L’immigration au Québec passera bientôt par la réussite d’un test des valeurs

À compter du 1er janvier, un ressortissant étranger devra obtenir une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne, et ce, avant de demander un Certificat de sélection du Québec (CSQ).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À compter du 1er janvier, un ressortissant étranger devra obtenir une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne, et ce, avant de demander un Certificat de sélection du Québec (CSQ).

Le gouvernement caquiste met la charrue avant les boeufs en obligeant les candidats à l’immigration à souscrire aux valeurs québécoises sans avoir foulé le sol du Québec, sont d’avis le Parti libéral et Québec solidaire.

« Avant même d’avoir vu un gramme de neige, cette personne-là doit se prononcer sur des aspects fondamentaux de notre vivre en commun. Ça me semble contradictoire parce que les gens apprennent en arrivant ici », a fait valoir l’élu solidaire Andrés Fontecilla mercredi après-midi.

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, avait dévoilé quelques minutes plus tôt les conditions d’obtention de l’« attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises » que tout immigrant économique souhaitant s’établir au Québec de façon permanente devra avoir en main.

 

À compter du 1er janvier 2020, un ressortissant étranger devra obtenir une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne, et ce, avant de demander un Certificat de sélection du Québec (CSQ).

Pour y arriver, le nouvel arrivant devra participer à un cours de 24 heures ou encore visionner et écouter 90 minutes de contenu informatif puis répondre adéquatement à un minimum de 15 questions sur 20.

M. Jolin-Barrette a donné trois exemples de questions pouvant se retrouver dans l’évaluation en ligne :

Première question : « Au Québec, les femmes et les hommes ont les mêmes droits et cette égalité est inscrite dans la loi : vrai ou faux ? »

Deuxième question : « Choisissez l’illustration ou les illustrations qui représentent les personnes qui ont le droit de se marier au Québec : une illustration de deux hommes, une illustration de deux femmes et un homme, une illustration de deux femmes, une illustration d’un homme et d’une femme, une illustration de deux hommes et une femme. »

Troisième question : « Identifiez la ou les situations où il y a discrimination : a) refuser un emploi à une femme enceinte, b) à une personne qui n’a pas le diplôme requis, c) à une personne à cause de son origine ethnique. »

Le ministre Jolin-Barrette s’est arrêté là. « Pour protéger l’intégrité de l’évaluation de connaissances […] on ne peut pas diffuser publiquement la liste de l’ensemble des questions », a-t-il fait valoir.

« Tout comme la connaissance du français, la connaissance des valeurs exprimées par la Charte des droits et libertés de la personne est un atout majeur pour réussir son intégration au Québec », a-t-il insisté.

Les partis d’opposition se sont dits étonnés de constater que les candidats à l’immigration devront se soumettre à un test des valeurs non pas trois ans après leur arrivée au Québec comme la Coalition avenir Québec le promettait en campagne électorale, mais bel et bien avant d’obtenir leur Certificat de sélection du Québec (CSQ).

« Les gens apprennent en étant ici ; en côtoyant des collègues de travail, des camarades d’école, en se trouvant un conjoint, une conjointe… », a mentionné M. Fontecilla, qui s’est établi au Québec en 1981, après avoir fui la dictature au Chili. « D’ailleurs, la meilleure façon, c’est en établissant des couples mixtes, parce qu’on est étroitement en contact avec la culture d’accueil », a-t-il poursuivi, sourire en coin.

Écoutez Andrés Fontecilla, député de Québec solidaire:

   

« Moi-même, j’ai dû évoluer depuis mon arrivée au Québec », a indiqué le député libéral Monsef Derraji, avant d’ajouter : « La société québécoise a évolué. » Par exemple, les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’à partir de 1940. « On évolue tous ensemble. C’est en partageant. C’est en côtoyant les gens, pas uniquement en se basant sur un test », a fait valoir l’élu d’origine marocaine.

Une formation

En cas d’échec, un candidat à l’immigration pourra reprendre l’évaluation à une occasion. Après deux échecs, il aura le loisir de participer à un cours sur les valeurs démocratiques et les valeurs québécoises, ou encore de reprendre l’évaluation une troisième fois.

Les personnes à l’étranger devront effectuer leur apprentissage et leur évaluation en ligne. Ils seront questionnés sur l’égalité entre les femmes et les hommes, la société francophone, la société laïque, les droits et responsabilités et la société démocratique. « S’il y avait fraude, on annule la demande de sélection du Québec, et la personne perd sa résidence permanente aussi, même si la personne est déjà arrivée ici parce que ça fait partie du pouvoir du ministère de l’Immigration », a averti M. Jolin-Barrette.

« C’est normal, quand on s’installe dans une nouvelle société, que l’on connaisse les valeurs de cette société », a fait valoir le premier ministre, François Legault, dans une mêlée de presse mercredi avant-midi. « Je ne voudrais pas que quelqu’un soit surpris de savoir qu’au Québec, les personnes qui sont en autorité n’ont pas le droit de porter des signes religieux », a-t-il ajouté, plus de quatre mois après l’adoption de la Loi sur la laïcité de l’État québécois.

« Je pense que le Québec a un peu réalisé la limite de son pouvoir et je ne pense pas que, sur ce volet-là, ça va aller plus loin », a commenté le président de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration, Me Guillaume Cliche-Rivard.

M. Legault souhaite toujours que l’obtention d’une attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises de la part du gouvernement québécois soit une condition sine qua non à la résidence permanente et, par ricochet, à la citoyenneté canadienne. Le hic : Ottawa a jusqu’ici refusé de reconnaître le test des valeurs québécoises. « J’ai bon espoir de convaincre le gouvernement fédéral de pouvoir mettre ce test-là un peu plus tard », a-t-il affirmé.

Bien que d’emblée il ne soit pas favorable à rendre la citoyenneté canadienne conditionnelle à la réussite du test québécois, le gouvernement fédéral se dit maintenant ouvert à examiner la proposition du gouvernement Legault. « On ne va pas dire non avant d’avoir vu la proposition », a indiqué Mathieu Genest, l’attaché de presse du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, tout en précisant qu’Ottawa n’en avait reçu aucune pour l’instant.


43 750 immigrants en 2020

Le gouvernement caquiste compte admettre quelque 43 750 immigrants en 2020, soit 4050 de plus qu’en 2019, peut-on lire dans le Plan d’immigration du Québec 2020 déposé à l’Assemblée nationale mercredi.

« Nous avons toujours été clairs, la baisse des seuils était temporaire. C’est pourquoi, au cours de la prochaine année, nous entamerons une augmentation graduelle du nombre de personnes immigrantes admises afin de répondre adéquatement aux besoins des entreprises et des régions du Québec. En 2020, le Québec accueillera entre 43 000 et 44 500 personnes immigrantes, toutes catégories confondues », a expliqué le ministre Simon Jolin-Barrette.
 
L’élu caquiste entend faire passer l’immigration économique — travailleurs qualifiés et gens d’affaires — de 54 % en 2019 à 59 % en 2020. Le gouvernement Legault prévoit qu’Ottawa accueille moins de réfugiés et que moins de personnes seront admises au pays en vertu du programme de regroupement familial.

Marco Bélair-Cirino

Est-ce qu’on souhaite avoir des gens qui viennent vivre au Québec qui ne savent pas que les femmes sont égales aux hommes ?