divulguant des informations aux médias pour nuire à la réputation de l’un d’eux. Il s’agissait de Rhéal Fortin, qui avait été chef intérimaire du parti avant l’arrivée de Martine Ouellet.

Cet épisode, révélé au grand jour par le HuffPost, avait mis le feu aux poudres. Les tensions avaient rapidement viré à la crise et avaient divisé les députés bloquistes en deux clans : ceux qui, comme elle, voulaient faire la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes et les sept autres, qui privilégiaient la formule de la défense des intérêts du Québec à Ottawa.

« Le livre permettra de faire l’éclairage — et je pense que c’est important — sur cet épisode-là en particulier, a-t-elle promis en indiquant qu’elle n’avait pas osé tout dire à l’époque. Je n’ai pas voulu jouer le même jeu que mes adversaires à l’interne. »

Sa vision des choses

Elle présente cette biographie comme l’aveu d’une faute.

« C’est un peu un mea culpa de ma part d’avoir laissé traîner toutes sortes d’histoires fausses à mon sujet, a-t-elle soutenu. J’ai vraiment été complètement dénaturée. Premièrement, malheureusement par mes adversaires internes, mais aussi par des commentateurs, des chroniqueurs. Je trouvais que c’est important de pouvoir expliquer ma vision des choses et ce qui s’était passé vraiment parce que les gens n’avaient pas toute l’information. »

« J’ai toujours cru que l’intérêt supérieur justifiait de ne pas répondre, de ne pas révéler les problèmes internes, les manigances, mais quelque part ce n’est pas normal que le fait d’être loyale soit un problème », a-t-elle souligné.

La biographie a été écrite par son ex-attachée politique Nathaly Dufour et sera publiée par la maison d’édition Québec Amérique le 28 janvier.

Martine Ouellet reviendra également sur sa carrière d’ingénieure à Hydro-Québec et sur ses huit années comme députée du Parti québécois, où elle a tenté à deux reprises de briguer la direction de la formation politique sans succès. Bien qu’elle milite toujours comme indépendantiste, elle n’a pas renouvelé ses cartes de membre du Parti québécois et du Bloc québécois.

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