L’autorité de François Paradis défiée

L’habitude du président François Paradis à balayer les appels au règlement avec des leçons sur le respect en irrite plus d’un parmi dans le Parlement.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’habitude du président François Paradis à balayer les appels au règlement avec des leçons sur le respect en irrite plus d’un parmi dans le Parlement.

Des insultes et des larmes dans la salle de l’Assemblée nationale.

L’élue libérale Jennifer Maccarone a échoué à convaincre la Coalition avenir Québec de tenir deux jours de consultations sur les services offerts aux personnes autistes, notamment lorsqu’elles atteignent l’âge de la majorité.

Le premier ministre, François Legault, s’est dit « touché » par le sort des parents d’enfants autistes, à commencer par ceux choisissant de « sacrifier leur carrière » pour subvenir aux besoins de leur proche.

Il n’appuiera pas pour autant l’idée de confier à une commission parlementaire le mandat de mener une consultation, pendant deux jours à fin janvier, auprès d’une poignée de personnes avisées sur les services donnés aux personnes autistes.

« Il y a beaucoup, actuellement, de travail qui n’avance pas dans les commissions parlementaires. Et, on a déjà accepté plusieurs mandats d’initiative de l’opposition depuis qu’on est ici. On n’a rien, rien, rien… aucune leçon à recevoir du Parti libéral », a-t-il affirmé, soulevant la colère des députés de l’opposition.

Les larmes sont aussitôt montées aux yeux de Mme Maccarone, qui est mère de deux adolescents autistes.

Le leader parlementaire de l’opposition officielle, Marc Tanguay, a, lui, bondi de son siège, pour dénoncer les « propos blessants » prononcés par M. Legault. Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, l’a interrompu pour le sommer de se rasseoir. M. Tanguay a refusé de s’exécuter.

Voyez la confrontation entre Marc Tanguay et le président de l’Assemblée nationale, François Paradis.

 

 

M. Paradis a prié le premier ministre de poursuivre sa réponse. « Il en est ainsi. Je préside. Je viens de vous le dire, c’est comme ça que ça va se passer », a-t-il déclaré la voix tremblante.

Le leader parlementaire libéral s’est rassis pour se relever quelques secondes après, en brandissant le règlement de l’Assemblée nationale.

« Sors-le », a lancé, hors micro, le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, de l’autre côté du Salon bleu.

« Les fils se touchent » a laissé tomber, à sa gauche, le premier ministre.

M. Legault a aussi dit espérer que la prochaine cheffe de l’opposition officielle — « Dominique Anglade », a-t-il prédit — désignera un nouveau leader parlementaire.

Ce n’est qu’après avoir été menacé d’expulsion du Salon bleu que M. Tanguay s’est rassis pour de bon. Les élus caquistes se sont par la suite tour à tour levés pour faire barrage à l’initiative de l’élue de Westmount—St-Louis.

Autorité entamée

Les nombreux appels au règlement de M. Jolin-Barrette et de M. Tanguay ont sérieusement entamé la patience — et l’autorité — de M. Paradis cette semaine. En revanche, l’habitude du président à balayer les appels au règlement avec des leçons sur le respect en irrite plus d’un parmi dans le Parlement.

L’élue de Québec solidaire Christine Labrie a de nouveau déploré le climat d’« intimidation » au Salon bleu, où les « tu es “cheap” fusaient de toutes parts jeudi.

« [Mercredi, j’ai vu une députée faire semblant de ronfler pendant qu’une ministre parlait en chambre. Jeudi, j’ai entendu François Bonnardel, au micro, dire de Gaétan Barrette ‘‘Personne ne veut de lui au Québec’’]. Inacceptable, peu importe le parti », a-t-elle écrit sur Twitter.

À deux semaines de la relâche parlementaire du temps des Fêtes, plusieurs élus appellent le président François Paradis à rassembler à son bureau les leaders parlementaires de tous les groupes politiques plus tôt que tard.