Le clergé écarté de l’ordre de préséance pour les cérémonies publiques au Québec

Le Conseil des ministres de François Legault a adopté la semaine dernière un décret qui exclut complètement les représentants religieux de l’ordre de préséance.
Photo: James Lamere Getty Images Le Conseil des ministres de François Legault a adopté la semaine dernière un décret qui exclut complètement les représentants religieux de l’ordre de préséance.

Les autorités de l’Église catholique n’auront plus préséance sur les élus de l’Assemblée nationale dans les cérémonies officielles du gouvernement du Québec.

Le Conseil des ministres de François Legault a adopté la semaine dernière un décret qui exclut complètement les représentants religieux de l’ordre de préséance, a appris Le Devoir.

Québec souhaite ainsi « mieux refléter la diversité des croyances religieuses de la population québécoise et la laïcité de l’État », a expliqué une source gouvernementale.

Le décret du conseil exécutif prévoit aussi l’ajout des représentants autochtones dans l’ordre de préséance. Cette hiérarchie symbolique établit le rang d’importance des titulaires de fonction lors de cérémonies officielles comme les funérailles, la prestation de serment des élus au Salon bleu ou la remise des prix et distinctions de l’Ordre national du Québec, entre autres.

On sent qu’il y a des pas de plus qui se font pour que la séparation [entre le religieux et le politique] soit encore plus grande. Et même, de nous rendre, je ne sais pas, peut-être même invisibles

Tout en haut de la liste se trouve toujours le lieutenant-gouverneur, en dépit de la volonté caquiste d’abolir cette fonction, tel que le parti l’avait inscrit en 2015 dans son « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec ».

Par son décret, Québec a modifié le 13 novembre l’outil protocolaire délicat qu’est l’ordre de préséance. Aucun gouvernement n’était parvenu à le changer depuis 1990.

Les tentatives ont été nombreuses au fil des ans, mais toujours infructueuses, la sensibilité des uns et des autres risquant chaque fois d’être heurtée. L’ordre de préséance guide l’ordre des prises de parole, des salutations dans les discours du premier ministre et le placement des dignitaires lors des cérémonies officielles.

Signe d’une société qui se « laïcise »

Jeudi matin, c’est Le Devoir qui a appris à l’entourage du cardinal Gérald Cyprien Lacroix, de l’archidiocèse de Québec, que sa fonction n’apparaissait plus dans l’« Ordre de préséance des autorités convoquées individuellement dans les cérémonies publiques organisées par le gouvernement du Québec ».

Son collègue l’évêque auxiliaire à Québec Marc Pelchat a perçu dans la décision du gouvernement un signe qu’une « sorte d’esprit laïciste s’étend » au Québec.

« On sent qu’il y a des pas de plus qui se font pour que la séparation [entre le religieux et le politique] soit encore plus grande. Et même, de nous rendre, je ne sais pas, peut-être même invisibles », a-t-il observé.

Mgr Pelchat a d’abord évoqué une décision « somme toute secondaire ». Mais « ça aurait été aussi insultant de nous dire : passez à la 25e place », a-t-il ajouté.

La place de l’Église catholique est moins importante dans la société, a-t-il poursuivi. « On n’est pas choqués de ça. En même temps, on espère que dans des moments importants de la vie politique, de la société québécoise, on continuera d’inviter, sans qu’ils soient à la première place, l’évêque et les principaux chefs religieux. »

L’APNQL flattée

Pour « reconnaître le rôle et l’importance des nations autochtones », Québec a choisi d’inclure, au 12e rang de l’ordre de préséance, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) et le président de la Société Makivik.

« Je pense que c’est tout à fait à l’honneur des nombreuses positions qui ont déjà été prises dans le passé, à l’honneur de ce que les nations [autochtones] représentent aussi au niveau du Québec », s’est réjoui le chef de l’APNQL, Ghislain Picard, à qui Le Devoir a aussi annoncé la nouvelle.

Avec ce changement, Québec se distingue d’Ottawa, dont le « Tableau de la préséance pour le Canada » ne prévoit pas de place pour les représentants des Premières Nations et des Inuits.

« On peut facilement y voir un deuxième geste, après les excuses du 2 octobre, à la suite du rapport Viens », a dit Ghislain Picard au sujet de la décision de Québec. « Bon, en même temps, ce sont des gestes qui demeurent symboliques et ça ne vient certainement pas, pour nous, remplacer les mesures concrètes qui doivent être prises, notamment pour donner suite au rapport Viens et pour entamer des discussions sur la mise en oeuvre de la déclaration de l’ONU sur les peuples autochtones. »

En déplacement, le président de Makivik, Charlie Watt père, n’a pas pu accorder d’entrevue au Devoir.

Les ministres avant l’opposition

Le nouvel ordre de préséance choisi par Québec devance aussi le rang des membres du Conseil des ministres, qui ont désormais préséance sur le chef de l’opposition officielle.

Les maires de Québec et de Montréal obtiennent aussi une place convoitée ; ils occupent le 14e rang de l’ordre de préséance, au même titre que les « présidents des regroupements de municipalités, les maires des grandes villes du Québec et ceux des autres municipalités ». L’« Ordre de préséance des autorités convoquées individuellement dans les cérémonies publiques organisées par le gouvernement du Québec », adopté le 2 mai 1990, plaçait plutôt au 11e rang le maire du lieu où une cérémonie était organisée.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que l’ordre de préséance avait été modifié le 23 novembre, a été modifiée.

18 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 22 novembre 2019 05 h 23

    Is c'es

    Ça ne va pas changer grand'chose de significatif dans la vie des Québécois, mais c'est un pas symbolique dans la bonne direction.

  • Tristan Roy - Abonné 22 novembre 2019 07 h 21

    Et dans les églises?

    Les funérailles se passent généralement dans les églises... Comme le clergé y est chez lui, je vois mal comment ils pourraient être exclus de l'ordre protocolaire...

  • Michel Lebel - Abonné 22 novembre 2019 08 h 16

    Le premier!


    Je proposerais que le Bonhomme Carnaval soit le premier dans l'ordre hiérarchique! Pour le reste, on constate bien que le laïcisme devient une idéologie dominante au Québec. C'est comme cela que ça se passe au Québec! Et l'Histoire aux orties!

    M.L.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 22 novembre 2019 09 h 35

      Qu'un sarcasme mal venu M. Lebel.

      Curieux tout-de-même qu’après le lieutenant-gouverneur, le premier ministre du Québec et avant même le président de l’Assemblée Nationale, de retrouver en troisième place d'importance ces hommes de Rome au sein même de notre Assemblée nationale? Quoi de plus désuet en effet?

      Après avoir réglé le sort des crucifix de 1936 et de 1982, aujourd’hui relégués à une niche sécurisée au parquet de l’Assemblée nationale, il est plus que temps de retirer les «oratores» de l’ordre de protocole de l’État de Québec.

      Ne restera obsolète que le poste de lieutenant-gouverneur du Québec, fier représentant de sa majesté britannique, à renvoyer au cabinet de curiosités.

    • Denis Drapeau - Abonné 22 novembre 2019 11 h 47

      Encore l'histoire

      L’histoire, dans un état laïque, n’est pas jeté aux orties ni aux oubliettes. Elle est simplement déplacé en dehors des actes officiels de l’état. Tel fut le cas pour le crucifix à l’assemblée nationale. Il ne fut pas jeté aux orties pour autant. Avec la loi 21, on n’est passé de la neutralité de l’état à sa laïcité. Or celle-ci ignore les religions alors que la neutralité (loi 62 des Libéraux) les met tous sur un pied d’égalité. Sous la loi 62, il eut été à propos d’invités aux cérémonies officielles de l’état, tous les représentants de toutes les religions; et ils en existent une multitude. Ce n’est certainement pas ce que les québécois désirent et c’est pourquoi, sondages après sondages, ils appuient plutôt la laïcité.

      Invoquer l’histoire pour servir d’exception au principe de laïcité, c'est la réduit à devenir la servante du religieux pour son maintien ou son retour dans l’espace civique. Personnellement, j’estime trop l’histoire pour la placer dans un état de servitude bigotte.

    • Michel Lebel - Abonné 22 novembre 2019 13 h 44

      @ Jeanne M.Rodrigue,

      C'est une façon de dire que cette question de protocole m'indiffère totalement.

      M.L.

    • Bernard Plante - Abonné 22 novembre 2019 14 h 58

      M. Lebel, si ça vous indiffère pourquoi écrivez-vous un commentaire? Pour combler votre ennui il existe d’autres moyens plus constructifs... et discrets. Merci.

    • Michel Lebel - Abonné 22 novembre 2019 15 h 46

      @ Bernard Laplante,

      Vous n'avez pas saisi que j'avais aussi en horreur l'Idéologie laïciste présente dans plusieurs médias et chez certains branchés. Une idéologie qui refuse toute idée de transcendance ou qui veut à tout prix limiter la religion à la zone invisible de la sacristie. Je ne marche pas dans cette pararade. Enfin, pour vous rassurer, je ne souffre aucunement d'ennui et je vais continuer à écrire, ne vous en déplaise!

      M.L.

  • Pierre Rousseau - Abonné 22 novembre 2019 08 h 19

    À quand une Assemblée plurinationale ?

    Il semble que l'on vient de découvrir les peuples autochtones qui habitent le territoire du Québec et c'est évidemment une bonne chose. Ce geste est strictement symbolique et devrait mener à la prochaine étape, la reconnaissance politique des Premières Nations et des Inuits à l'Assemblée nationale qui devrait se transformer en Assemblée plurinationale. Par exemple, en Bolivie la constitution de 2009 reconnaît les peuples autochtones du pays et la république a été renommée l'État plurinational de Bolivie (maheureusement tout cela est remis en cause par les dirigeants du coup d'état d'il y a quelques semaines).

    L'idée c'est d'avoir 1 siège à l'Assemblée nationale pour chaque nation autochtone et 1 pour les Inuits et de déterminer ensemble les sujets pour lesquels ces députés auraient le dernier mot, en harmonie avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. S'il est vrai que les autochtones constituent une minorité dans la province, la règle de la majorité ne peut s'appliquer pour ces peuples. En effet le colonialisme a causé un désastre monumental pour ces nations et la société majoritaire a violé plusieurs de leurs droits fondamentaux. Le contraire équivaudrait, par exemple, à laisser la majorité anglo-canadienne dicter aux franco-québécois leur avenir.

    Il est démontré que les peuples auchtones qui se gouvernent eux-mêmes ont de bien meilleurs chances de succès que ceux qui vivent en colonisés, sous le joug de la loi fédérale sur les Indiens. En reconnaissant la plurinationalité du Québec, on vise à l'autonomie des nations autochtones et à leur autodétermination. C'est aussi en harmonie avec la réalité que les Premiers peuples étaient ici bien avant les Européens et que leurs droits doivent être non seulement respectés mais appuyés activement. Dans cette optique, l'Assemblée nationale pourrait être renommée l'Assembée plurinationale du Québec.

    • Léonce Naud - Abonné 22 novembre 2019 10 h 50

      M. Rousseau : une fois parti en si bon chemin, dites-nous précisément sur quoi EXACTEMENT repose le statut légal autochtone au Canada. Une première question, juste comme çà.

    • Denis Drapeau - Abonné 22 novembre 2019 14 h 22

      M. Rousseau :/ Avant de leur offrir un siège, faudrait qu'ils reconnaissent les gouvernement provinciaux. Or, ils ont toujours dit qu'ils ne reconnaissaient que le gouvernement fédéral, seul responsable de la Loi sur les indiens.

      Quant aux questions sur lesquelles les autochtones auraient priorité, et puisque la règle de la majorité ne s'applique pas à eux, pourquoi devrions-nous les décider ensemble ? Si le fait d'être les premiers arrivant leur donne le droit à des sujet prioritaires, ne cédez pas à un colonialisme déguisé et laissez-les décider es sujets prioritaires. Fumons le joint jusqu'à se bruler les doights.

  • Michel Bourgault - Abonné 22 novembre 2019 09 h 02

    Les premiers seront....

    La majeure partie du temps que j'ai donné, de 1978 et jusqu'à aujourd'hui, à mes soeurs et frères catholiques du diocèse de Joliette s'est passé sous l'épiscopat de Gilles Lussier et je pense qu'il n'était pas homme à rechercher les places d'honneur. Et, si à l'occasion on lui en a donné une, il s'est comporté en homme et témoin d'Évangile, en vivant les enseignements retenus par les premiers chrétiens : «Bien des premiers seront les derniers et bien des derniers seront les premiers.» (Mt 19,30)
    Que le gouvernement québécois apparaisse comme le gouvernement de tous, sans considération de richesse, de religion, de sexe, d'origine culturelle, est une bonne chose; c'est pourquoi j'appuirai les lois et règlements adoptés en ce sens. Qu'en l'occurence on fasse plus de place aux représentants des peuples autochtones n'est que justice puisqu'ils descendent des précédents habitants du Québec qui ont accueilli les explorateurs et colons venus d'Europe et les ont grandement aidés à s'établir et à s'adapter aux conditions vie d'ici.
    En tant que catholique, et je considère que ça devrait s'appliquer aux autres croyants, je prône une vision de la vie particulière que je partage volontiers avec qui veut l'entendre. Notre conviction est que la vie a un sens spirituel, qui consiste à se laisse guider par l'Esprit d'un certain Juif, Jésus, envoyé de Dieu, dont les gestes et les dits ont été consignés dans les évangiles par les premiers chrétiens.Libre à chacune et à chacun d'y adhérer s'il y découvre une lumière pour sa vie.