Immigration: le ministre Jolin-Barrette s’excuse des ratés

Le ministre québécois de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre québécois de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a présenté ses excuses à la population québécoise après le fiasco de sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Le premier ministre, François Legault, a lui aussi fait son mea culpa.

« J’admets mon erreur », a déclaré M. Jolin-Barrette, des trémolos dans la voix, à son retour à l’Assemblée nationale mardi après-midi. « Alors, oui, je m’excuse auprès des Québécois d’avoir fait en sorte que, la réforme du système d’immigration, dans ce cas-ci, on soit obligé de la suspendre », a-t-il ajouté, tout en décrivant les jours suivant la publication de son règlement de « mouvementés » et de « difficiles ».

M. Jolin-Barrette s’exprimait pour la première fois devant les médias depuis l’annulation vendredi soir de son règlement visant à resserrer l’accès au PEQ en fonction « des domaines de formation en demande et des emplois en déficit » au Québec. « Je prends l’entière responsabilité des erreurs qui ont été commises. […] J’aurais dû davantage consulter les différents partenaires du milieu économique, du milieu éducatif également », a déclaré l’élu en marge d’une rencontre du groupe parlementaire de la CAQ dans le Salon rouge.

 

 

 

Liste « pas parfaite »

Le gouvernement caquiste s’était révélé incapable la semaine dernière de nommer un seul appui à sa réforme du PEQ. Pire, il s’était mis à dos aussi bien les chambres de commerce que les établissements d’enseignement en restreignant l’accès à la voie express pour obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ), aux diplômés de 218 domaines de formation, dont la charpenterie-menuiserie, les techniques de génie aérospatial, les soins infirmiers, ainsi que les « sciences domestiques ». Le bac en sciences domestiques — qui n’existe plus — était autrefois offert aux jeunes femmes, notamment par l’Université Laval et l’Université de Sherbrooke, afin de les entretenir dans leurs rôles de ménagère, de mère et d’épouse, selon la revue d’histoire Cap-aux-Diamants.

La liste des domaines de formation admissibles au PEQ recelait des« ambiguïtés » et faisait apparaître des « enjeux », a admis le ministre caquiste, qui a perdu de sa superbe au fil des derniers jours. « Je ne crois pas que j’ai manqué de rigueur. Vous savez, j’aurais dû vérifier, contre-vérifier, et contre-contre-vérifier davantage. Alors, c’est mon erreur relativement à la liste et j’en prends l’entière responsabilité », a-t-il poursuivi.

« Cette liste-là n’était pas parfaite. [Des domaines d’études,] il y en avait de trop et il en manquait », a également convenu le chef du gouvernement, François Legault, avant de jeter le blâme sur quatre ministères, y compris le sien. « On n’a pas assez consulté les entreprises, les recteurs, les dirigeants de cégep en région », a-t-il ajouté avant la période des questions.

Qui va perdre son job pour cela ? lui a demandé Le Devoir. « Il y en aurait plusieurs. Moi, le premier. Là, on tire une leçon », a-t-il rétorqué.

Le premier ministre a offert à son tour ses excuses à ceux qui ont été choqués par les maladresses de son gouvernement dans la réforme du PEQ. « Oui, je m’excuse pour le travail qui n’a peut-être pas été fait de façon aussi parfaite qu’on l’aurait souhaité », a-t-il lancé.

Ce n’est pas la première fois que la Coalition avenir Québec trébuche sur le dossier de l’immigration. En campagne électorale, M. Legault avait admis qu’il n’aurait « pas gagné Génies en herbes » avec ses réponses sur le système d’immigration. Au gouvernement, il a coupé court au traitement de quelque 18 000 dossiers d’immigration avant de le reprendre sur ordre de la Cour supérieure.

Le gouvernement reviendra à la charge

M. Jolin-Barrette édictera un nouveau règlement. D’ici là, il s’emploiera à « rencontrer l’ensemble des différents intervenants » concernés, y compris les partenaires du marché du travail, a-t-il promis.

L’équipe qui l’accompagne dans l’exercice du pouvoir demeure intacte pour l’instant. « C’est moi qui suis ministre, c’est moi qui suis responsable », a dit Simon Jolin-Barrette. L’homme de 32 ans n’a toutefois pas offert sa démission au premier ministre. De son côté, M. Legault lui a renouvelé « toute [sa] confiance » mardi.

Le Parti québécois demande au gouvernement de maintenir le plein accès au PEQ tout an ajoutant les diplômes de 900 heures, notamment les diplômes d’études professionnelles. « Une liste de programme, ça ne fonctionne pas en pratique. […] C’est 25 % de la population en régions éloignées qui va disparaître. Le PEQ permet d’accueillir dans nos régions des gens qui vont participer à la vie économique, sociale et communautaire », a avoir la députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a demandé au premier ministre de soulager Simon Jolin-Barrette du fardeau de la réforme du système d’immigration. « Si le ministre prend l’entièreté du blâme, qu’il assume sa responsabilité ministérielle et qu’il se retire du dossier », a-t-il déclaré.

Le porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a quant à lui suggéré à M. Jolin-Barrette, qui est à la fois ministre de l’Immigration, ministre responsable de la Langue française et leader parlementaire du gouvernement, d’« en prendre moins, mais [d’]en prendre soin ».

Aux yeux de M. Legault ― dont la formation politique a brisé l’alternance Parti libéral du Québec – Parti québécois qui animait la vie politique québécoise depuis 1970 ― les Québécois réclament des changements profonds de la part de l’État. « Les Québécois ont voté pour la CAQ pour avoir de gros changements. Évidemment, on ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs », a-t-il spécifié mardi.

Avec Marie-Michèle Sioui

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