«Brownface»: des élus québécois à la rescousse de Justin Trudeau

Justin Trudeau s'est excusé, mercredi, admettant qu’il a fait une erreur de jugement
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau s'est excusé, mercredi, admettant qu’il a fait une erreur de jugement

La photo de Justin Trudeau portant un déguisement d’Aladin, la peau couverte d’un maquillage brun pour rendre sa peau foncée (brownface), a fait réagir à Québec jeudi, mais les élus se sont gardés de qualifier le premier ministre sortant de raciste. D’autres images similaires — une photo publiée par le quotidien anglophone The Globe and Mail et une vidéo diffusée par le réseau de télévision Global — ont également fait surface en matinée.
 

« Je peux comprendre que les gens soient choqués, je comprends ça, mais en même temps, il s’est excusé », a dit le premier ministre François Legault en marge d’une annonce en aérospatiale à Montréal. « C’est vraiment inacceptable », a-t-il ajouté. Invité à dire ce qu’il ferait si l’un de ses ministres se retrouvait dans la même situation, M. Legault a répondu qu’il s’agissait là d’une question hypothétique.

La réaction de la ministre des Relations internationales, Nadine Girault, était plus tranchée. « Je trouve que c’est un total manque de jugement, a affirmé sans détour la ministre des Relations internationales, Nadine Girault. Il s’est excusé, mais on s’attendrait à beaucoup plus d’un élu. »
 

« J’ai été déçu qu’un élu qui veut être premier ministre ait eu ce comportement-là, mais disons qu’il s’est excusé par la suite, a nuancé son collègue Lionel Carmant. On peut passer à autre chose. »

Le député libéral Frantz Benjamin, dont la circonscription chevauche celle de Justin Trudeau, a été « étonné puisque le député de Papineau que je connais, c’est un homme qui a toujours travaillé avec tout le monde, qui a toujours été un rassembleur »

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Il note que la photo a été prise il y a vingt ans et que le chef du Parti libéral du Canada s’est excusé. Pour lui, l’incident est clos.

« Vous savez, ça fait une vingtaine d’années et les débats qu’on a eus au cours des dernières années, que ce soit ici au Québec ou au Canada et aux États-Unis, ne sont pas les mêmes, a-t-il souligné. Je crois qu’aujourd’hui on est beaucoup plus sensibles à beaucoup d’enjeux, dont celui-là, il l’a reconnu lui-même d’ailleurs, et je pense que de ce fait même, on devrait peut-être passer à autre chose parce que je le crois sincère. »

Il estime que la campagne électorale fédérale devrait porter sur « les enjeux véritables pour le Québec » comme le développement économique.

Sa collègue Marwah Rizqy, qui a déjà voulu se présenter comme candidate pour les libéraux fédéraux sous Justin Trudeau, estime elle aussi qu’il faut passer à autre chose. « M. Trudeau, hier, s’est excusé et a admis qu’il a fait une erreur de jugement », s’est-elle contenté de dire.

Est-ce une preuve que le chef libéral, qui mise sur la diversité canadienne dans sa campagne électorale, est raciste ? Même le Parti québécois et Québec solidaire se sont gardés de franchir ce pas.

« Le blackface, le brownface, est considéré comme un geste raciste, a indiqué la députée solidaire Ruba Ghazal. M. Trudeau, lui, n’est pas raciste. »

« Moi, personnellement je trouve que c’est blessant, oui, se peinturer le visage en brun ou en noir, mais ce que je veux dire, c’est que le premier ministre Trudeau s’est excusé, il a reconnu [son erreur] et donc c’est aux citoyens, ceux qui ont été blessés, d’en juger. »

Cette photo illustre davantage un manque de jugement récurrent de la part du premier ministre sortant qu’une preuve qu’il est raciste, selon le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé.

« C’est une erreur de jugement parce que sa vie témoigne de la lutte contre le racisme, a-t-il remarqué. Je pense qu’on peut être des adversaires politiques et reconnaître qu’il n’y a aucune raison de croire qu’il l’est. Alors, je le crois là-dessus que c’est une erreur, qu’il a fait preuve d’humilité, il a déjà fait ses excuses. »

« Il y a des enjeux beaucoup plus importants dans la campagne fédérale qui nous préoccupent », a-t-il ajouté.

Questionnée par les journalistes, la ministre Sonia LeBel n’a pas voulu émettre d’opinion.

« Je n’ai pas l’intention de commenter ce genre de dossier là parce que ce n’est pas dans ma nature de commenter ces choses-là et je ne le ferai pas aujourd’hui », s’est-elle limité à dire.

Avec Marco Bélair-Cirino et François Desjardins