Les Québécois en veulent pour leur vote

Le mode de scrutin actuel pose problème pour 60% des Québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le mode de scrutin actuel pose problème pour 60% des Québécois.

La majorité est claire. Pas moins de 69 % des Québécois appellent le premier ministre François Legault à respecter sa parole et à réformer le mode de scrutin, indique un sondage Léger dont Le Devoir a obtenu copie.

Ce fort appui dispense le gouvernement caquiste de soumettre son projet de mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire à un référendum, est d’avis le Mouvement démocratie nouvelle (MDN), qui a commandité le coup de sonde. « Ce que le sondage vient dire, c’est : “M. Legault, vous avez l’appui d’une majorité de Québécois !” », résume la vice-présidente du MDN, Françoise David. « M. Legault peut aller de l’avant de façon tout à fait démocratique. Il va, j’espère, déposer un projet de loi le 1er octobre. Bien sûr, il faut un temps raisonnable pour en débattre et pour l’adopter. [Il faudrait le faire] au plus tard au printemps 2020 et tout mettre en oeuvre pour les élections de 2022 », ajoute-t-elle.

L’ancienne co-porte-parole de Québec solidaire (2006-2017) se réjouit du large appui apporté à la réforme du mode de scrutin. « C’est un appui qui vient autant des grands centres que des régions. C’est un appui qui vient des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes. Ça, c’est vraiment intéressant », souligne-t-elle.

Le mode de scrutin actuel pose problème pour 60 % des Québécois, peut-on lire aussi dans le rapport du sondage.

Plus de 6 répondants sur 10 trouvent injuste qu’un parti politique obtienne 57 % des sièges de l’Assemblée nationale après avoir recueilli 38 % des votes lors d’élections générales. En gros, c’est ce qui est arrivé à la Coalition avenir Québec l’automne dernier. « Les gens voient que ce n’est pas juste. C’est quasiment comme un réflexe ; c’est clair pour eux qu’il faut compenser », explique le président du MDN, Jean-Pierre Charbonneau.

En effet, les Québécois sont a priori favorables à l’adoption de mesures permettant de réduire l’écart entre la distribution des votes et la distribution des sièges, comme l’élection de « députés de régions à partir de listes de candidates et de candidats établies par chaque parti politique » en plus de députés de circonscription. Le MDN a notamment sondé les Québécois sur ce cas de figure : le parti A obtient 30 % des votes dans une région donnée et 15 % des sièges de circonscriptions de cette même région à l’Assemblée nationale. Il se voit attribuer des sièges régionaux afin de compenser l’écart entre le pourcentage de votes et le nombre de sièges dans la région. Là-dessus, 59 % des répondants se sont dits plutôt favorables, alors que 19 % se sont dits plutôt opposés.

En revanche, à peine un tiers des personnes sondées par Léger trouve injuste qu’une formation politique se retrouve sans représentant au Parlement après avoir obtenu l’appui de 2 % des électeurs. « Quand la distorsion n’est pas très grande, il y a un réflexe de prudence [chez les répondants] », soutient M. Charbonneau. Cette prudence n’est pas étrangère, selon l’ex-président de l’Assemblée nationale, à la crainte de voir des « partis extrémistes, petits » se faufiler au Parlement.

« Simple et accessible »

Le sondage permet également de mieux circonscrire les attentes de l’électorat à l’égard du mode de scrutin sur la table à dessin de la ministre Sonia LeBel.

La population s’attend tout d’abord à élire ses représentants au Parlement au moyen d’un système électoral « simple et accessible ». Ensuite, elle espère que le nouveau mode de scrutin contribue à ce que l’Assemblée nationale reflète « le plus possible » le vote populaire de l’ensemble des Québécois et assure un « lien significatif entre les électeurs et les élus ». Puis, la population encourage une solution de remplacement au bon vieux mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour qui « favorise la stabilité du gouvernement » et tienne compte du poids politique des régions. Enfin, elle s’attend à ce que le mode de scrutin en construction dans le cabinet de la ministre Sonia LeBel « contribue à une meilleure représentation des femmes, des jeunes et des communautés ethnoculturelles en politique ». « La vieille féministe que je suis dit : “faut pas lâcher, faut continuer à en parler” », lance Mme David, qui incite le gouvernement caquiste à adopter des « mesures concrètes et vérifiables » visant l’atteinte de la parité femmes-hommes à l’Assemblée nationale.

Expliquer et rallier

Les dirigeants du MDN demandent aux élus de la CAQ de cesser net leurs tentatives de sabordage de la réforme, puis d’appuyer l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire régional à temps pour les prochaines élections générales, prévues en 2022.

Ils se portent volontaires pour « expliquer comme il le faut aux gens » le projet de loi et « aller chercher les appuis des populations dans toutes les régions », et ce, de concert avec l’équipe de la ministre responsable de la réforme des institutions démocratiques, Sonia LeBel.

Le sondage dont il est question dans cet article a été mené en ligne entre le 1er et 11 mai dernier, auprès de 2506 répondants.

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24 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 7 juin 2019 02 h 26

    Bof! bon

    si le «peuple-sondé» le veut.... et passons à autre chose.

    A fait, mais alors si c'est bon pour minou, c'est bon pour pitou. Si un sondage vaut la norme d'approbation pour changer le mode de scrutin, cela vaut aussi largement pour approuver le PL21 (sur la laïcité) et le projet de changement à l'immigration et celui sur les maternelles à 4 ans (euh! là-dessus, il y a un sondage? sinon, vite un Léger pour régler le tout).

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2019 09 h 01

      " Bof.." - Gilles Bonin

      Si vous croyez que la politique doit se naviguer aux sondages, vous faites grande erreur.

      Un sondage n'est qu'un élément parmi les autres pour évaluer la situation. D'autant plus, que c'est la CAQ qui ne cesse de s'appuyer sur des sondages pour justifier ses lois iniques; ce qui provoque une réaction naturelle de défense de répondre à l'argument par le même moyen.

      Ce qui importe dans cette histoire est d'évaluer si le mode de scrutin actuel est équitable et représentatif ou pas. Et de toute évidence quand on obtient 57% des sièges avec 38% des voix, il ne l'est pas.

      Christian Montmarquette

    • Jean-Charles Morin - Abonné 7 juin 2019 10 h 17

      "Un sondage n'est qu'un élément parmi les autres pour évaluer la situation." - Christian Montmarquette

      « Ce que le sondage vient dire, c’est : “M. Legault, vous avez l’appui d’une majorité de Québécois !” », résume la vice-présidente du MDN, Françoise David. « M. Legault peut aller de l’avant de façon tout à fait démocratique."

      Pour une fois, je suis tout à fait d'accord avec Christian Montmarquette. Il ne lui reste plus qu'à le dire à Françoise David, qui manifestement n'est pas encore au courant qu'un sondage n'est rien d'autre qu'un sondage. Un sondage ne remplacera jamais la démocratie.

  • Daniel Bérubé - Abonné 7 juin 2019 03 h 17

    Sondage des plus intéressant !

    Reste à savoir maintenant ce qui en sera de la mise ne place de ce nouveau système... je suis plutôt sceptique à ce qu'il soit en place pour les prochaines élections, car parraît-il, ceci représente tout un défi pour le Directeur Général des Élections...

  • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2019 05 h 54

    Grâce à Québec solidaire

    L'air de rien, cette forte majorité des Québécois qui ont soif d'équité et de justice démocratique en devront une à la gauche de l'UFP et de Québec solidaire qui milite depuis près de 20 ans pour une réforme du mode de scrutin.

    En effet, puisque durant sa campagne 2000 - 2001, Paul Cliche, candidat de l'Union des forces progressistes dans Mercier, proposait déjà le scrutin proportionnel. Mais rien d'étonnant là-dedans, puisqu'en plus d'être un des membres fondateurs de l'union de la gauche politique au Québec, Paul Cliche est aussi un des membres fondateurs du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN).

    Référence :

    Paul Cliche a été un des membres fondateurs du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN), une association transpartisane qui préconise l'instauration d'un scrutin proportionnel au Québec aussi bien aux niveaux national que municipal. Auparavant directeur du Secrétariat d’action politique non partisane de la CSN, il avait été un des collaborateurs des syndicalistes Michel Chartrand et Marcel Pepin.

    Par la suite, il a été un des membres fondateurs de Projet Montréal. Sur le plan québécois, Paul Cliche a été le principal instigateur, en 1997, de la création du Rassemblement pour l’alternative progressiste (RAP) fondé en 1998 dans le but de donner à la gauche politique la place qui lui revient sur la scène politique québécoise.

    Ce mouvement d’obédience progressiste-souverainiste a constitué la première étape de l’unification de cette mouvance, s’est fusionné par la suite avec d’autres groupes pour former le parti de l’Union des forces progressistes (UFP).

    En 2001, il a été le premier candidat présenté par l’UFP lors d'une élection partielle tenue dans la circonscription de Mercier où il a obtenu 24% des suffrages. Amir Khadir lui a succédé lors de l’élection de 2003. En 2006, Paul Cliche a été un des membres fondateurs de Québec solidaire.

    Source :

    https://quebec.huffingtonpost.ca/author/paul-cliche/

    • Jean-François Trottier - Abonné 7 juin 2019 09 h 31

      M. Montmarquette,

      vous essayez de vous faire du capital politique. Pas fort.

      cette majorité est semblable celle qui appuie l'interdiction des signes religieux pour les profs.
      Vos analyses sont toujours à géométrie variable hein ?
      Dans un cas, on parle d'illettrés pas "conscientisés", qui le seront un jour grâce à QS.
      Dans l'autre, de l'extraordinaire vision de QS, ses gens, ses œuvres, qui ont su voir avant les autres... Avant les autres ? Ǜotre mémoire est courte pas à peu près.
      On parle d'une proportionnelle depuis 60 ans au Québec.

      Est-ce que Cliche a instauré la proportionnelle quelque part ? Des mots, des mots, pour Cliche comme pour les autres.

      Je me demande bien pourquoi vous ne nommez pas le Parti Communiste du Québec, qui a fondé l'UFP. Il était "partisan" d'une proportionnelle à mon souvenir.

      Un parti vraiment démocratique proposerait :
      1. Que les pouvoirs législatif et exécutif soient séparés et étanches
      2. Que le vote proportionnel fasse l'objet de deux votes séparés : l'un pour un candidat, l'autre pour un parti.
      3, Qu'il y ait un référendum sur ce sujet absolument capital pour la vie démocratique au Québec.

      Plusieurs votes sur un même bulletin, ça fonctione très bien dans beaucoup de pays.

      Vous avez à maintes reprises dit que seul la proportionnelle est à l'ordre du jour. Vous avez utilisé cet argument fallacieux pour faire taire des gens, avec votre sens démocratique un peu... spécial.

      C'est faux. Le débat commence.

      Ttout gouvernement élu sous une nouvelle forme de scrutin, sans référendum, sera contesté au point qu'il devra partir. Oh que oui.
      Parce qu'il ne sera pas représentatif, tout simplement.

      Un nouveau mode de scrutin ne peut se passer de la légitimité acquise par un référendum. un point c'est tout.
      Mouvement démocratie nouvelle peut bien l'affirmer mais il n'a pas osé poser la question dans ce sondage.
      On se demande bien pourquoi hein...

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2019 10 h 17

      "Vous essayez de vous faire du capital politique. Pas fort."- Jean-François Trottier

      Tellement pas fort, que vous vous donnez la peine de répliquer. .. lol!..

      Et vous, vous faites-quoi en attaquant systématiquement les luttes de la gauche? Jamais UN SEUL commentaire positif sur QS et votre acharnement est systématique.

      - Comment appelez-vous ça?

      - De l'objectivité? ..lol!!

      Quant au Parti communiste, ça fait 5 ans qu'il est au PQ et encore une fois en 2018. - Pourquoi ne le dénoncez-vous pas?

      Pour le reste, je vous laisse mariner dans votre charabia habituel, je n'ai pas à répondre à vos petits interrogatoires inquisiteurs. Lisée a coulé le PQ avec ce genres d'accusations communistes de politiburo et d'épouvantails à moineaux dignes du maccarthysme et des mononc's Anatole.

      Référence :

      "Le Parti communiste appuie le PQ" - Journal de Québec

      "Malgré les critiques de Jean-François Lisée envers le programme de Québec solidaire, c’est au Parti québécois que les communistes québécois donnent leur appui."

      https://www.journaldequebec.com/2018/09/24/le-parti-communiste-appuie-le-pq

      .

    • Jean-François Trottier - Abonné 7 juin 2019 12 h 35

      @Montmarquette

      Vous désirez me censurer parce que vous avez tort bord en bord ? Wow!
      Quand on dit, soit-même,qu'on ne mérite même pas la critique...
      Je vous conseille la réflexion pour le futur.

      Il est évident que je ne vous écris pas. Tout en vous nommant, je m'adresse au lecteur qui, lui, peut très bien ignorer que vous avez écrit ds textes de racistes et d'âgistes par le passé.
      Le lecteur a le droit de savoir.

      Je ne vais certainement pas cesser de démontrer que QS est une organisation haineuse. Bin quin.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 juin 2019 17 h 00

      "Vous désirez me censurer" - Jean-François Trottier

      1 ) Je ne vois pas comment je pourrais vous censurer, alors que je ne suis pas le modérateur de cette tribune.

      2 ) Si vous ne vous adressez pas à moi, que faites-vous sur mon fil de discussion?

      Ouvrez votre propre fil et exprimez-vous.

  • Pierre Labelle - Abonné 7 juin 2019 05 h 58

    Très intéressant coup de sonde!

    Il ne manque plus que la volonté poitique pour que le tout soit en place pour le scrutin de 2022. Cette volonté signifie que les budgets nécessaires soient à la disposition du DGE afin que ce dernier s'entoure du personnel nécessaire pour la réalisation de ce que la population réclame depuis tellement d'année.

  • André Joyal - Inscrit 7 juin 2019 06 h 58

    «...un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire régional» Ouf!

    Est-ce qu'il serait possible de résumer ces 6 mots en un seul?

    Car, comme l'a signalé un caricaturiste : advenant unréférendum sur le sujet, plus la question se fait longue, plus grande est la tendance à voter...non.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 juin 2019 10 h 05

      Ça existe quelque part monsieur Joyal. Et ça marche. Et accessoirement, je dirais même que ça n’a mange pas les petits enfants...

    • Jean-Charles Morin - Abonné 7 juin 2019 11 h 10

      "Ça existe quelque part (le mode de scrutin PMCR)... et ça marche" - Gilles Théberge

      Tout dépend pour qui, Monsieur Théberge. Je vous comprends de ne citer aucun pays en particulier car ce sont ceux, livrés en pâture aux caprices des petites formations marginales, où l'instabilité politique et l'incapacité à gouverner sont les plus grandes. Ce sont des pays qui ne vont nulle part.

      Bien sûr, si vous êtes un partisan de QS, je comprends très bien que vous prêchiez pour votre paroisse.