Dix-huit mois pour éviter la répétition du drame de Granby

Le premier ministre François Legault estime qu’il y aura au terme de l’enquête que mènera la commission dirigée par Régine Laurent «un avant et un après Granby».
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault estime qu’il y aura au terme de l’enquête que mènera la commission dirigée par Régine Laurent «un avant et un après Granby».

« J’ai eu honte que ça se soit passé au Québec en 2019 », a avoué la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, en conférence de presse jeudi.

Comme bien des Québécois, elle a été ébranlée par la mort tragique d’une fillette de sept ans à Granby il y a un mois à la suite de maltraitance. « Ça ne peut pas se répéter, ça ne doit pas se répéter », a-t-elle déclaré.

Les partis d’opposition se sont finalement ralliés au gouvernement caquiste pour la mise sur pied de cette commission lancée pour éviter que d’autres enfants ne subissent le même sort.

Le premier ministre François Legault et le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, en ont fait l’annonce jeudi en compagnie de représentants de tous les partis.

« Ce n’était pas la première fois au Québec que le réseau qui doit protéger nos jeunes l’échappait et je pense qu’on est rendu à une étape où on doit revoir complètement le réseau d’aide, de soutien de toutes sortes pour nos enfants et nos jeunes », a affirmé M. Legault.

Cette commission non partisane et indépendante durera 18 mois et aura un mandat très large pour examiner l’ensemble des services destinés aux jeunes en détresse. L’organisation et le financement des directions de la protection de la jeunesse (DPJ), la législation existante, les tribunaux, les services sociaux, le rôle de la sécurité publique, du milieu de l’éducation, des centres de la petite enfance et des garderies seront scrutés à la loupe.

« Il y a une certaine urgence d’agir et on pense que de fixer un maximum de 18 mois, ça va nous permettre ensuite d’appliquer les recommandations de la commission », a signalé M. Legault en ajoutant qu’il n’attendrait pas la fin des travaux pour commencer à apporter des modifications.

Mme Laurent, qui a présidé la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) durant huit ans, travaillera de concert avec deux vice-présidents issus du milieu de la protection de l’enfance, soit le psychoéducateur André Lebon et Me Michel Rivard qui a longtemps été avocat pour la DPJ, nommé pour son expertise juridique.

« Je suis déterminée à identifier les solutions concrètes pour nos enfants, à faire en sorte que nous n’échappions plus jamais un petit ou une petite en détresse », a signifié Mme Laurent.

Cinq experts

Douze commissaires siégeront à cette commission, dont cinq experts qui restent à être nommés, et des députés de chacun des quatre partis — la caquiste Lise Lavallée, la libérale Hélène David, le solidaire Sol Zanetti et la péquiste Lorraine Richard. La présidente a assuré qu’un expert sera issu des Premières Nations pour s’assurer que la réalité des enfants autochtones soit également étudiée. Le taux d’enfants autochtones pris en charge par le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) est presque huit fois plus élevé que dans le reste de la population.

« On n’a pas le droit à l’erreur, on n’a pas le droit de se tromper, a souligné Mme David. La Loi de la protection de la jeunesse a 40 ans. C’est une bonne façon de la remettre avec les enjeux de 2019 pour les années à venir. »

La commission disposera de « toutes les ressources financières nécessaires », a indiqué le premier ministre Legault, sans toutefois avancer de montant précis. Mme Laurent a spécifié que les commissaires organiseront d’abord leurs travaux et détermineront leurs besoins avant de soumettre un budget au gouvernement.

Le Parti libéral et Québec solidaire étaient déçus en début de semaine par l’approche de l’équipe de François Legault qui, selon eux, imposait ses choix plus qu’il ne consultait. Les solidaires ont insisté pour que la commission soit autonome et indépendante.

« L’indépendance qu’on cherche, c’est quelqu’un qui n’aura pas crainte de formuler des constats critiques sur le gouvernement et [Mme Laurent] a l’air d’avoir ce profil-là », a commenté Sol Zanetti après l’annonce.

Régine Laurent a reconnu qu’elle n’était pas une experte des services à l’enfance et c’est pourquoi elle compte s’entourer de gens qui ont une connaissance approfondie du domaine.

Questionnée par Le Devoir sur la possibilité de faire témoigner l’ex-ministre, Gaétan Barrette, dont la réforme du système de santé a été pointée du doigt par d’ex-employés après la mort de la fillette de Granby, la présidente de la commission a préféré ne pas s’avancer. Elle a tout de même donné un aperçu du ton qu’elle entend adopter durant les travaux de la commission.

« Les procès, ça ne m’intéresse pas et ça a fait partie des choses que j’ai rapidement dites au premier ministre lors de notre rencontre, a répondu Mme Laurent. Si c’est pour faire le procès, ça ne m’intéresse pas, je m’en retourne chez nous. »

La commission sur les services à l’enfance avait été promise par le premier ministre moins de 48 heures après la mort la fillette de Granby à la fin du mois d’avril. L’histoire de cette fillette, qui rappelle celle d’Aurore « l’enfant martyre », avait alors ébranlé tout le Québec. Un tribunal avait jugé il y a un an qu’il était moins dommageable pour elle de rester avec son père et sa belle-mère, qui font maintenant face à des accusations.

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