Plomb: aux commissions scolaires de jouer

Les tests et les éventuels travaux nécessaires devront être achevés ou en cours de réalisation avant la fin de l’année scolaire dans le cas des écoles primaires
Photo: iStock Les tests et les éventuels travaux nécessaires devront être achevés ou en cours de réalisation avant la fin de l’année scolaire dans le cas des écoles primaires

Les commissions scolaires de la province ont finalement reçu vendredi après-midi les directives de Québec pour tester le niveau de plomb dans l’eau potable de leurs écoles, une semaine après la date initialement annoncée par le ministre de l’Éducation.

Les fontaines et les robinets des écoles primaires du Québec devront avoir été testés et les travaux — s’il y a lieu — achevés ou en cours de réalisation d’ici la fin de l’année scolaire, soit le 23 juin prochain. Pour les autres établissements du réseau, y compris les écoles secondaires, l’échéancier est fixé au 1er novembre 2020. Mais les travaux devront seulement avoir été définis et pas nécessairement amorcés à cette date.

La totalité des établissements — tant publics que privés — est concernée.

Le ministère de l’Éducation a également fait suivre aux commissions scolaires un guide détaillant la procédure à suivre pour effectuer les tests. Dans ce document d’une vingtaine de pages, il est d’abord indiqué que les concentrations de plomb ne devront pas dépasser les 5 microgrammes par litre, soit la limite recommandée par Santé Canada en mars dernier et finalement adoptée cette semaine par Québec. La norme de la province était de 10 microgrammes par litre depuis 2001.

Une enquête du Devoir, des étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et de Global News révélait la semaine dernière que les méthodes utilisées au Québec pour mesurer le plomb dans l’eau potable camouflaient des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.

Dans la foulée, le gouvernement Legault a annoncé que la province adoptera les méthodes de Santé Canada : c’est-à-dire prélever un échantillon au premier jet, après 30 minutes de stagnation, afin d’obtenir le niveau moyen d’exposition au plomb.

Vérification faite, le guide envoyé vendredi aux commissions scolaires préconise en effet de ne pas laisser couler l’eau avant de prélever un échantillon, comme il était d’usage jusqu’alors. Il est plutôt exigé de prélever au premier jet d’eau de chaque fontaine, après une stagnation de 6 h dans les tuyaux. Un deuxième échantillon doit ensuite être pris 30 secondes plus tard.

Les commissions scolaires pourront faire les tests directement dans les écoles — à l’aide d’un outil portatif qui leur sera envoyé prochainement — ou envoyer les échantillons à un laboratoire agréé. Dans le premier scénario, les employés désignés devront avoir reçu une formation pour mener les analyses.

Transparence

Les résultats des tests menés par les commissions scolaires seront par ailleurs rendus publics. « Nous souhaitons faire preuve de transparence auprès des parents, des élèves et du personnel des établissements d’enseignement quant aux résultats obtenus pour maintenir la confiance du public envers le système d’éducation », peut-on lire dans la directive envoyée vendredi. Cette démarche a déjà été adoptée dans les écoles ontariennes.

Québec entend aussi mettre à la disposition des écoles des « capsules d’information et de l’affichage » pour sensibiliser élèves et personnels à la présence possible de plomb.

Qui plus est, le gouvernement Legault recommande des actions préventives pour limiter les effets du plomb sur les élèves touchés d’ici à ce que les travaux soient menés. Il suggère notamment que les écoles inscrivent à proximité des fontaines la consigne de faire couler l’eau au moins une minute avant de la boire. Et pour les éviers, de laisser le robinet couler pendant cinq minutes.

Québec suggère en outre que les écoles procèdent à « un rinçage systématique du réseau d’aqueduc après une longue période de stagnation des eaux », par exemple lors du congé des Fêtes et à l’occasion de la rentrée scolaire.

Des coûts à prévoir

Pour payer les travaux à venir, la reddition de comptes se fera via Collecte-Info, un portail en ligne du ministère de l’Éducation.

Le Devoir a appris la semaine dernière que les commissions scolaires devront puiser dans l’enveloppe de 2,3 milliards de dollars réservée à la rénovation des écoles québécoises pour effectuer ces travaux. Ce qu’avait dénoncé en entretien la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Catherine Harel Bourdon. Elle s’inquiétait de voir d’autres travaux essentiels mis de côté.

Le cabinet du ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, assure pour sa part que ce ne sera pas le cas. «D’éventuelles fontaines à remplacer, par exemple, pourront l’être sans remettre en cause l’exécution d’autres travaux. Le ministère sera en soutien aux commissions scolaires tout au long de ce processus», a-t-on fait savoir.


 
2 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 26 octobre 2019 03 h 46

    CAQ a fait là?

    Le ministre de l'Education, Jean-François Roberge, qui confie un mandat aux commissions scolaires. Tu m'en diras tant!

  • Michel Petiteau - Abonné 27 octobre 2019 12 h 11

    Botter en touche

    « Plomb: aux commissions scolaires de jouer ». C’est le titre du texte de Guillaume Lepage. Même page, en haut, la chronique de Normand Baillargeon : « À vous de jouer! »
    De l’eau - de préférence sans plomb – et des jeux!
    Pour se débarrasser d’un problème d'une formidable complexité, M. Legault s'en remet aux commissions scolaires pour l'exécution des travaux. Les officiers supérieurs se tiennent cois, à distance, cependant que les chefs servent au bon peuple des paroles rassurantes, et se lavent les mains. Dans les médias, la voix des ténors du journalisme scientifique est absente. Pareillement celle des spécialistes de la question (la plombémie et le saturnisme), à supposer qu’il en existe. Qui a envie de se faire dire : mais que diable es-tu allé faire dans cette galère ?
    Le Devoir donne la parole à des jeunes, à des groupes de jeunes, pour qui le journalisme d’enquête me paraît se résumer à tendre un micro à des ministres et à des fonctionnaires. C’est assez éloigné des enquêtes, périlleuses, menées par Bob Woodward et Carl Berstein, du Washington Post, ou, plus récemment, par Glenn Greenwald et Laura Poitras, du Guardian. Mais au moins ces jeunes-là sont-ils prêts à courir des risques, et j'admire leur engagement. Eux ont des couilles, et elles aussi.
    Dans les pages du Devoir, l’intoxication provoquée par la présence de plomb dans le sang – cela s’appelle le saturnisme – ne figure plus dans les articles « LES PLUS POPULAIRES ». Le sujet qui, plus tôt hier - l’ordre change constamment - était en première place, c’est « le labo gonzo de Maripier Morin ». Que voilà une nouvelle digne de figurer en tête d’un palmarès, et de réjouir les parents inquiets pour leurs enfants!
    Pendant ce temps, les chefs, jaloux de leurs compétences provinciales, mais dépourvus de compétence scientifique, appellent à leur secours … Santé Canada.
    Mais c'est le site web de l'EPA qui vaut le détour. Géant. Accessible en français, en espagnol ... et en cent autres langues.